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Une forme de vie, d’Amélie Nothomb

Une forme de vie
Amélie Nothomb
Albin Michel
9782226215178
Paru en août 2010.

Un soldat américain écrit à Amélie Nothomb pour lui raconter comment il est devenu obèse parce qu’il baffre pour oublier son quotidien de soldat.

Mon premier Nothomb ! Plutôt amusant, et j’ai trouvé intéressante tout la réflexion sur l’épistolarité et la validité des amitiés que l’on peut former au travers d’une relation qui ne passe que par l’écrit.

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Deux semaines ne s’étaient pas écoulées quand je reçus la réponse du 2e classe :

Chère Amélie Nothomb,

Merci pour vos romans. Vous voulez que j’en fasse quoi ?
Happy new year,
Melvin Mapple
Bagdad, le 1/01/2009

Je la trouvai un peu raide. Légèrement énervée, j’écrivis aussitôt cette lettre :

Cher Melvin Mapple,

Je ne sais pas. Peut-être rééquilibrer un meuble ou surélever une chaise. Ou les offrir à un ami qui a appris à lire.
Merci pour vos vœux. Autant de ma part.
Amélie Nothomb
Paris, le 6/01/2009

Béatrice et Virgile, de Yann Martel

Béatrice et Virgile
[Beatrice and Virgil]
Yann Martel
Flammarion
9782081245679
Paru en août 2010.

Un taxidermiste envoie à un auteur qu’il admire quelques pages de la pièce qu’il est en train d’écrire, à propos d’un âne, d’un singe hurleur, et de leur expérience des « Horreurs ».

J’avais résolu de ne pas lire de livres sur la Seconde Guerre mondiale cette année pour cause de saturation, et je me suis faite avoir par Béatrice et Virgile qui, l’air de rien, est un roman sur l’Holocauste.

C’est aussi un roman extrêmement bizarre, avec une mise en abyme de la réflexion sur l’Holocauste, toute en symboles. Je n’ai pas vraiment aimé le livre, d’autant plus que j’ai toujours détesté et la taxidermie, et les animaux qui parlent.

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Un taxidermiste. Voilà une autre explication de l’intérêt pour les animaux que saint Julien chassait. Henry n’hésita pas un instant. Son intention avait été de déposer sa carte, mais il n’avait jamais rencontré de taxidermiste auparavant. Il ne savait même pas qu’il existait encore des taxidermistes. Tenant courte la laisse d’Érasme, il poussa la porte et ils entrèrent ensemble chez Taxidermie Okapi. Une clochette tinta. Il ferma la porte. Une vitrine de verre sur sa gauche lui permettait de continuer d’admirer le diorama. Henry pouvait maintenant voir l’okapi de côté, à travers les lianes emmêlées, comme s’il était un explorateur se déplaçant furtivement dans la jungle pour s’en approcher. Comme les sélections de la nature sont curieuses, qui accordent un costume complet de rayures aux zèbres, et rien que les jambières aux okapis. En étudiant le diorama, Henry remarqua que parmi les lumières judicieusement positionnées, un spot, dans un coin au-dessus de la baie vitrée, était muni d’un mécanisme qui le faisait pivoter lentement. À l’autre coin, il y avait un petit ventilateur qui pivotait lui aussi. Il devina le but de ces dispositifs : en faisant jouer la lumière sur l’installation et bouger les feuilles un tout petit peu, le degré de véracité augmentait d’autant. Il observa de près les plantes grimpantes. Il ne pouvait pas voir le moindre signe de plastique ou le moindre bout de fil métallique ou quoi que ce soit qui détruisit l’illusion. Est-ce que tout cela pouvait être réel ? Sûrement pas. Pas dans ce climat tempéré, même avec des talents fabuleux de jardinier. Les plantes étaient peut-être réelles, mais conservées d’une certaine manière, momifiées.

Cetaganda, de Lois McMaster Bujold

Cetaganda in Young Miles
[Cetaganda chez J'ai lu]
Lois McMaster Bujold
Baen
9780743436182
Paru en 2003.

Miles pratique la diplomatie à sa manière.

Cetaganda est une exploration détaillée d’un monde non-barrayaran, et plutôt dystopique, de notre point de vue (et de celui des Barrayarans).

La culture de Cetaganda est obsédé par l’esthétique, et c’est intéressant de voir à quel point cela modifie le comportement de Miles, qui ne peut pas dissimuler son handicap physique. Mais cela influence aussi ses ennemis, qui sous-estiment ses capacités intellectuelles justement à cause de son handicap physique.

L’influence de T.E. Lawrence sur le personnage de Miles est aussi visible dans son besoin de reconnaissance, de légitimation.

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“The proper name for the Cetagandan imperial residence is the Celestial Garden,” said Vorob’yev, “but all the galactics just call it Xanadu. You’ll see why in a moment. Duvi, take the scenic approach.”

“Yes, my lord,” returned the young sergeant who was driving. He altered the control program. The Barrayaran embassy aircar banked, and shot through a shining stalagmite array of city towers.

“Gently, if you please, Duvi. My stomach, at this hour of the morning . . .”

“Yes, my lord.” Regretfully, the driver slowed them to a saner pace. They dipped, wove around a building that Miles estimated must have been a kilometer high, and rose again. The horizon dropped away.

“Whoa,” said Ivan. “That’s the biggest force dome I’ve ever seen. I didn’t know they could expand them to that size.”

“It absorbs the output of an entire generating plant,” said Vorob’yev, “for the dome alone. Another for the interior.”

A flattened opalescent bubble six kilometers across reflected the late morning sun of Eta Ceta. It lay in the midst of the city like a vast egg in a bowl, a pearl beyond price. It was ringed first by a kilometer-wide park with trees, then by a street reflecting silver, then by another park, then by an ordinary street, thick with traffic. From this, eight wide boulevards fanned out like the spokes of a wheel, centering the city. Centering the universe, Miles gained the impression. The effect was doubtless intended.

 

« La résidence impériale de Cetaganda s’appelle en réalité le Jardin Céleste, dit Vorob’yev, mais tous les galactiques l’appellent simplement Xanadu. Vous verrez pourquoi dans un moment. Duvi, prenez la route panoramique.

– Oui, Monseigneur », répondit le jeune sergent qui conduisait. Il modifia le programme de contrôle. La voiture aérienne de l’ambassade de Barrayar bondit, et s’éleva entre un arrangement brillant de gratte-ciels.

« Doucement, s’il vous plaît, Duvi. Mon estomac, à cette heure de la matinée…

– Oui, Monseigneur. » À regrets, le chauffeur ralentit à une vitesse plus raisonnable. Ils plongèrent, tournèrent autour d’un bâtiment que Miles estima à un kilomètre de hauteur, et s’élevèrent à nouveau. L’horizon descendit hors de vue.

« Ouh là, dit Ivan. C’est le plus grand dôme de force que j’ai jamais vu. Je ne savais pas qu’on pouvait les faire aussi grands.

– Il a besoin d’une centrale entière, dit Vorob’yev, rien que pour le dôme. Une autre pour l’intérieur. »

Une bulle aplatie opalescente de six kilomètres de diamètre reflétait le soleil de fin de matinée d’Eta Ceta. Elle se tenait au milieu de la cité comme un œuf immense dans un bol, une perle sans prix. Elle était entourée d’abord par un parc arboré d’un kilomètre de large, puis par une rue aux reflets d’argents, puis un autre parc, puis une rue ordinaire, noire de voitures. De là, huit larges avenues partaient comme les rayons d’une roue, au centre de la cité. Au centre de l’univers, Miles avait l’impression. L’effet était sans nul doute voulu.

Purge, de Sofi Oksanen

Purge
[Puhdistus]
Sofi Oksanen
Stock
9782234062405
Paru en août 2010.

Une jeune prostituée russe en détresse échoue chez Aliide Truu, persécutée par ses voisins pour avoir collaboré avec le régime soviétique en Estonie, récemment abrogé. Mais de la même manière qu’Aliide avait caché un résistant nationaliste cinquante plus tôt, elle décide de cacher Zara, quel qu’en soit le prix.

Difficile de parler de Purge sans en gâcher les rebondissements, dignes du meilleur thriller. Aliide est un personnage fascinant, très humain dans ses motivations et sa capacité à se mentir à elle-même.

L’exploration de l’histoire contemporaine de l’Estonie est aussi intéressante, notamment dans la question de la collaboration avec l’envahisseur.

Je ne peux que répéter les mots de Nancy Huston : « Un vrai chef-d’œuvre. Une merveille. »

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Le ballot gisait au même endroit sous les bouleaux. Aliide s’approcha sans le quitter des yeux, en alerte. Le ballot était une fille. Boueuse, loqueteuse et malpropre, mais une fille quand même. Une fille inconnue. Un être humain de chair et de sang, et non quelque présage tombé du ciel. Ses ongles cassés portaient des lambeaux de vernis rouge. Ses joues étaient striées de rimmel et de boucles de cheveux à moitié défrisées, la laque y formait des boulettes et quelques feuilles de saule pleureur s’y étaient collées. À leur racine, les cheveux grossièrement décolorés repoussaient gras et sombres. Sous la crasse, la peau diaphane de la joue blanche ressemblait pourtant à celle d’un fruit trop mûr, de la lèvre inférieure desséchée se détachaient des peaux déchiquetées, entre lesquelles la lèvre tuméfiée, rouge tomate, était anormalement brillante et sanguine et faisait ressembler la crasse à une pellicule qu’il faudrait essuyer comme la surface vitreuse d’une pomme dans le froid. Une teinte violette s’était accumulée dans les plis des paupières, et les bas noirs translucides étaient troués. Ils n’étaient pas détendus aux genoux, les mailles étaient serrées et de bonne facture. De l’Ouest, évidemment.

Rosa candida, d’Auður Ava Ólafsdóttir

Rosa candida
[Afleggjarinn]
Auður Ava Ólafsdóttir
Zulma
9782843045219
Paru en août 2010.

Arnljótur quitte son Islande natale pour remettre en état une célèbre roseraie. Il va bientôt être rejoint par Anna, avec qui il avait eu une aventure d’une nuit, et Flóra Sól, leur petite fille.

Attention, coup de cœur ! Rosa candida est un conte initiatique magnifique, dont le narrateur est un jeune homme attachant qui se cherche et finit par se trouver auprès des conseils de frère Thomas et de l’amour de sa petite fille.

Il se dégage de ce livre une atmosphère de sérénité ; on en ressort rafraîchi et réconcilié avec l’univers.

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« Vous êtes sûr de pouvoir vous débrouiller ? », demandent les hôtesses, tandis que j’essaie de quitter l’avion en position verticale. « Vous êtes très pâle. »

Au moment où je sors de la carlingue, l’une des hôtesses me touche l’épaule et dit :

« On a essayé d’élucider la nature exacte de ce qu’il y avait à manger. Deux hôtesses y ont goûté, mais elles ne sont pas tout à fait sûres. Sorry. Mais c’est definitely soit du poisson pané fourré au fromage blanc, soit du poulet pané fourré au fromage blanc. »

Un employé de l’aéroport écrit une adresses sur un bout de papier et je tiens la feuille chiffonnée dans ma paume moite. Je me trouve dans une ville où je ne suis jamais venu. C’est ma première étape à l’étranger et je suis assis tout en boule à l’arrière d’un taxi. Le sac à dos est à côté de moi et des pousses vertes dépassent de l’emballage de journaux dans la poche extérieure. En y repensant, je ne suis pas sûr d’avoir été seul dans le taxi ; il n’est pas exclu que la femme au pull jaune à col roulé m’ait accompagné jusqu’au bout.