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Comment devenir un brillant écrivain : Alors que rien (mais rien) ne vous y prédispose, d’Aloysius Chabossot

Comment devenir un brillant écrivain : Alors que rien (mais rien) ne vous y prédispose
Aloysus Chabossot
Milan
9782745930583
Paru en 2008.

Aloysius Chabossot donne des conseils aux écrivains en puissance, aussi bien sur l’écriture elle-même que sur le processus de publication.

Dans un marché pour le moins saturé, celui des livres sur l’écriture et l’édition, le livre d’Aloysius Chabossot s’impose comme un guide généraliste qui, s’il est moins pointu que bon nombre des ouvrages disponibles sur le sujet, a l’avantage d’un ton humoristique, à rapprocher de la collection Pour les nuls, mais en plus irrévérent.

Chabossot à le sens de la formule, et certaines m’ont fait hurler de rire. À recommander même à ceux qui n’ont aucune vélléité d’écriture.

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Aussi surprenant que cela puisse paraître, il semblerait que l’on puisse décider d’écrire un best-seller. Sinon comment expliquer que certains romans soient ornés le jour de leur sortie en librairie d’un bandeau annonçant avec ostentation : « Le dernier best-seller de… » ?

Fort de ce constat, vous avez donc choisi d’écrire un best-seller (financièrement on vous comprend), mais vous ne savez pas trop comment procéder pour réussir votre coup.

Qu’à cela ne tienne, nous allons vous donner un coup de main. Et pour tenter d’y voir plus clair, nous allons faire appel à un maître incontesté du genre : Marc Levy.

Bon…

Il faut tout de même reconnaître que le cas Marc Levy est une véritable énigme. Prenons son premier roman Et si c’était vrai ? Qu’avons nous ? Une histoire qui reproduit sans vergogne tous les postulats du film Ghost, sorti en 1990, servie par une écriture d’une platitude extrême, traversée çà et là par d’effarantes stridences stylistiques (voir ci-dessous). Ce roman s’est pourtant vendu à des millions d’exemplaires de par le monde. Devant cette aberration, nous ne pouvons que lever les bras vers le ciel en hurlant : « Pourquoi ? Mais pourquoi ? »

Brideshead Revisited, d’Evelyn Waugh

Brideshead Revisited
[Retour à Brideshead, chez Robert Laffont]
Evelyn Waugh
Penguin
9780140274103
Paru en 1945.

Deux jeunes gens se rencontrent à Oxford dans les années 20 : Charles Ryder, qui entretient avec son père une relation complètement dépourvu d’émotions et qui ne sait pas trop ce qu’il veut faire de sa vie, et Sebastian Flyte, jeune aristocrate catholique excentrique. Ils deviennent amis puis s’éloignent l’un de l’autre quand Sebastian sombre dans l’alcoolisme. Des années plus tard, Charles entame une liaison avec Julia, la sœur de Sebastian, mais la mort du père de Julia, qui a accepté les Derniers Sacrements après une vie sans religion les émeut tous les deux, et ils se séparent.

Cela faisait longtemps que je voulais lire Brideshead Revisited, classique du XXe siècle et chef-d’œuvre de Waugh. Si j’ai beaucoup aimé l’atmosphère du roman, notamment la splendeur sur le déclin de l’aristocratie britannique de l’entre-deux-guerres, l’intrigue en revanche m’a beaucoup confondue, à tel point que j’ai eu du mal à résumer le roman (et je ne suis pas persuadée que le paragraphe ci-dessus soit très cohérent).

J’ai aussi eu beaucoup de mal à cerner l’attitude de Waugh par rapport au catholicisme. Brideshead Revisited pourrait sembler être une critique du catholicisme, et pourtant le narratuer, présenté tout au long du roman comme sceptique et agnostique, semble trouver la foi sur la fin — tout comme Evelyn Waugh qui s’était converti au catholicisme quand il n’avait pas 30 ans.

Un livre intéressant, mais dont j’ai préféré l’atmosphère et les personnages à une intrigue qui m’a échappée.

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We drove on and in the early afternoon came to our destination: wrought-iron gates and twin, classical lodges on a village green, an avenue, more gates, open park-land, a turn in the drive; and suddenly a new and secret landscape opened before us. We were at the head of a valley and below us, half a mile distant, grey and gold amid a screen of boskage, shone the dome and columns of an old house.

 

Nous continuâmes à rouler et en début d’après-midi arrivâmes à destination : des portails en fer forgé et des pavillons jumeaux sur une place de village, une avenue, d’autres portails, de grands espaces verts, un virage ; et soudain, un panorama nouveau et secret se révéla à nous. Nous étions à l’extrémité d’une vallée et en dessous de nous, à moins d’un kilomètre, à travers les branches d’un bosquet, brillaient le gris et l’or du dôme et des colonnes d’un vieux manoir.

La Cité des amants perdus, de Nadeem Aslam

La Cité des amants perdus
[Maps for Lost Lovers]
Nadeem Aslam
Points
9782757802601
Paru en février 2007.

En Angleterre, dans une communauté pakistanaise, un homme et une femme qui vivaient ensemble sans être mariés ont disparus ; on soupçonne un « crime d’honneur ». Shamas, le frère de l’homme disparu, attend et espère.

La Cité des amants perdus dépeint la vie au quotidien dans une communauté musulmane, avec pour point central la famille de Shalmas, fils agnostique d’un homme né hindou mais élevé comme musulman; sa femme, pieuse fille d’imam; et leurs enfants, élevés en Angleterre et cherchant à échapper aux étouffantes traditions de leur communauté.

C’est un livre très dur envers l’Islam et notamment sa misogynie qui fait que la réputation d’une femme est sa seule richesse, et ne tient qu’à un fil. De tous les mariages représentés, le seul qui soit parfaitement heureux est celui des parents de Shalmas. Tous les autres sont faits de faux-semblants et de mensonges, quand ce n’est pas de violence et de tragédie.

On retrouve les mêmes caractéristiques de style que dans la Vaine Attente : une écriture très poétique, fleurie, hyper-travaillée, qui file une métaphore tout au long du roman, ici sur les papillons (cf la couverture), dont l’homme disparu était spécialiste. Signalons au passage l’excellente traduction de Claude Demanuelli.

Bien que le roman soit découpé en quatre parties correspondant aux quatre saisons, les retours en arrière abondent, faisant de la Cité des amants perdus un roman complexe. Comme dans la Vaine Attente, Nadeem Aslam nous montre certains événements sous différents points de vue, autorisant au lecteur une vision globale de la situation qui échappe aux personnages.

Un très, très beau texte, dérangeant, qui confirme Nadeem Aslam comme un excellent auteur qui n’a pas peur de s’attaquer à des sujets controversés.

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Shamas se tient sur le seuil de la porte et regarde la terre, ou plutôt cet aimant qui dirige les flocons du ciel jusqu’à lui. À leur allure mesurée, ils tombent, presque entravés dans leur chute, comme des plumes s’enfonçant dans l’eau. La tempête de neige a lavé l’air du parfum d’encens venu du lac voisin, qui pénètre dans les maisons. Mais, même absent, ce parfum est toujours là, attirant l’attention sur sa disparition.

C’est la première neige de la saison, et les enfants du voisinage seront sur les pentes toute la journée aujourd’hui, à brûler des bougies pour chauffer les patins de leurs luges et augmenter la glisse, à se défier mutuellement de lécher les pointes de fer gelées des grilles entourant l’église ou la mosquée, à sortir en cachette de la cuisine la râpe à fromage qui leur permettra de peaufiner la symétrie des bonshommes de neige qu’ils vont construire, oublieux du froid, parce que, à cet âge, tout est prétexte à aventure ; de même qu’une huître tolère la perle logée dans sa chair, les pieds nus des enfants semblent ne ressentir aucune douleur à fouler les galets de la rive.

La Ville des voleurs, de David Benioff

La Ville des voleurs
[City of Thieves]
David Benioff
Flammarion
9782081217065
Paru en janvier 2010.

Pendant le siège de Leningrad, deux jeunes Russes sont arrêtés, l’un pour désertion, l’autre pour vol. Le colonel soviétique leur propose un marché : leur vie en échange d’une douzaine d’œufs pour le gâteau de mariage de sa fille. Commence alors un périple d’une semaine…

J’hésite un peu à dire que ce livre est hilarant parce que ce n’est pas vraiment le cas : c’est la guerre, les habitants de Leningrad meurent littéralement de faim et les Einsatzkommandos allemands ont à leur tête un monstre sadique. Et pourtant, nombre des situations dans lesquelles se fourrent Lev et Kolya sont plutôt cocasses. La galerie des personnages rencontrés est haute en couleur et mémorable.

Sans être un monument de la littérature, ce livre est bien écrit et enlevé et j’ai eu beaucoup de mal à le poser.

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La veille du nouvel an, j’étais assis sur le toit du Kirov,, l’immeuble dans lequel je vivais depuis l’âge de cinq ans (et qui ne portait d’ailleurs pas le moindre nom jusqu’en 1934, année où Kirov futtué et où l’on baptisa ainsi la moitié des bâtiments de la ville). Comme tous les soirs, je regardais les gros dirigeables gris envahir le ciel sousle couvercle des nuages, dans l’attente des bombardiers. À cette époque de l’année, le soleil ne brillait guère plus de six heures par jour, balayant l’horizon comme un spectre. Chaque nuit, après avoir enfilé le plus grand nombre de chemises, de pulls et de manteaux possible, nous nous relayions toutes les trois heures sur le toit, par groupes de quatre, armés de seaux remplis de sable, de pelles et de lourdes pinces en fer, afin de surveiller le ciel. Nous étions les combattants du feu. Ayant compris que l’attaque de la ville leur coûterait trop cher, les Allemands avaient décidé de l’encercler et d’affamer la population, tout en l’accablant sous un déluge de bombes.

Sukkwan Island, de David Vann

Sukkwan Island
["Sukkwan Island", in Legend of a Suicide]
David Vann
Gallmeister
9782351780305
Paru en janvier 2010.

Un homme décide de passer un an dans une cabane isolée en Alaska avec son fils de treize ans. Ça tourne mal très vite, jusqu’au moment où ça tourne très mal.

Excellement bien écrit, difficile à lâcher. Et pourtant, les événements décrits sont tellement durs qu’ils en deviennent insoutenables.

La première partie est difficile à lire : le fils a plus de bon sens dans son petit doigt que le père dans tout son corps ; le père est émotionnellement immature, mal préparé pour cette aventure. Dès la page vingt, on sent que tout ça va partir en sucette.

J’ai été obligée de poser le livre plusieurs fois au début de la deuxième partie, parce que ça me rendait physiquement malade. Et la fin m’a complétement prise par surprise.

Un livre excellent, difficile, prenant, dont la violence émotionnelle et morale m’a laissée toute retournée. David Vann est définitivement un auteur à surveiller.

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Ils ne connaissaient pas cet endroit ni son mode de vie, ils se connaissaient mal l’un l’autre. Roy avait treize ans cet été-là, l’été suivant son année de cinquième à Santa Rosa, en Californie, où il avait vécu chez sa mère, avait pris des cours de trombone et de fot, était allé au cinéma et à l’école en centre-ville. Son père avait été dentiste à Fairbanks. Ils s’installaient à présent dans une petite cabane en cèdre au toit pentu en forme de A. Elle était blottie dans un fjord, une minuscule baie du Sud-Est de l’Alaska au large du détroit de Tlevak, au nord-ouest du parc national de South Prince of Wales et à environ quatre-vingt kilomètres de Ketchikan. Le seul accès se faisait par la mer, en hydravion ou en bateau. Il n’y avait aucun voisin. Une montagne de six cent mètres se dressait juste derrière eux en un immense tertre relié par des cols de basse altitude à d’autres sommets jusqu’à l’embouchure de la baie et au-delà. L’île où ils s’installaient, Sukkwan Island, s’étirait sur plusieurs kilomètres derrière eux, mais c’étaient des kilomètres d’épaisse forêt vierge, sans route ni sentier, où fougères, sapins, épicéas, cèdres, champignons, fleurs des champs, mousse et bois pourrissant abritaient quantité d’ours, d’élans, de cerfs, de mouflons de Dall, de chèvres de montagnes et de gloutons. Un endroit semblable à Ketchikan, où Roy avait vécu jusqu’à l’âge de cinq ans, mais en plus sauvage et en plus effrayant maintenant qu’il n’y était plus habitué.