28 janvier 2010, 6:54
La Ville des voleurs
[City of Thieves]
David Benioff
Flammarion
9782081217065
Paru en janvier 2010.
Pendant le siège de Leningrad, deux jeunes Russes sont arrêtés, l’un pour désertion, l’autre pour vol. Le colonel soviétique leur propose un marché : leur vie en échange d’une douzaine d’œufs pour le gâteau de mariage de sa fille. Commence alors un périple d’une semaine…
J’hésite un peu à dire que ce livre est hilarant parce que ce n’est pas vraiment le cas : c’est la guerre, les habitants de Leningrad meurent littéralement de faim et les Einsatzkommandos allemands ont à leur tête un monstre sadique. Et pourtant, nombre des situations dans lesquelles se fourrent Lev et Kolya sont plutôt cocasses. La galerie des personnages rencontrés est haute en couleur et mémorable.
Sans être un monument de la littérature, ce livre est bien écrit et enlevé et j’ai eu beaucoup de mal à le poser.
Lire un court extrait »
La veille du nouvel an, j’étais assis sur le toit du Kirov,, l’immeuble dans lequel je vivais depuis l’âge de cinq ans (et qui ne portait d’ailleurs pas le moindre nom jusqu’en 1934, année où Kirov futtué et où l’on baptisa ainsi la moitié des bâtiments de la ville). Comme tous les soirs, je regardais les gros dirigeables gris envahir le ciel sousle couvercle des nuages, dans l’attente des bombardiers. À cette époque de l’année, le soleil ne brillait guère plus de six heures par jour, balayant l’horizon comme un spectre. Chaque nuit, après avoir enfilé le plus grand nombre de chemises, de pulls et de manteaux possible, nous nous relayions toutes les trois heures sur le toit, par groupes de quatre, armés de seaux remplis de sable, de pelles et de lourdes pinces en fer, afin de surveiller le ciel. Nous étions les combattants du feu. Ayant compris que l’attaque de la ville leur coûterait trop cher, les Allemands avaient décidé de l’encercler et d’affamer la population, tout en l’accablant sous un déluge de bombes.
24 janvier 2010, 12:56
Sukkwan Island
["Sukkwan Island", in Legend of a Suicide]
David Vann
Gallmeister
9782351780305
Paru en janvier 2010.
Un homme décide de passer un an dans une cabane isolée en Alaska avec son fils de treize ans. Ça tourne mal très vite, jusqu’au moment où ça tourne très mal.
Excellement bien écrit, difficile à lâcher. Et pourtant, les événements décrits sont tellement durs qu’ils en deviennent insoutenables.
La première partie est difficile à lire : le fils a plus de bon sens dans son petit doigt que le père dans tout son corps ; le père est émotionnellement immature, mal préparé pour cette aventure. Dès la page vingt, on sent que tout ça va partir en sucette.
J’ai été obligée de poser le livre plusieurs fois au début de la deuxième partie, parce que ça me rendait physiquement malade. Et la fin m’a complétement prise par surprise.
Un livre excellent, difficile, prenant, dont la violence émotionnelle et morale m’a laissée toute retournée. David Vann est définitivement un auteur à surveiller.
Lire un court extrait »
Ils ne connaissaient pas cet endroit ni son mode de vie, ils se connaissaient mal l’un l’autre. Roy avait treize ans cet été-là, l’été suivant son année de cinquième à Santa Rosa, en Californie, où il avait vécu chez sa mère, avait pris des cours de trombone et de fot, était allé au cinéma et à l’école en centre-ville. Son père avait été dentiste à Fairbanks. Ils s’installaient à présent dans une petite cabane en cèdre au toit pentu en forme de A. Elle était blottie dans un fjord, une minuscule baie du Sud-Est de l’Alaska au large du détroit de Tlevak, au nord-ouest du parc national de South Prince of Wales et à environ quatre-vingt kilomètres de Ketchikan. Le seul accès se faisait par la mer, en hydravion ou en bateau. Il n’y avait aucun voisin. Une montagne de six cent mètres se dressait juste derrière eux en un immense tertre relié par des cols de basse altitude à d’autres sommets jusqu’à l’embouchure de la baie et au-delà. L’île où ils s’installaient, Sukkwan Island, s’étirait sur plusieurs kilomètres derrière eux, mais c’étaient des kilomètres d’épaisse forêt vierge, sans route ni sentier, où fougères, sapins, épicéas, cèdres, champignons, fleurs des champs, mousse et bois pourrissant abritaient quantité d’ours, d’élans, de cerfs, de mouflons de Dall, de chèvres de montagnes et de gloutons. Un endroit semblable à Ketchikan, où Roy avait vécu jusqu’à l’âge de cinq ans, mais en plus sauvage et en plus effrayant maintenant qu’il n’y était plus habitué.