L’ombre de ce que nous avons été
[La sombra de lo que fuimos]
Luis Sepúlveda
Métailié
9782864247104
Paru en 2010.

Trois sexagénaires, anciens membres d’un groupuscule anarchiste, se réunissent à leur retour au Chili après vingt ans d’absence. Ils attendent « l’Ombre » pour participer à une action révolutionnaire, mais celui-ci n’arrivera jamais, stoppé net par un coup du hasard.

L’ombre de ce que nous avons été est un livre plein d’humour, sur fond d’histoire chilienne, que je vous conseille d’ailleurs sérieusement de réviser avant de commencer le livre. Les personnages sont attachants et très humains dans leurs faiblesses.

Une histoire qui vous mettra le sourire aux lèvres.

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Ils avaient fini le vin, payé et pris un taxi pour se rendre à la succursale Matadero de la Banque du Chili.

Ce fut la première attaque de banque dans l’histoire de Santiago. D’après les témoins, les quatre hommes étaient entrés à visage découvert, avaient fermé l’unique porte, sorti leurs armes et Durruti, d’une voix rappelant plutôt celle d’un acteur de feuilleton radiophonique, avait dit : “C’est un hold-up mais nous ne sommes pas des voleurs, les capitalistes s’unissent pour exploiter le peuple dans tous les pays du monde, il est donc juste de les attaquer là où ils s’y attendent le moins. L’argent que nous allons emporter rendra possible le bonheur des damnés de la terre. Salut et anarchie !”

 

L’Énigme de Qaf
[O enigma de Qaf]
Alberto Mussa
Anacharsis
9782914777605
Paru en 2010.

Seuls sept poèmes sont accrochés à la grande Pierre Noire de la Mecque. Selon Alberto Mussa, il y en aurait un huitième.

Encore un livre abandonné en route. Il n’est pas forcément inintéressant, mais j’avais beaucoup de mal à rentrer dedans chaque fois que je le reprenais, donc j’ai préféré passer à autre chose. J’y reviendrai peut-être plus tard.

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Les yeux des fils de Ghurab ne me regardèrent pas avec bienveillance lorsque je descendis de chamelle, secouai la poussière qui obscurcissait ma tunique blanche et demandai l’hospitalité du désert. Les femmes sortirent de derrière les rideaux de poils tressés qui délimitaient le harem, abaissant leur voile sur le visage comme des gazelles qui fuiraient le lion. Les hommes ne bougèrent pas de leurs nattes.

– Levez-vous, Arabes ! Je suis al-Ghatash, de la tribu des Labwa. Voilà onze jours que, seul, je suis les traces de cet animal.

 

Entre ciel et terre
[Himnaríki og helvíti]
Jón Kalman Stefánsson
Gallimard
9782070122547
Paru en 2010.

Fin du XIXe siècle, Barður, un jeune pêcheur, est tellement obnubilé par Le Paradis perdu de Milton qu’il en oublie sa vareuse et meurt de froid en mer. Son meilleur ami décide alors de ramener le livre à son propriétaire, et de décider en chemin si son envie de vivre est plus forte que celle de rejoindre son ami.

J’ai eu beaucoup de mal à rentrer dans le roman, à cause d’un style très courant de conscience, fait de propositions juxtaposées en de longues phrases décousues. Et puis je me suis accrochée, et au final j’ai beaucoup aimé.

Les thèmes du rapport à la nature et à la mort sont omniprésents et s’entremêlent : on retrouve dans Entre ciel et terre la rudesse de l’Islande rurale, où les hommes sont à la merci des éléments (c’est toujours d’actualité !), mais aussi la fascination des Islandais, même les plus humbles, pour les livres et la littérature.

Un très beau récit.

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Guðmundur porte une barbe épaisse qui lui couvre tout le bas du visage, jamais nous n’apercevions le menton de ces hommes, si l’un d’entre eux venait à se raser par mégarde, on avait l’impression qu’il avait été victime d’un terrible accident, amputé d’une partie de sa personnalité et qu’il n’était plus qu’à peine la moitié d’un homme.

 

Le Cahier d’Aram
[Quadern d'Aram]
Maria Àngels Anglada
Stock
9782234062504
Paru en avril 2010.

1915. Le gouvernement turc organise le massacre des populations arméniennes. Aram et sa famille fuient ; seule sa mère et lui arriveront jusqu’en France.

Un très, très beau texte, sur une période de l’histoire dont nous avons tous entendu parler, mais que nous connaissons finalement très peu.

Comme dans Le Violon d’Auschwitz, Anglada mêle des documents authentiques à ses propres écrits, brouillant les frontières entre fiction et réalité. Elle accentue cet aspect documentaire en utilisant une mise en abyme où un manuscrit est soi-disant retrouvé et transcrit pour notre considération. Le procédé est moins artificiel que dans Le Violon d’Auschwitz et fonctionne mieux.

Le Cahier d’Aram est aussi l’occasion d’une plongée dans la poésie arménienne, puisque pour le père d’Aram, Anglada s’est inspirée de Daniel Varoujan, grand poète arménien du début du siècle assassiné en 1915 dans les conditions décrites à la fin du roman.

Un bijou, à ne surtout pas manquer.

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Grigor, mon cousin et moi, allions à pied ; de temps en temps, ma mère me faisait monter dans la charrette et marchait un peu. Grigor avait emmené un cheval et il me laissait souvent le monter, car la charrette était prévue pour un seul cheval et cela le fatiguait moins. Eh bien, une fois où je marchais, nous avons trouvé une femme à moitié allongée sur le bord duu chemin. Elle m’a tendu un tout petit enfant et m’a dit en respirant fort et par à coup :

— Emmenez le petit, je n’en peux plus.

Je l’ai pris dans mes bras. Mais Grigor et Maryk, qui avaient tout vu, ont fait monter la femme dans la charrette et avant d’arriver à la ville elle était déjà morte dans les bras de ma mère. Je me demandais d’où elle venait et quelles choses terribles elle avait pu voir, et on peut dire que ma peau d’enfant s’est détachée d’un coup

 

Les Derniers Jours de Stefan Zweig
Laurent Seksik
Flammarion
9782081231894
Paru en 2010.

Fin 1941, Stefan Zweig et sa femme se réfugient au Brésil. Là, Zweig se rend compte que les événements lui ont ôté jusqu’à l’envie d’écrire. Désespérés par la situation en Europe, ne croyant plus que les Alliés peuvent gagner la guerre, lui et sa femme décident de se suicider.

Je ne connaissait pas la vie de Stefan Zweig, et même si le livre ne parle que de ses derniers mois, je l’ai trouvé intéressant. L’angoisse et l’incertitude de la guerre sont très bien rendues.

La grande force du livre, cela dit, est de donner envie de relire Zweig, et peut-être une biographie plus longue.

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Très tôt, il avait senti le vent tourner, le vent mauvais soufflant d’Allemagne. La rage dans les discours, la brutalité des actes annonçaient l’Apocalypse à qui avait les yeux ouverts, qui prêtait un sens aux mots.

Il appartenait à une race en voie de perdition : l’ « Homo austrico-judaïcus ». Il avait l’instinct de ces choses, il connaissait bien l’Histoire. Il avait écrit sur toutes les époques, sur Marie Stuart et Marie-Antoinette, Fouché et Bonaparte, Calvin et Érasme. À l’aune des tragédies du passé, il parvenait à augurer des drames en devenir. Cette guerre-là n’avait rien de commun avec les précédentes.

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