mai 222009
 

Quitter le monde
[Leaving the World]
Douglas Kennedy
Grasset
9782714442598
Paru en mai 2009.

Quitter le monde est l’histoire d’une femme qui se laisse ronger par la culpabilité, à propos d’événements sur lesquels elle n’a pas prise : le départ de son père lorsqu’elle avait treize ans, le suicide de son directeur de thèse, etc. À la suite d’une tragédie, elle décide de « quitter le monde » et finit par retrouver une sorte de paix intérieure.

Quitter le monde est aussi une critique assez féroce de l’Amérique bien-pensante et de la vision étriquée du monde des hommes au pouvoir, qu’ils soient doyens d’université ou directeurs d’établissement financier.

Douglas Kennedy nous embarque dans un voyage cathartique, à la suite de Jane Howard, la narratrice et héroïne du roman, parfaitement résumé par cette phrase de Samuel Beckett qu’il cite : « il faut continuer, je ne peux pas continuer, je vais continuer. »

Lire un court extrait »

Le soir de mon treizième anniversaire, j’ai fait cette déclaration : « Je ne me marierai jamais et je n’aurai jamais d’enfants. »

Je me rappelle encore les circonstances exactes de cette annonce. Il était environ six heures du soir à New York dans un restaurant au croisement de la 63e Rue Ouest et de Broadway, c’était le 1er janvier 1987, et mes parents venaient de se lancer à nouveau dans une dispute. Attisée par l’alcool et une impressionnante accumulation de griefs soigneusement refoulés, la scène de ménage publique avait pris fin quand ma mère, après avoir hurlé que mon père était une ordure, s’était enfuie en pleurant aux toilettes des dames, qu’elle continuait à appeler « le petit coin ». Et si les autres convives étaient restés bouche bée devant ce bruyant étalage de frustration conjugale, moi, il ne m’avait guère surprise. Mes parents se disputaient sans cesse, avec une propension particulière à s’enflammer à certaines dates du calendrier — Noël, Thanksgiving, l’anniversaire de leur enfant unique… — où le sens de la famille était censé prendre le pas sur tout le reste et où nous aurions dû, ainsi que ma mère aimait à le répéter, nous retrouver dans « un nid douillet » d’affection mutuelle.

Mais mes parents n’étaient pas du genre « nid douillet ». Au contraire, ils avaient autant besoin de cet état de belligérance permanent que certains alcooliques d’une rasade de whisky pour commencer la journée. C’était un élément de leur existence sans lequels ils se retrouvaient déboussolés, perdus, et il leur suffisait de commencer à se houspiller et à s’égratigner pour se retrouver en terrain connu et avoir l’impression de se sentir « chez eux ». Plus qu’un état d’esprit, l’insatisfaction est une habitude à laquelle l’un et l’autre étaient farouchement attachés.

Désolé, les commentaire sont désactivés pour l'instant.