juin 102009
 

Sur la paupière de mon père
[Með titrandi tár]
Sjón
Rivages
9782743618629
Paru en octobre 2008.

Bien que Sur la paupière de mon père puisse se lire indépendamment, il s’agit de la deuxième partie d’une trilogie dont la première partie n’a pas, curieusement, été traduite en français.

La première partie relate l’expérience de Leó Löwe, juif tchèque, dans les camps de concentration allemands, et Sur la paupière de mon père parle de son arrivée en Islande et de ses efforts pour devenir islandais et, pour ainsi dire, fonder une famille.

Plus encore que Le Moindre des mondes, ce livre est narrativement compliqué, faisant intervenir Leó, son fils écrivant le livre, et différentes légendes islandaises. Il est aussi plein de digressions sur l’Islande et les Islandais, et notamment leur égocentrisme et leur passion pour la philatélie.

L’intrigue est complètement déjantée et saugrenue, allant de la procédure administrative à l’alchimie, mais toujours dans le style inimitable de Sjón, qui fait tout son charme.

J’ai beaucoup aimé les aventures de Leó Löwe, et j’espère que Rivages va publier le premier volume bientôt. Pour le troisième, hélas, il faudra attendre, puisqu’il est prévu pour 2010 ou 2011 en islandais.

Lire un court extrait »

Le bateau est insubmersible.

Il apparaît maintenant au sommet de la vague. Projeté en avant, il s’attarde un moment sur la crête, tout prêt à se précipiter dans la gueule de l’océan qui l’attend en contrebas, verdâtre et avide. Et juste au moment où nous avons l’impression que l’événement va se produire — précipitant du même coup la fin de cette histoire — la vague se dérobe sous le bateau qui, au lieu de la franchir, reste suspendu en l’air, à l’endroit où il y avait de l’eau l’instant d’avant.

Dans une cabine située sur le deuxième pont gisait un homme qui, plus quue tout autre à bord, souffrait de mal de mer et n’avait cure que le bateau s’envole, sombre subitement avec bêtes et gens ou poursuive simplement ses cabrioles et autres sautillements. Il avait le mal de mer — et le mal de mer le tenaillait.

On s’approche du mur, on s’éloigne du mur, on s’approche, on s’éloigne, on roule et on roule d’avant en arrière comme l’ivraie et le grain, comme le grain et l’ivraie. Il enfonça profondément sa nuque dans l’oreiller, si seulement il avait pu maintenir un moment sa tête immobile, sa gorge aurait pu se desserrer. Si sa gorge s’était desserrée, il aurait pu reprendre sa respiration. S’il avait pu reprendre sa respiration, les muscles de son estomac se seraient détendus. Si les muscles de son estomac s’étaient détendus, ses boyaux ne se seraient pas contractés. Et si ses boyaux ne s’étaient pas contractés, il aurait pu maintenir sa tête immobile, ne serait-ce que l’espace d’un instant.

Ainsi en va-t-il en mer.

  2 commentaires à “Sur la paupière de mon père, de Sjón”

  1. J’ai bien envie de découvrir cet auteur islandais et ton avis me le confirme. Bravo pour ce blog que j’ajoute dans mon netvibes : les voyages de papier, j’adore !

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