août 272009
 

La Rafale des tambours
[The Winter of the World]
Carol Ann Lee
La Table Ronde
9782710330707
Parution en août 2009.

Pendant la Grande Guerre, Alex Dyer, correspondant de guerre, tombe fou amoureux de la femme de son meilleur ami parti au front. Ils entament une liaison qui les détruira tous les trois. En quête de rédemption, Alex cherchera à exaucer, d’une certaine manière, la dernière requête de son ami.

J’ai beaucoup aimé ce livre, d’abord pour ses références à la Première Guerre Mondiale, qui est une des périodes de l’histoire que je préfère (si on peut dire ça d’une guerre qui a tué plus de 10 millions de personnes). La grande histoire se mêle parfaitement à la petite, et le choix de la période historique est loin d’être gratuit.

Soyons honnêtes, si vous lisez le résumé donné par l’éditeur, il n’y a pas vraiment de suspense, et vous pourrez deviner l’intrigue sans même ouvrir le livre. Mais ce qui compte ici, ce n’est pas le point d’arrivée : c’est le voyage pour en arriver là.

Un autre coup de cœur pour cette rentrée !

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L’affût de canon surmonté du cercueil émerge de sous la grande Arche de l’Amirauté ; sur le drapeau déchiré et délavé, le casque en acier brille dans la faible lueur du soleil.

À Trafalgar Square, la foule entend le martèlement cadencé des sabots des chevaux avant d’apercevoir, enfin, leurs silhouettes noires qui sortent de la brume. Les hommes laissent maintenant échapper leurs larmes, sans honte, et les cris d’effroi des femmes déchirent l’air, à mesure que l’excès de chagrin, incontrôlable, commence à se répandre, de la capitale haletante jusqu’à ses faubourgs, vers les villages, les bourgs, les autres villes, jusque dans la campagne et sur la côte.

Mais nulle part on ne le ressent aussi fortement que dans le cœur de l’Angleterre, à Londres, parmi ces gens alignés dans les rues pour voir passer le cortège. Car ils sont venus de près et de loin, de tous les coins du royaume, pour assister à l’inhumation de l’homme qui leur appartient à tous et à aucun, le soldat sans nom, ramassé sur le champ de bataille pour être enterré au milieu des rois : le Soldat inconnu.

août 212009
 

Le Jeu de l’ange
[El juego del ángel]
Carlos Ruiz Zafón
Robert Laffont
9782221111697
Paru en août 2009.

À Barcelone dans les années 20, un mystérieux éditeur fait une proposition à un jeune écrivain. Ce contrat bouleverse sa vie et le lance dans une quête effrénée de la vérité.

Confession : non seulement je n’ai jamais lu L’Ombre du vent et je n’ai donc pas d’a priori positif sur Zafón, mais en plus j’ai lu son interview dans un Livre Hebdo du mois de juillet, et son arrogance m’a franchement rebutée (désolée, mais il n’y a pas d’écrivain si talentueux qu’il ne bénéficie pas du stylo rouge d’un éditeur).

J’ai bien aimé Le Jeu de l’ange: l’intrigue était prenante, et je voulais vraiment savoir la fin, donc je me suis accrochée jusqu’au bout. Cela dit, il y avait des longueurs, et on aurait facilement pu couper une centaine de pages sans risques pour l’intrigue. J’ai aussi trouvé l’épilogue particulièrement répugnant dans ce qu’il impliquait.

J’ai quand même envie de lire L’Ombre du vent, mais au vu du Jeu de l’ange, je n’en fait pas une priorité.

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Un écrivain n’oublie jamais le moment où, pour la première fois, il a accepté un peu d’argent ou quelques éloges en échange d’une histoire. Il n’oublie jamais la première fois où il a senti dans ses veines le doux poison de la vanité et cru que si personne ne découvrait son absence de talent, son rêve de littérature pourrait lui procurer un toit sur la tête, un vrai repas chaque soir et ce qu’il désirait le plus au monde : son nom imprimé sur un misérable bout de papier qui, il en est sûr, vivra plus longtemps que lui. Un écrivain est condamné à se souvenir de ce moment, parce que, dès lors, il est perdu : son âme a un prix.

Le Jeu de l’ange, de Carlos Ruiz Zafón

août 192009
 

Le Violon d’Auschwitz
[El Violí d'Auschwitz]
Maria Àngels Anglada
Stock
9782234062481
Paru en juin 2009.

Pour sauver de la mort un violoniste virtuose, un luthier juif, prisonnier en camp de concentration, doit fabriquer un violon au son digne d’un Stradivarius.

Après un premier chapitre plutôt téléphoné, j’ai beaucoup aimé le reste du livre, notamment la sensualité de la fabrication du violon. La fin était un peu confuse, mais c’était en imitation d’un personnage.

Un bon livre, et j’espère que d’autres livres de Maria Àngels Anglada seront traduits à l’avenir.

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Parmi les prisonniers les plus anciens, on parlait d’un enfer pire, de voyages sans retour vers d’autres camps, aux noms redoutables ; et l’on évoquait aussi une sorte de paradis du pauvre, une usine où les prisonniers recevaient un supplément de nourriture et où personne n’était maltraité. Mais Daniel ne voulait ni avoir peur ni rêver : il devait se concentrer sur son travail et aujourd’hui il lui en coûtait. Dans la cellule, les tranches de pain avaient été encore plus minces, juste de quoi survivre. Pendant qu’il s’appliquait du mieux possible à la tâche, sans relâche et même content de ne pas avoir été envoyé travailler dans la carrière en punition, il se rappela l’élan qui lui avait, même s’il ignorait pour combien de temps, sauvé la vie.

– Métier ?

Tous n’avaient pas la chance d’entendre cette question, apparemment inoffensive. Ceux qui étaient désignés depuis le début pour la mort rejoignaient un autre rang : beaucoup d’enfants, de vieillards, de femmes âgées et de malades.

– Menuisier, ébéniste, répondit-il rapidement.

C’était un demi-mensonge. Mais derrière son front pâle était née la réponse, à laquelle il ne réfléchit que plus tard en son for intérieur.

août 072009
 

La Vaine Attente
[The Wasted Vigil]
Nadeem Aslam
Seuil
9782020964807
Parution prévue pour le 20 août 2009.

Destins croisés dans l’Afghanistan d’aujourd’hui : un vieux médecin anglais recherche le petit-fils qu’il n’a jamais vu ; un ancien espion américain recherche ce même garçon, qu’il avait informellement adopté quand il était tombé amoureux de sa mère ; une veuve russe recherche son frère, déserteur de l’armée soviétique ; un jeune garçon endoctriné par les talibans prépare un attentat…

Nadeem Aslam manie les différents points de vue avec brio, de l’Américain anti-communiste au jeune musulman fanatique, en donnant au lecteur un aperçu de ce qui motive des personnages qui sont parfois à l’opposé de notre expérience personnelle.

Mais ce qui fait vraiment la force de ce roman, c’est l’écriture subtile d’Aslam, qui ne nous assomme jamais avec des révélations, mais se contente au contraire d’insérer les indices dans l’intrigue et laisse le lecteur tirer ses propres conclusions. À ne surtout pas lire en se déconnectant le cerveau, donc, au risque de passer à côté de tout l’impact émotionnel du roman.

Caveat lector, Aslam décrit l’Afghanistan dans toute sa beauté, mais aussi dans toute sa violence, et certains passages sont particulièrement durs dans leur implication.

Je n’ai pas encore lu beaucoup de livres de la rentrée littéraire, mais celui-ci est sans hésiter un de mes coups de cœur, et probablement un des meilleurs livres de cette année.

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Son esprit est une demeure hantée.

La femme qui se nomme Lara lève les yeux, croyant avoir entendu un bruit. Repliant la lettre qu’elle vient de relire, elle s’approche de la fenêtre qui surplombe le jardin. Dehors, l’aube emplit le ciel de lumière, même si quelques étoiles sont encore visibles.

Au bout d’un moment, elle se détourne et se dirige vers le mirroir circulaire appuyé contre le mur du fond. L’apportant jusqu’au centre de la pièce, elle le pose dos contre le sol, doucement, sans un bruit, par égard pour son hôte qui dort dans une pièce voisine. Indifférente à l’image qu’il lui renvoie d’elle-même, elle s’attarde sur le reflet du plafond qu’elle y voit dans la lumière pâle de l’avant-jour.

Le mirroir est grand : à supposer que le verre soit de l’eau, elle pourrait plonger et disparaître sans en toucher les bords. Sur le vaste plafond, il y a des centaines de livres, chacun maintenu en place parun clou qui le transperce de part en part. Une pointe de fer enfoncée dans les pages de l’Histoire, dans celles de l’amour, celles du sacré. À genoux sur le sol poussiéreux à côté du mirroir, elle essaie de déchiffrer les titres. Les mots sont inversés, mais la tâche se révèle plus facile que si elle restait des minutes entières la tête renversée à regarder le plafond.

août 042009
 

Une fois deux
[Treffen sich zwei]
Iris Hanika
Les Allusifs
9782922868951
Paru prévue pour août 2009.

Deux quadragénaires se rencontrent dans un café de Berlin et tombent sous le charme l’un de l’autre. Mais parce qu’on n’est pas plus raisonnable à 40 ans qu’à 20, leur relation amoureuse connaît quelques ratés après ce démarrage sur les chapeaux de roues.

Ce qui fait tout le charme de ce livre, ce n’est pas l’intrigue, d’un banal qui confine au cliché, mais le style, original, léger et décalé. Parfois la narration s’interrompt pour une courte scène de théâtre, ou un discours, ou un aparté au lecteur ; parfois s’y insèrent des paroles de chanson.

Probablement pas mon livre préféré de cette rentrée littéraire, mais charmant et mémorable.

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Some day, he’ll come along la première fois qu’elle posa les yeux sur the man I love, ce fut un choc. Elle crut d’abord que c’était une apparition and he’ll be big and strong, car il était le sosie de the man I love, il correspondait trait pour trait à celui qu’elle avait imaginé aimer un jour. And when he comes my way, I’ll do my best to make him stay. He’ll look at me and smile and I’ll understand. In a little while, he’ll take my hand, and, though it seems absurd, I know we both won’t say a word. Elle n’avait jamais songé à ce qui se passerait ensuite.(We’ll build a little home, just meant for two, from which I’ll never roam, or what would you? And so all else above, I’m waiting for the man I love.)

Non qu’il ait correspondu à son type d’homme, ni qu’elle l’ait trouvé particulièrement attirant, dans son imagination les choses ne se passaient pas ainsi. Simplement, lorsqu’elle avait pensé à l’homme qu’elle aimerait un jour, elle avait toujours eu cette image-là sous les yeux.

Et il s’était fait chair.