oct 182009
 

Le Château blanc
[Beyaz Kale]
Orhan Pamuk
Gallimard
9782070411061
Paru en 1996.

Au XVIe siècle, un jeune Vénitien est capturé et emmené à Constantinople. Là, il est donné comme esclave au « Maître », un homme de science auquel il ressemble étrangement. Au cours des années qui suivent, l’esclave enseigne au Maître les sciences et technologies occidentales. Ensembles, ils contribuent à l’éradication d’une épidémie de peste, conçoivent une horloge puis une machine de guerre, écrivent de nombreux livres.

La 4e de couverture de Gallimard ne ment pas ; tous les événements qu’elle décrit se passent réellement dans le roman. En même temps, elle ne rend absolument pas compte de l’atmosphère du roman. Il s’agit en fait du récit d’une relation fusionnelle, co-dépendante, entre un maître et son esclave, un maître et son élève, où l’un et l’autre ne sont pas forcément ceux que l’on pense.

Cette relation est complètement malsaine, faite de manipulations conscientes et inconscientes, qui rappelle un peu les pièces d’Harold Pinter. Les autres personnages sont peu nombreux, et ne servent qu’à accentuer l’extrême insularité de la relation.

Le Château blanc est une longue question sur l’identité, sur ce qui fait que je suis moi et pas un autre. J’ai trouvé ce livre absolument fabuleux, et j’ai bien l’intention de lire d’autres romans de Pamuk.

Lire un court extrait »

En ce temps-là, j’étais quelqu’un d’autre, un homme que sa mère, sa fiancée, ses amis appelaient par un autre nom. Il m’arrive encore de revoir dans mes rêves l’homme que j’étais autrefois, ou que j’imagine aujourd’hui avoir été, et je me réveille alors couvert de sueur. Cet homme — qui me rappelle maintenant les couleurs oniriques des contrées qui n’ont jamais existé, ou des créatures fabuleuses, ou encore ces armes incroyables que nous devions imaginer par la suite, et des années durant — était âgé de vingt-trois ans. Il avait étudié les sciences et les arts à Florence et Venise ; il croyait posséder des notions d’astronomie, de mathématiques, de physique et de peinture. Évidemment, c’était un garçon plein de suffisance ; il avait ingurgité la majeure partie de tout ce qui avait été fait avant lui et il considérait le tout avec un certain dédain ; il était persuadé qu’il pouvait faire mieux, convaincu qu’il était d’être plus intelligent et plus imaginatif que tous les autres ; bref, c’était un jeune homme comme les autres. Chaque fois qu’il me faut m’inventer un passé — ce qui m’arrive souvent —, j’ai peine à croire que ce jeune garçon qui parlait à sa fiancée de ses goûts, de ses projets, ou encore de l’univers et du savoir, et qui trouvait normale l’admiration qu’elle lui témoignait, c’était moi. Mais je me console en me disant que les rares lecteurs qui, un jour, auront la patience de lire jusqu’au bout ce que j’écris là comprendront que ce jeune homme, ce n’était pas du tout moi. Ces lecteurs si patients se diront peut-être aussi — comme je me le dis à présent — que l’histoire du jeune homme, dont la vie s’interrompit alors qu’il feuilletait ses livres les plus chers, reprit un jour là où elle s’était arrêtée.

  Une commentaire à “Le Château blanc, d’Orhan Pamuk”

  1. Tu le trouves fabuleux et il est dans ma PAL : mais qu’est-ce que j’attends ? ;-)

Désolé, les commentaire sont désactivés pour l'instant.