déc 312009
 

Rosencrantz & Guildenstern are Dead
Tom Stoppard
Grove Press
9780802132758
Paru en 1966.

Deux personnages sont convoqués à la cour d’Elseneur pour distraire Hamlet. Ils ne savent pas d’où ils viennent, ni vraiment où ils vont.

Une de mes pièces préférées ! Linguistiquement compliquée, avec des jeux sur les mots qui vont jusqu’à l’absurde, et pleine de références à Hamlet, qui lui sert de toile de fond. Il y a notamment toute une réflexion sur l’art et la réalité, grâce à la rencontre des deux personnages avec la troupe d’acteurs qu’Hamlet va embaucher pour dénoncer le meurtre dont a été victime son oncle.

De loin la pièce la plus connue de Tom Stoppard, le type qui a aussi écrit le scénario de Shakespeare in Love (un film qu’on ne peut apprécier réellement qu’avec un minimum de familiarité avec l’œuvre shakespearienne, les contemporains de Shakespeare, ainsi que la scène britannique de ces vingt dernières années). Il existe aussi un film avec Gary Oldman et Tim Roth, lui aussi excellent. Malheureusement, ni le film ni la pièce ne sont disponibles en français, de nos jours :/

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GUIL (clears his throat): In the morning the sun would be easterly. I think we can assume that.

ROS: That it’s morning?

GUIL: If it is, and the sun is over there (his right as he faces the audience) for instance, that (front) would be northerly. On the other hand, if it is not morning and the sun is over there (his left) . . . that . . . (lamely) would still be northerly. (Picking up.) To put it another way, if we came from down there (front) and it is morning, the sun would be up there (his left), and if it is actually over there (his right) and it’s still morning, we must have come from up there (behind him), and if that is southerly (his left) and the sun is really over there (front), then it’s the afternoon. However, if none of these is the case——

 

GUIL (se raclant la gorge): Le matin, le soleil devrait être à l’est. Je pense qu’on peut présumer ça.

ROS: Que c’est le matin ?

GUIL: Si ça l’est, et que le soleil est (à sa droite alors qu’il fait face au public) par exemple, ça (devant lui) ce serait le nord. Cela dit, si ce n’est pas le matin, et que le soleil est (à sa gauche) … ça … (lentement) ce serait toujours le nord. (se reprenant) Pour le dire autrement, si nous venions de là (devant lui) et que c’était le matin, le soleil serait là (à sa gauche), et si c’est en fait (sa droite) et que c’est toujours le matin, nous sommes forcément venus de (derrière lui), et si ça c’est le sud (à sa gauche) et que le soleil est en fait (devant lui), en fait c’est l’après-midi. Mais si aucune de ces hypothèses n’est la bonne…

déc 312009
 

Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates
[The Guernsey Literary and Potato Peel Pie Society]
Mary Ann Shaffer et Annie Barrows
NiL
9782841113712
Paru en avril 2009.

Juste après la guerre, une jeune écrivain en panne d’inspiration reçoit la lettre d’un membre du Cercle des amateurs de littérature et de tourte aux épluchures de patates de Guernesey et fait la connaissance d’une douzaine de personnages différents et pourtant rassemblés par leur amour de la littérature.

J’ai trouvé le livre sympa mais sans plus : les personnages sont attachants, le style n’est pas très exigeant et l’intrigue assez convenue. En gros, du brain candy de bonne facture. L’aspect épistolaire est bien utilisé, ce qui n’est pas toujours évident. On passe un bon moment, mais ça n’a rien de vraiment mémorable.

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Chère Juliet,

Félicitations ! Susan Scott dit que tu as captivé ton public du déjeuner comme du rhum un ivrogne, et qu’il te l’a bien rendu, alors, je t’en prie, cesse de t’inquiéter pour ta tournée de la semaine prochaine. Je ne doute pas de ton succès. Ayant assisté à ton interprétation électrisante du Petit berger qui chante dans la vallée de l’humiliation, il y a dix-huit ans, je sais que tu auras tous tes auditeurs à tes pieds en un rien de temps. Un conseil : tu pourrais peut-être t’abstenir de jeter le livre au public quant tu auras fini, cette fois.

déc 312009
 

Bienvenue à Rovaniemi
[Pyhiesi yhteyteen]
Jari Tervo
10/18
9782264039347
Paru en novembre 2007.

Dans la Finlande du nord, un gangster est tué, point de départ d’une série d’événements qui met en scène des personnages hauts en couleurs.

Tout simplement hilarant ! Bienvenue à Rovaniemi est rédigé en courts chapitres, chacun du point de vue d’un personnage différent, toujours dans un style très oral, voire très cru. J’ai parfois eu du mal à me souvenir de qui était qui, surtout avec les noms finnois un peu compliqués.

À ne manquer sous aucun prétexte !

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J’étais juste en train d’essayer de zieuter la braguette de Rixe quand l’appel est tombé. Ca ne me semblait guère probable qu’il en eût une grosse, une plus grosse que moi. Mais vu qu’il portait un pantalon ample, c’était pas bien facile d’être sûr.

L’alerte était pour le fin fond de Viirikangas, chez les Räikkönen. Je me dis, là, tandis que je courais vers le fourgon de boucherie, que tous les Räikkönen n’avaient donc pas encore été tués ou mis en cabane, vu qu’il avait fallu leur appeler un moyen de transport.

Rixe voulait conduire.

– Mon tour, dit-il.

On est sortis par la porte centrale de l’hôpital. Devant l’église, on a tourné à gauche ; il avait tout de même écouté l’adresse.

– N’est-ce-t-y pas ? ajouta-t-il.

Je ne lui dis pas que ses manières de travailler m’énervaient.

déc 312009
 

Hotel de Dream
[Hotel de Dream]
Edmund White
10/18
9782264048936
Paru en novembre 2009.

Les derniers jours de la vie de Stephen Crane, l’auteur de La Conquête du courage, qui dicte à sa femme un livre sur le jeune prostitué new-yorkais qu’il a rencontré plusieurs années auparavant.

On voit se développer deux histoires en parallèle, celle de Crane et de sa femme, et l’intrigue de son roman. C’est un livre très étrange, dont je ne savais pas trop quoi penser pratiquement jusqu’à la fin. En fait, ce sont les dernières pages qui m’ont fait apprécier le reste du roman. Mais je ne suis quand même pas sûre de le recommander.

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Comme je voudrais que Cora cesse de parler de ma santé ! Ça porte la poisse. Ce n’est pas que je m’inquiète de ce qui peut m’arriver. Je n’ai jamais souhaité vivre au-delà de trente ans — mais cet âge, je ne l’aurai que dans deux ans… Keats et Byron sont partis tôt.

L’argent occupe tellement mon esprit, vingt livres ici, cinquante livres là — toutes les sommes importantes que je dois et les maigres rentrées que j’attends — que je ne puis penser à rien de sérieux. Ou même de frivole, par exemple à ce livre idiot, The O’Ruddy. Il me faut bâcler ce bouquin. Cora pourra, j’imagine, toucher le dernier versement sur l’ouvrage si je meurs. Oh ! je ne vais pas mourir, mais ce maudit séjour qu’elle m’a organisé dans la miraculeuse clinique allemande pourrait m’empêcher d’y travailler pendant quelques mois.

déc 302009
 

D’autres couleurs
[Öteki Rentler]
Orhan Pamuk
Gallimard
9782070786602
Paru en octobre 2009.

Un bric-à-brac d’essais, de préfaces, d’articles, de discours, où Orhan Pamuk nous parle de sa famille, des livres et de la Turquie.

J’adore l’écriture d’Orhan Pamuk, même si elle n’est pas forcément des plus faciles à lire, et certains des essais de ce livre sont des petits bijoux. Je pense notamment à celui où il décrit une promenade à la plage avec sa fille, ou les deux où il parle des mouettes.

N’ayant lu qu’un livre de Pamuk jusqu’ici, j’ai quand même suivi facilement quand il parle de ses autres livres, et ceux sur Mon nom est Rouge, notamment, m’ont donné envie de le lire. Cela dit, D’autres couleurs n’est probablement pas une bonne introduction à Pamuk pour ceux qui ne l’ont jamais lu.

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Beaucoup plus tard, lorsque tout cela ne fut plus que du passé, la colère teintée de jalousie que j’éprouvais envers ce père feu follet, qui jamais ne m’avait écrasé ni blessé, se mua peu à peu en une acceptation résignée de l’incontestable ressemblance qui existait entre nous. Désormais, quand je maugrée contre un imbécile, quand je fais une remarque au serveur dans un restaurant, quand je me ronge la lèvre inférieure, quand je relègue dans un coin certains livres sans les terminer, quand j’embrasse ma fille, quand je sors de l’argent de ma poche, quand je salue quelqu’un d’une joyeuse plaisanterie, je me surprends à l’imiter. Ce n’est pas parce que mes mains, mes bras, mes jambes ou le grain de beauté sur mon dos ressemblent aux siens. Cela provient de quelque chose qui me fait peur — qui me terrifie — et me rappelle le terrible désir que j’avais, enfant, de lui ressembler : la mort de chaque homme commence avec celle de son père.