déc 302009
 

D’autres couleurs
[Öteki Rentler]
Orhan Pamuk
Gallimard
9782070786602
Paru en octobre 2009.

Un bric-à-brac d’essais, de préfaces, d’articles, de discours, où Orhan Pamuk nous parle de sa famille, des livres et de la Turquie.

J’adore l’écriture d’Orhan Pamuk, même si elle n’est pas forcément des plus faciles à lire, et certains des essais de ce livre sont des petits bijoux. Je pense notamment à celui où il décrit une promenade à la plage avec sa fille, ou les deux où il parle des mouettes.

N’ayant lu qu’un livre de Pamuk jusqu’ici, j’ai quand même suivi facilement quand il parle de ses autres livres, et ceux sur Mon nom est Rouge, notamment, m’ont donné envie de le lire. Cela dit, D’autres couleurs n’est probablement pas une bonne introduction à Pamuk pour ceux qui ne l’ont jamais lu.

Lire un court extrait »

Beaucoup plus tard, lorsque tout cela ne fut plus que du passé, la colère teintée de jalousie que j’éprouvais envers ce père feu follet, qui jamais ne m’avait écrasé ni blessé, se mua peu à peu en une acceptation résignée de l’incontestable ressemblance qui existait entre nous. Désormais, quand je maugrée contre un imbécile, quand je fais une remarque au serveur dans un restaurant, quand je me ronge la lèvre inférieure, quand je relègue dans un coin certains livres sans les terminer, quand j’embrasse ma fille, quand je sors de l’argent de ma poche, quand je salue quelqu’un d’une joyeuse plaisanterie, je me surprends à l’imiter. Ce n’est pas parce que mes mains, mes bras, mes jambes ou le grain de beauté sur mon dos ressemblent aux siens. Cela provient de quelque chose qui me fait peur — qui me terrifie — et me rappelle le terrible désir que j’avais, enfant, de lui ressembler : la mort de chaque homme commence avec celle de son père.

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