fév 192010
 

La Cité des amants perdus
[Maps for Lost Lovers]
Nadeem Aslam
Points
9782757802601
Paru en février 2007.

En Angleterre, dans une communauté pakistanaise, un homme et une femme qui vivaient ensemble sans être mariés ont disparus ; on soupçonne un « crime d’honneur ». Shamas, le frère de l’homme disparu, attend et espère.

La Cité des amants perdus dépeint la vie au quotidien dans une communauté musulmane, avec pour point central la famille de Shalmas, fils agnostique d’un homme né hindou mais élevé comme musulman; sa femme, pieuse fille d’imam; et leurs enfants, élevés en Angleterre et cherchant à échapper aux étouffantes traditions de leur communauté.

C’est un livre très dur envers l’Islam et notamment sa misogynie qui fait que la réputation d’une femme est sa seule richesse, et ne tient qu’à un fil. De tous les mariages représentés, le seul qui soit parfaitement heureux est celui des parents de Shalmas. Tous les autres sont faits de faux-semblants et de mensonges, quand ce n’est pas de violence et de tragédie.

On retrouve les mêmes caractéristiques de style que dans la Vaine Attente : une écriture très poétique, fleurie, hyper-travaillée, qui file une métaphore tout au long du roman, ici sur les papillons (cf la couverture), dont l’homme disparu était spécialiste. Signalons au passage l’excellente traduction de Claude Demanuelli.

Bien que le roman soit découpé en quatre parties correspondant aux quatre saisons, les retours en arrière abondent, faisant de la Cité des amants perdus un roman complexe. Comme dans la Vaine Attente, Nadeem Aslam nous montre certains événements sous différents points de vue, autorisant au lecteur une vision globale de la situation qui échappe aux personnages.

Un très, très beau texte, dérangeant, qui confirme Nadeem Aslam comme un excellent auteur qui n’a pas peur de s’attaquer à des sujets controversés.

Lire un court extrait »

Shamas se tient sur le seuil de la porte et regarde la terre, ou plutôt cet aimant qui dirige les flocons du ciel jusqu’à lui. À leur allure mesurée, ils tombent, presque entravés dans leur chute, comme des plumes s’enfonçant dans l’eau. La tempête de neige a lavé l’air du parfum d’encens venu du lac voisin, qui pénètre dans les maisons. Mais, même absent, ce parfum est toujours là, attirant l’attention sur sa disparition.

C’est la première neige de la saison, et les enfants du voisinage seront sur les pentes toute la journée aujourd’hui, à brûler des bougies pour chauffer les patins de leurs luges et augmenter la glisse, à se défier mutuellement de lécher les pointes de fer gelées des grilles entourant l’église ou la mosquée, à sortir en cachette de la cuisine la râpe à fromage qui leur permettra de peaufiner la symétrie des bonshommes de neige qu’ils vont construire, oublieux du froid, parce que, à cet âge, tout est prétexte à aventure ; de même qu’une huître tolère la perle logée dans sa chair, les pieds nus des enfants semblent ne ressentir aucune douleur à fouler les galets de la rive.