avr 252010
 

Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi
Katherine Pancol
Albin Michel
9782226208316
Paru en mars 2010.

On continue à suivre la vie des personnages : Joséphine écrit un nouveau livre ; Hortense s’impose dans le milieu de la mode londonien et entame, peut-être, une relation avec Gary ; Zoë découvre l’amour ; Henriette cherche à récupérer la fortune de Marcel tandis que Junior et Josiane lui mettent des bâtons dans les roues ; …

Dernier volume d’une trilogie commencée par Les Yeux jaunes des crocodiles et La Valse lente des tortues, Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi est un livre que j’ai dû lire en moins de 72h pour des raisons professionnelles, sans avoir lu les deux précédents. Du coup, j’ai eu énormément de mal à comprendre ce qui se passait, et qui était qui, d’autant plus que je lisais en diagonale et que certains des personnages portent des noms similaires.

Disons-le tout net, je n’ai pas du tout aimé ce livre, et je suis effarée que le premier ait vendu plus d’un million d’exemplaires. J’ai trouvé que la plupart des personnages n’avaient aucune épaisseur, voire étaient complètement caricaturaux, notamment Junior, qui me faisait grincer des dents chaque fois qu’il apparaissait.

De plus, le style est au fil de la plume, très oral et très fleuri, et je ne résiste pas à la joie de vous faire partager un passage qui m’a laissée entre l’hilarité et l’incrédulité :

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Et ils gagnèrent leur chambre à pas de loup, firent voler le dessus-de-lit, voler jupe, pantalon et cotillons et se jouèrent le grand huit qui déraille, le petit boa orphelin, l’araignée étoilée des mers du Nord, le petit pingouin sous la glace, le grand fou qui jongle avec des choux verts et la girafe cinglée à l’accordéon. Enfin, fourbus, repus, ils se jetèrent dans les bras l’un de l’autre, se félicitèrent de tant de verve sexuelle, se pourléchèrent, se frictionnèrent, gonflèrent de bonheur et retombèrent comme deux baudruches flapies.

avr 222010
 

Terres et Cendres
[خاک و خاکستر]
Atiq Rahimi
Gallimard
9782070416745
Paru en 2010.

Un vieil homme voyage avec son petit-fils pour rejoindre son fils à qui il doit annoncer que toute leur famille est morte sous des bombes russes.

Le style est brisé, incohérent, à l’image des sentiments d’un homme qui a tout perdu. Je ne suis pas sûre d’avoir aimé ce livre, mais l’utilisation du point de vue de la victime pour illustrer la cruauté indifférente des agresseurs m’a marquée.

Un texte court, fort, qui ne peut pas laisser indifférent.

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À qui dis-tu cela ? À Yassin ? Lui qui n’entend même pas le bruit d’une pierre. Alors que dire de ta voix faible et tremblante ! Le monde de Yassin est devenu un autre monde. Un monde muet. il n’était pas sourd. Il l’est devenu. Lui même n’en a pas conscience. Il s’étonne que plus rien ne fasse de bruit. Alors que tout était différent il y a encore quelques jours. Imagine-toi être un enfant comme Yassin, un enfant qui encore récemment entendait et ne savait même pas ce qu’être sourd veut dire. Et puis un jour, tu n’entends plus rien. Pourquoi ? Justement ce serait idiot de te dire que tu es devenu sourd ! Tu n’entends pas, tu ne comprends pas, tu n’imagines pas que c’est toi qui n’entends plus. Tu crois que ce sont les autres qui sont devenus muets. Les hommes n’ont plus de voix, la pierre ne fait plus de bruit. Le monde est silencieux… Mais alors pourquoi les hommes remuent-ils les lèvres ?

avr 212010
 

Vu ce que je lis, ça va probablement en surprendre plus d’un, mais je suis aussi une fan de Doctor Who, une série britannique de science-fiction créée en 1963. Je n’en ai vu que les épisodes de la nouvelle série, relancée en 2005, même si j’ai l’intention de découvrir la première série dès que j’aurai du temps (quand je serai en retraite, donc :-P ).

Pour ceux qui ne connaissent pas, Doctor Who est l’histoire d’un alien qui voyage dans le temps et l’espace grâce à une machine appelée Tardis qui ressemble à une cabine de police des années 60. Quand il est proche de la mort, il peut se régénérer et changer d’apparence. Il est généralement accompagné par des humains à qui il fait découvrir l’univers, souvent en mettant son nez là où ça ne le regarde pas.

Oui, évidemment, expliqué comme ça…

Doctor Who, c’est une institution au Royaume-Uni, et il n’y a pas un Britannique qui ne puisse reconnaître un Dalek, à vue ou à l’oreille.

Il y a quelque temps de ça, Tortoise a organisé un swap Doctor Who, et je me suis empressée de m’inscrire. J’ai reçu la semaine dernière une enveloppe toute décorée, de la part d’Ambrena.
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avr 212010
 

Invisible
[Invisible]
Paul Auster
Actes Sud
9782742789207
Paru en 2010.

En 1967, un jeune étudiant américain naïf et idéaliste fait une rencontre qui va changer sa vie. Quarante ans plus tard, un de ses anciens amis, devenu auteur à succès, reçoit le manuscrit qu’il a écrit.

Confession : il s’agit de mon premier Paul Auster, et je dois dire que j’aurais pu choisir pire livre pour commencer.

J’ai eu un peu de mal à rentrer dedans, mais j’ai dévoré la deuxième moitié en quelques heures. J’ai beaucoup aimé le récit à plusieurs niveaux, et l’inclusion du processus d’écriture.

Juste un caveat ; je déteste quand les écrivains incluent du dialogue sans le marquer typographiquement. Je ne suis pas sûre quel effet ils cherchent à accomplir, mais je trouve que ça rend le récit plus confus qu’autre chose.

À part ce léger reproche, je dirais néanmoins qu’Invisible est un très bon livre.

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Ne sachant plus trop que dire, je me tus un instant avant de poser une question inoffensive. Et qu’enseignez-vous dans notre morne université ?

Le désastre.

Un sujet plutôt vaste, non ?

Plus spécifiquement, les désastres du colonialisme français. Je fais un cours sur la perte de l’Algérie et un autre sur celle de l’Indochine.

Cette jolie guerre que nous avons héritée de vous.

Ne sous-estimez jamais l’importance de la guerre. La guerre est l’expression la plus pure, la plus vive de l’âme humaine.

avr 192010
 

Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler
[Historia de una gaviota y del gato que le enseñó a volar]
Luis Sepúlveda
Métailié
9782864244905
Paru en 2004.

Avant de mourir, une mouette fait promettre à un chat qu’il protègera l’œuf qu’elle va pondre, le poussin qui va en sortir, et qu’il lui apprendra à voler. Zorba le chat embauche alors tous les chats du port de Hambourg pour l’aider dans sa tâche.

Un très, très beau conte initiatique, à mettre entre toutes les mains. C’est très court à lire, et ça vous met le sourire aux lèvres pour la semaine !

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Le soir du vingtième jour Zorbas somnolait et ne s’aperçut pas que l’œuf bougeait, légèrement, mais il bougeait, comme s’il voulait se mettre à rouler par terre.

Un chatouillement sur le ventre le réveilla. Il ouvrit les yeux et ne put s’empêcher de sauter en voyant que par une fente de l’œuf apparaissait et disparaissait une petite pointe jaune.

Zorbas prit l’œuf entre ses pattes de devant et vit comment le poussin donnait des coups de bec pour faire un trou par lequel sortir sa petite tête blanche et humide.

— Maman ! cria le poussin de mouette.

Zorbas ne sut que répondre. Il savait qu’il était noir mais il crut que la chaleur de l’émotion le transformait en un chat violet.