avr 102010
 

Des mains si douces
[יד ענוגה]
Igal Sarna
Grasset
9782246747611
Paru en 2010.

Yola Sarna est une femme qui n’a jamais vraiment été heureuse. Elle a émigré de Pologne en Palestine dans les années 30, s’est mariée, a eu un enfant mort-né, a divorcé, s’est remariée, a eu deux enfants. Son fils Igal part à la découverte de sa vie depuis les bribes parfois erronées qu’elle lui livre.

Un récit très intimiste, qui laisse une impression un peu vague, comme d’onirisme. La mère de l’auteur est âgée et sa mémoire défaillante, et les informations sont du coup souvent peu exactes, voire contradictoires. Sarna nous raconte à la fois sa quête et la vie de sa mère, entremêlant les deux avec art. On assiste à la guerre, vécue par procuration au travers des récits des réfugiés, puis au déferlement des rescapés de la Shoah dans le tout nouvel état d’Israël, pendant que Yola vit ses propres tragédies et bonheurs.

Un très beau récit, sur le thème de la famille et des secrets familiaux.

Lire un court extrait »

C’était à l’époque où elle avait encore un téléphone à côté de son lit. Ensuite elle n’en voudrait plus. Elle n’en avait pas besoin. Personne ne l’appelait jamais. C’était gaspiller son argent inutilement. Petit à petit, elle se dépouilla de tout ce qui la reliait au monde, elle se débarrassa de la télévision, renonça à son petit appareil auditif qu’elle peinait à mettre en marche. On n’avait qu’à crier pour se faire entendre. Elle filtra les bruits du dehors pour mieux écouter les voix du passé et les murmures de ses fantômes. Mais elle conservait encore à son chevet un téléphone, pratiquement muet, qu’elle ne décrochait plus. Son écriture devenait illisible. J’ai gardé un papier que lequel elle a griffonné le nom de Rathaus, en caractères latins. Sa main tremblait si fort qu’on aurait dit des lettres gothiques. Un des médecins de la maison de retraite m’a montré les examens de l’état mental qu’il lui fait à intervalles réguliers. J’observe que la montre qu’elle avait dessinée à son arrivée — un cercle parfait représentant le cadran avec tous les chiffres et les aiguilles nécessaires — avait à présent à moitié fondu, comme dans la célèbre toile de Dalí. Les heures ont disparu et il ne reste qu’une ligne brisée, le délicat entrelacs du temps.

  2 commentaires à “Des mains si douces, d’Igal Sarna”

  1. Je l’ai acheté mais pas encore lui, à découvrir pour moi mais les mots « très beau récit » sont rassurants

    • J’espère qu’il vous plaira !

      Je découvre aussi votre blog, et je vois que vous n’avez pas aimé Venise est une fête. J’hésitai à le lire ; du coup, je vais passer à autre chose :)

Désolé, les commentaire sont désactivés pour l'instant.