juin 262010
 

La Reine des lectrices
[The Uncommon Reader]
Alan Bennett
Gallimard
9782070419609
Paru en 2010.

Par hasard, la Reine d’Angleterre découvre la lecture, et découvre qu’elle aime ça. À force de dévorer, elle en néglige ses obligations protocolaires, jusqu’au jour où…

La Reine des lectrices est un livre court, léger, et drôle, parfait pour se détendre, sur les plaisirs de la lecture et l’incompréhension des non-lecteurs.

Parfait à glisser dans sa poche pour cet été.

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Windsor accueillait ce soir-là un banquet d’apparat : le président de la République française s’était placé aux côtés de Sa Majesté tandis que la famille royale se regroupait derrière eux ; la procession se mit lentement en marche et rejoignit le salon Waterloo.

— Maintenant que nous sommes en tête à tête, dit la reine en adressant des sourires de droite à gauche à l’imposante assemblée, je vais pouvoir vous poser les questions qui me tracassent au sujet de Jean Genet.

Ah… Oui, dit le président.

La Marseillaise puis l’hymne britannique suspendirent durant quelques instants le déroulement des opérations, mais lorsqu’ils eurent rejoint leurs sièges, Sa Majesté se tourna vers le président et reprit :

— Il était homosexuel et il a fait de la prison, mais était-ce vraiment un mauvais garçon ? Ne pensez-vous pas qu’il avait un bon fond, au contraire ? ajouta-t-elle en soulevant sa cuillère.

N’ayant pas été briefé au sujet du dramaturge chauve, le président chercha désespérément des yeux sa ministre de la Culture, mais celle-ci était en grande conversation avec l’archevêque de Canterbury.

juin 212010
 

Le Liseur
[Der Vorleser]
Bernhard Schlink
Gallimard
9782070404582
Paru en 1999.

À l’age de 15 ans, Max devient l’amant d’une femme plus âgée que lui à qui il fait aussi la lecture. Un jour, elle disparaît sans prévenir. Des années plus tard, Max la retrouve sur le banc des accusés et découvre qu’elle était gardienne de camp pendant la guerre.

Le Liseur m’a laissé une impression de malaise, notamment parce que le lecteur est censé sympathiser avec les choix d’Hannah, les prendre en pitié, pour aussi mauvais qu’ils aient été.

J’avais découvert son secret une cinquantaine de pages avant qu’il soit révélé et, peut-être parce que j’ai du mal à imaginer le genre de honte qui pourrait conduire à faire ces choix, je n’ai pas réussi à rentrer dans le jeu de l’auteur. Mon plus gros problème, c’est qu’Hannah ne semble jamais comprendre la gravité de ses actes, et donc ne manifeste jamais de remords.

Un texte intéressant, qui donne à réfléchir.

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J’attendis dans le couloir. Elle se changea dans la cuisine. La porte était entrebâillée. Elle ôta sa robe tablier et se trouva en sous-vêtements vert clair. Deux bas pendaient sur un dossier de la chaise. Elle en prit un et, avec de petits mouvements vifs des deux mains, le retroussa jusqu’à en faire un anneau. En équilibre sur une jambe, le talon de l’autre jambe appuyé sur le genou, elle passa le bas ainsi roulé sur le bout de son pied, puis posa celui-ci sur la chaise et enfila le bas sur son mollet, son genou et sa cuisse, se penchant alors de côté pour l’attacher aux jarretelles. Elle se redressa, ôta le pied de la chaise et prit l’autre bas.

Je ne pouvais détacher mes yeux d’elle. De sa nuque et de ses épaules, de ses seins que la lingerie drapait plus qu’elle ne les cachait, de ses fesse sur lesquelles son jupon se tendait lorsqu’elle appuyait le talon sur le genou et qu’elle le posait sur la chaise, de sa jambe d’abord nue et pâle, puis d’un éclat soyeux une fois dans le bas.

juin 192010
 

Shards of Honor in Cordelia’s Honor
[Cordelia Vorkosigan, chez J'ai Lu -- épuisé]
Lois McMaster Bujold
Baen
9780671578282
Paru en 1999.

Une jeune scientifique, issue d’une société démocratique et socialement libertaire, rencontre un soldat issu d’une société féodale militariste.

Vu ma liste de lecture 2009, on pourrait croire que je ne lis que de la « littérature littéraire ». En fait, j’adore la science-fiction, même si je manque de temps pour en lire, et Bujold est une de mes auteures préférées. Un nouveau volume de la saga Vorkosigan étant prévu pour novembre, je vais en relire tous les volumes d’ici là.

Shards of Honor est le premier volume chronologiquement, et aussi le premier à avoir été écrit, ce qui est évident dans le manque de maturité des concepts. On peut déjà voir néanmoins voir les éléments qui font le succès de la saga : des sociétés différentes sont mises en contraste ; les personnages sont complexes ; les politiques sont retorses.

Un très bon livre, malgré quelques défauts de jeunesse, et une excellente introduction à la saga.

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He tapped her stunner thoughtfully in his palm. “Your expedition,” he said carefully, “was to be interned, preferably peacefully, for violation of Barrayaran space. There was an altercation. I was hit in the back with a stun beam. When I came to, I found your camp as you did.”

“Good.” Bitter bile soured her mouth. “I’m glad Reg got one of you, before you murdered him too.”

“If you are referring to that misguided but admittedly courageous blond boy in the clearing, he couldn’t have hit the side of a house. I don’t know why you Betans put on soldiers’ uniforms. You’re no better trained than children on a picnic. If your ranks denote anything but pay scale, it’s not apparent to me.”

“He was a geologist, not a hired killer,” she snapped. “As for my ‘children,’ your soldiers couldn’t even capture them.”

His brows drew together. Cordelia shut her mouth abruptly. Oh, great, she thought. He hasn’t even started to wrench my arms off, and already I’m giving away free intelligence.

 

Il tapota pensivement le paralyseur contre la paume de sa main.

« Votre expédition, dit-il lentement, devait être internée, de préférence sans effusion de sang, pour violation de l’espace barrayaran. Il y a eu une altercation. J’ai été touché dans le dos par un rayon paralysant. Quand je me suis réveillé, j’ai trouvé votre camp dans cet état.

– Tant mieux. » Elle sentit le goût amer de la bile lui envahir la bouche. « Je suis contente que Reg ait eu l’un d’entre vous, avant que vous l’assassiniez aussi.

– Si vous faites allusion au garçon blond dans la clairière, qui manquait de jugeote mais, c’est un fait, pas de courage, il n’aurait pas réussi à toucher une maison. Je ne comprends pas pourquoi vous les Betans, vous portez des uniformes de soldat. Vous n’avez pas plus d’entraînement que des enfants à un pique-nique. Je serais étonné d’apprendre que vos rangs indiquent autre chose que le niveau de salaire.

– Il était géologue, pas tueur à gages, rétorqua-t-elle. Quand à mes “enfants”, vos soldats n’ont même pas réussi à les capturer. »

Il fronça les sourcils. Cordelia se tut brusquement. Oh, génial, pensa-t-elle. Il n’a même pas commencé à me torturer et je lui donne déjà des renseignements.

juin 102010
 

84, Charing Cross Road
[84, Charing Cross Road]
Helene Hanff
Le Livre de poche
9782253155751
Paru en 2003.

Une jeune auteure américaine écrit à une librairie londonienne pour se procurer les livres qu’elle ne trouve pas chez elle. Au cours des vingt années qui vont suivre va s’établir une amitié très forte entre elle et son interlocuteur privilégié au sein de la librairie, mais aussi avec ses collègues, sa femme et ses voisins.

Peut-être parce qu’il s’agit d’une histoire vraie, 84, Charing Cross Road est beaucoup moins prévisible et sentimental que Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates. Une belle histoire d’amitié, où l’exubérance et l’extraversion de l’Américaine gagne le cœur de tous ceux dont elle fait la connaissance.

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MARKS & CO., LIBRAIRES
84, Charing Cross Road
Londres, W.C.2

1er novembre 1950

Mademoiselle Helene Hanff
14 East 95th Street
New York 28, New York
USA

Chère Mademoiselle,

Pardonnez-moi de vous répondre seulement maintenant, mais j’ai été absent de Londres pendant une semaine environ et j’ai beaucoup à faire pour rattraper le retard de courrier qui s’est accumulé.

Et d’abord, ne vous inquiétez pas si nous utilisons de vieux livres comme La Rébellion de Clarendon comme papier d’emballage : il se trouve que ce n’étaient que deux volumes dépareillés aux couvertures arrachées pour lesquels aucun client raisonnable n’aurait donné deux sous.

Nous vous avons envoyé par la poste l’anthologie de Quiller-Couch, La Route du pèlerin. Votre débit se montait à 1,85 dollar, vos 2 dollars le couvrent donc largement. Pour le moment, nous n’avons pas en stock d’exemplaire du Journal de Pepys, mais nous allons en chercher un pour vous.

Veuillez agréer, Mademoiselle, l’expression de notre considération distinguée.
Bien amicalement,

F. Doel
p/o MARKS & CO.

juin 072010
 

L’Écharde
Paul Wenz
Zulma
9782843045011
Paru en 2010.

Dans un ranch australien occupé exclusivement par des hommes, une femme s’installe. L’amour exclusif et destructeur qu’elle porte à son patron va changer cet environnement paradisiaque pour toujours.

Un petit bijou exhumé par les éditions Zulma, publié à l’origine dans les années 30 par un Français émigré en Australie. Un texte très moderne par certains côtés, notamment la réflexion écologique, même s’il accuse parfois les défauts de son âge : les aborigènes n’occupent que trois paragraphes, mais ceux-ci sont plutôt racistes, et l’utilisation de mots anglais pour faire couleur locale est un procédé qui a plutôt vieilli.

Un très beau texte à lire.

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Ce ne fut que lorsque Sam se fut installé dans le troisième fauteuil, et eut disparu derrière un journal vieux de deux semaines, que le boss dit sans lâcher sa pipe : « Ah Sin s’en va ; Jack, le cuisinier des hommes, le remplacera pour le moment. Je vais écrire à Adélaïde qu’on nous envoie une housekeeper qui se chargera de la maison : le vieux Chinois commence à négliger le ménage ; nos matelas ont la mollesse et l’épaisseur d’un linoléum, nos chaussettes ne vont plus par paires, tant elles ont besoin de reprises. Nous sommes de vieux garçons, c’est convenu, pas difficiles et pas du tout grognons ; mais il ne faudrait pas non plus accepter trop vite tous les renoncements de la vie simple. »

Tom, le manager, et Sam reçurent cette nouvelle derrière un barrage de fumée, sans doute pour mieux cacher leur surprise. Une femme dans la maison ! Cela ne s’était pas vu depuis des années, depuis que John Iredale avait pris à la station la succession de son père. Tom songeait qu’on dormait très bien sur des matelas minces, et Sam aurait préféré acheter deux paires de chaussettes par semaine plutôt que d’avoir une gouvernante dans la maison.