juil 282010
 

The Mountains of Mourning in Young Miles
[« Les Montagnes du deuil » in Les Frontières de l'infini chez J'ai lu]
Lois McMaster Bujold
Baen
9780743436168
Paru en 2003.

Miles est envoyé dans les coins reculés de son district pour y résoudre et juger une affaire d’infanticide.

À mon avis, « The Mountains of Mourning » est l’un des plus beaux textes de Bujold, et mérite amplement ses prix Hugo et Nebula, deux des prix américains de science-fiction les plus prestigieux. Si vous voulez le découvrir, il est disponible gratuitement et dans son intégralité en anglais sur le Baen Free Library.

Cette nouvelle montre parfaitement le contraste entre les différentes générations de Barrayar, et l’extraordinaire évolution des mœurs depuis la fin de l’Âge de l’Isolation.

On peut aussi apercevoir les qualités qui font de Miles un excellent meneur d’hommes, notamment dans la sentence qu’il inflige au coupable. Bujold dit dans une de ses postfaces que le personnage de Miles est modelé entre autres sur Lawrence d’Arabie, et on peut en effet voir leurs points communs très clairement : leur capacité à inspirer les autres, leur charisme, leur élan.

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“I must see my lord Count,” she said to an uncertain point halfway between Miles and the guard. “It’s my right. My daddy, he died in the Service. It’s my right.”

“Prime Minister Count Vorkosigan,” said the guard stiffly, “is on his country estate to rest. If he were working, he’d be back in Vorbarr Sultana.” The guard looked as though he wished he were back in Vorbarr Sultana.

The woman seized the pause. “You’re only a city man. He’s my count. My right.”

“What do you want to see Count Vorkosigan for?” asked Miles patiently.

“Murder,” growled the girl/woman. The security guard spasmed slightly. “I want to report a murder.”

“Shouldn’t you report to your village speaker first?” inquired Miles, with a hand-down gesture to calm the twitching guard.

“I did. He’ll do nothing.” Rage and frustration cracked her voice. “He says it’s over and done. He won’t write down my accusation, says it’s nonsense. It would only make trouble for everybody, he says. I don’t care! I want my justice!”

Miles frowned thoughtfully, looking the woman over. The details checked, corroborated her claimed identity, added up to a solid if subliminal sense of the authentic that perhaps escaped the professionally paranoid security man. “It’s true, Corporal,” Miles said. “She has a right to appeal, first to the district magistrate, then to the count’s court. And the district magistrate won’t be back for two weeks.”

 

« Je dois voir Monseigneur Comte », dit-elle, incertaine de sa position entre Miles et le garde. « C’est mon droit. Mon papa, il est mort en Service. C’est mon droit.

– Monsieur le Premier Ministre-Comte Vorkosigan, le garde dit avec raideur, est dans sa maison de campagne pour se reposer. S’il travaillait, il serait à Vorbarr Sultana. » Le garde avait l’air de quelqu’un qui aurait préféré être à Vorbarr Sultana lui-même.

La femme profita du silence. « Vous n’êtes qu’un homme de la ville. C’est mon Comte. Mon droit.

– Pourquoi voulez-vous voir le Comte Vorkosigan ? Miles demanda patiemment.

– Un meurtre », la femme-enfant cracha. Le garde eut un haut-le-cœur. « Je veux signaler un meurtre.

– Est-ce que vous ne devriez pas d’abord le signaler au porte-parole de votre village ? » Miles demanda, calmant la nervosité du garde d’un geste de la main.

« C’est ce que j’ai fait. Il ne veut rien entendre. » Sa voix craqua de rage et de frustration. « Il dit que ce qui est fait est fait. Il ne veut pas noter mes accusations, dit que ce sont des bêtises. Ça ne ferait que créer des problèmes pour tout le monde, qu’il dit. Je m’en moque ! Je veux ma justice ! »

Miles fronça les sourcils pensivement et examina la femme. Les détails sonnaient justes, corroboraient son identité. Pris ensembles, ils donnaient un air d’authenticité solide bien que subliminal qui échappait peut-être à un soldat paranoïaque de son métier. « C’est vrai, Caporal, dit Miles, elle a le droit de faire appel, d’abord au magistrat du district, puis à la Cour du Comte. Et le magistrat du district ne sera pas de retour avant deux semaines. »

juil 232010
 

Petits suicides entre amis
[Hurmaava joukkoitsemurha]
Arto Paasilinna
Gallimard
9782070308088
Paru en 2005.

Deux hommes, contrariés dans leurs projets de suicide, décident de s’associer et de recruter d’autres suicidaires pour partir ensemble. S’ensuit une folle équipée qui les conduira de la Finlande à la pointe du Portugal.

Voilà enfin le grand Paasilinna qu’on m’a recommandé ! L’humour est corrosif, noir et déjanté, et nous montre chemin faisant que la vie vaut quand même la peine d’être vécue.

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Les deux hommes lurent quelques cartes et ouvrirent un premier lot d’enveloppes. Les plis suintaient le désespoir. Les candidats au suicide avaient griffonné leurs messages d’une écriture irrégulière, sans souci des règles de grammaire et sous l’emprise d’une énergie incontrôlée, appelant les destinataires au secours : se pouvait-il qu’ils ne soient pas seuls dans leur détresse ? Contre toute évidence ? Des inconnus étaient-ils susceptibles de les aider ?

Les signataires des lettres avaient vu leur monde s’écrouler. Leur moral était à zéro, certains étaient si désespérés que même les yeux endurcis du colonel se mouillèrent. Ils s’étaient saisis de l’annonce salvatrice comme des noyés d’un dernier fétu de paille.

Tenter de répondre personnellement à chacun semblait impossible. Le simple effort d’ouvrir et de lire toutes les lettres paraissait surhumain.

Après avoir parcouru en diagonale une centaine de missives, le président Rellonen et le colonel Kemppainen étaient déjà si épuisés qu’ils n’avaient plus la force de continuer. Ils allèrent se baigner.

juil 192010
 

The Warrior’s Apprentice in Young Miles
[L'Apprenti du guerrier chez J'ai lu -- épuisé]
Lois McMaster Bujold
Baen
9780743436168
Paru en 2003.

The Warrior’s Apprentice est disponible gratuitement et dans son intégralité en anglais sur la Baen Free Library.

Miles, 17 ans, handicapé par une maladie qui lui rend les os fragiles et l’a laissé plafonnant à 1m40, rate les examens d’entrée à l’école militaire, et se cherche donc un autre avenir. À la suite d’une série de coups de bluff, il va se retrouver à la tête d’une armée de mercenaires et gagner une guerre.

Miles est le héros de (presque) tous les livres de la saga à partir de celui-ci. L’attentat commis sur ses parents avant qu’il naisse l’a laissé physiquement handicapé, mais il a aussi une volonté de fer, un charisme à toute épreuve, et une chance incroyable, qui vient à point pour l’aider à se tirer des situations épineuses dans lesquelles il se fourre régulièrement.

Drôle et attachant, The Warrior’s Apprentice est un autre excellent point d’introduction à la saga. On y rencontre une bonne partie des personnages qui vont devenir des personnages secondaires réguliers, même si c’est parfois dans une forme immature difficile à réconcilier avec ce qu’on apprend d’eux par la suite (je pense notamment à Gregor et Ivan).

Pour finir, je ne résiste pas au plaisir de vous envoyer regarder ce petit film d’animation hilarant (même si c’est plus drôle quand on connaît le livre).

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“I, ah,” his father began, and paused. He cleared his throat, delicately. “I was wondering what your thinking was now, for your next step. Your alternate plans.”

Miles’s lips tightened, and he shrugged. “There never were any alternate plans. I’d planned to succeed. More fool I.”

Lord Vorkosigan tilted his head in negation. “If it’s any consolation, you were very close. I talked to the selection board commander today. Do you—want to know your score on the writtens?”

“I thought they never released those. Just an alphabetical list: in or out.”

Lord Vorkosigan spread his hand, offering. Miles shook his head. “Let it go. It doesn’t matter. It was hopeless from the beginning. I was just too stiff-necked to admit it.”

“Not so. We all knew it would be difficult. But I would never have let you put that much effort on something I thought impossible.”

 

« Je, euh », commença son père. Il s’interrompit et s’éclaircit délicatement la gorge. « Je me demandais ce que tu comptais faire maintenant. Ton plan de secours. »

Miles serra les lèvres et haussa les épaules. « Je n’ai jamais eu de plan de secours. J’avais l’intention de réussir. Stupide. »

Lord Vorkosigan pencha la tête comme pour le contredire. « Si ça peut te consoler, il ne te manquait pas grand chose. J’ai parlé au commandant du comité de sélection aujourd’hui. Est-ce que… tu veux savoir tes résultats aux écrits ?

— Je croyais qu’ils n’étaient jamais rendus publics. Juste une liste alphabétique : admis ou refusé. »

Lord Vorkosigan ouvrit la main en offrande. Miles secoua la tête. « Oublie. Ça n’a pas d’importance. C’était sans espoir depuis le début. J’étais juste trop têtu pour l’admettre.

— Ce n’est pas vrai. On savait tous que ce serait difficile. Mais je ne t’aurais jamais laissé faire autant d’efforts pour quelque chose que j’estimais impossible. »

juil 122010
 

Frères jurés
[Edbrødre]
Gunnar Gunnarsson,
Fayard
9782213606224
Paru en 2000.

Deux jeunes Vikings, amis d’enfance, deviennent frères jurés. Les circonstances les envoient en Islande, dont ils deviendront les premiers colonisateurs.

Un très bon roman historique, minutieusement documenté sans jamais noyer le lecteur sous des informations inutiles. J’ai beaucoup aimé les contrastes entre la vie (plus ou moins) paisible de cultivateur et d’éleveur en Norvège l’hiver, et les raids vikings l’été.

Un auteur dont j’espère lire d’autres romans.

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Et là, dans le haut-siège, sur les planches brunes et usées où seuls les coussins et les occupants changeaient, était assis son père. Oh oui ! il était assis comme il faut et en confiance parmi ses dieux.

Chaque soir, il était assis là lorsqu’il n’était pas en voyage ou parti rendre une visite, il vidait sa corne, ses hommes sur les bancs aux tables autour de lui, une marche plus bas. Il était assis, calme, démêlant de ses doigts tannés son épaisse barbe blanche, tenant des propos pondérés ou se taisant. C’était là qu’il faisait asseoir, à côté de lui, quand il avait des invités, son hôte le plus éminent. Il pouvait arriver, alors, qu’il élevât le ton, de sorte que sa voix retentissante emplissait la halle et qu’il se faisait un silence attentif même sur les bancs les plus éloignés. Car Ørn, son père, ne parlait pas souvent fort, mais lorsqu’il parlait haut, c’était pour proférer des paroles importantes. Ingolf trouvait alors qu’il prenait une certaine ressemblance avec Thor, surtout lorsqu’il levait son énorme poing noué au dessus de sa tête touffue. Sinon, lorsqu’il restait silencieux, à penser, il rappelait surtout Odin, si ce n’est qu’il avait deux yeux.

Dans ce haut-siège, son père était chez lui. Il y trônait bien et en confiance, à la place de ses ancêtres. Grand-père Bjørnulf avait siégé là, lui qui, avec son frère Roald, avait dû fuir l’ancien bien allodial de la famille, en Telemark, pour cause de meurtre. Et là aussi avait siégé, avant lui, son père à lui, Ørn, Romund Greipsson. Des hommes fiers et forts dont on se rappelait les noms avec vénération.

Et un jour lui-même siégerait là…

juil 022010
 

La Mort à Venise
[Der Tod in Venedig]
Thomas Mann
Le Livre de Poche
9782253006459
Paru en 1997.

Au début du XXe siècle, un écrivain allemand vieillissant, en vacances à Venise, se prend de passion pour un jeune adolescent à la beauté d’un ange. Refusant de quitter la ville alors qu’elle est envahie par le choléra, il meurt.

Un de ces grands classiques de la littérature que j’avais envie de lire depuis longtemps, La Mort à Venise est truffé d’allusions philosophiques expliquées en d’interminables notes de bas de page. Comme je ne peux pas m’empêcher de les lire, elles ont entrecoupé une lecture qui n’était déjà pas facile, sans pour autant apporter des informations essentielles.

J’ai trouvé le texte franchement ennuyeux. J’essaierai peut-être un autre Thomas Mann dans le futur ; on m’a beaucoup recommandé La Montagne magique.

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Les Polonais, des adolescents, étaient assis sous la surveillance d’une gouvernante autour d’une table de rotin. Le groupe se composait de trois jeunes filles de quinze à dix-sept ans et d’un garçon aux cheveux longs qui pouvait avoir quatorze ans. Celui-ci était d’une si parfaite beauté qu’Aschenbach en fut confondu. La pâleur, la grâce sévère de son visage encadré de boucles blondes comme le miel, son nez droit, une bouche aimable, une gravité charmante et quasi divine, tout cela faisait songer à la statuaire grecque de la grande époque, et malgré leur perfection formelle les traits avaient un charme si personnel, si unique, qu’Aschenbach ne se souvenait d’avoir vu ni dans la nature ni dans les beaux-arts une si parfaite réussite.