sept 292010
 

Léa
[Lea]
Pascal Mercier
Libella – Maren Sell
9782355800115
Paru en août 2010.

Un homme confie à un étranger la passion dévorante et destructrice de sa fille pour le violon.

J’ai failli ne pas finir le livre tant je me suis ennuyée. L’intrigue était suffisamment convenue pour que la fin soit évidente dès le début.

Beaucoup de personnes m’avaient conseillé Train de nuit pour Lisbonne, mais après cet échec retentissant, je ne suis pas sûre de me laisser tenter.

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Loyola — ainsi l’appelions-nous plus tard, comme s’il s’agissait d’une vieille amie — jouait la Partita en mi majeur de Bach. À ce moment, je ne le savais pas ; jusqu’alors, je n’avais jamais pris la musique très au sérieux. Cécile m’avait bien trainé à quelques concerts, mais j’étais la parfaite caricature du spécialiste borné, un vrai béotien. Ce fut ma petite fille qui m’introduisit la première dans l’univers de la musique, et avec mon esprit aussi méthodique, aussi réglé qu’un métronome, mon esprit de scientifique, j’appris tout sur le sujet, sans savoir si j’aimais la musique qu’elle jouait parce qu’elle me faisait plaisir, ou seulement parce qu’elle semblait participer au bonheur de Léa. La Partita de Bach qu’elle devait jouer plus tard avec tant de brio et de profondeur, comme personne d’autre — uniquement à mes oreilles, je le sais —, je la connais aujourd’hui aussi bien que si je l’avais écrite moi-même. Si seulement je pouvais l’effacer de ma mémoire.

sept 252010
 

L’Oiseau noir
[Svartfugl]
Gunnar Gunnarsson
Arléa
9782869591301
Paru en 1992.

Un homme et une femme sont accusés d’avoir assassiné leur conjoints respectifs.

Une description intéressante de la vie dans un petit village d’Islande au XIXe siècle : l’isolation des habitants, et notamment la façon dont les rumeurs se répandent dans une communauté en vase clos.

L’administration assez système D de la justice est quelque peu surprenante pour un lecteur de XXIe siècle, notamment la façon dont les juges ont décidé de la culpabilité des accusés avant même le procès.

Dérangeant.

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De toute ma vie, je n’ai vu un homme comme lui. Je ne l’oublierai jamais, le Bjarni ; avec sa barbe blonde et frisée flottant au vent, ses yeux bleus et brillants qui semblaient composés de cristaux brisés, portant le petit cercueil large et difforme qui cachati, bizarrement le mystère de la mort.

Je ne puis décrire l’émotion que j’éprouvai en me trouvant face à lui. J’eus réellement l’impression de voir mon destin se dresser devant moi. Comme un présage du danger qui me menaçait. Cet homme jouerait un rôle dans ma vie : je le sentais et je le savais.

sept 242010
 

Du plomb dans le cassetin
Jean Bernard-Maugiron
Buchet-Chastel
9782283024638
Paru en août 2010.

Un ancien ouvrier typographe devenu correcteur se raconte. Malheureusement, toutes ces années passées à manipuler du plomb ont laissé des séquelles.

Plaisant et amusant. Les souvenirs du narrateur permettent de redécouvrir un métier maintenant disparu, et j’ai beaucoup aimé les effets de mise en page des derniers chapitres.

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Ils m’ont mis à la Correction il y a une quinzaine d’années mais mon vrai métier, c’est ouvrier typographe. À quinze ans, après le brevet, j’ai passé mes CAP de typographe et de linotypiste, et je suis entré directement au journal, d’abord comme apprenti avant de signer un contrat définitif. Comme on sortait chaque nuit une vingtaine d’éditions, il y avait souvent de l’embauche, et dans tous les métiers. On devait bien être deux douzaines de linotypistes, oui, quatre rangs de six, dans une salle sans fenêtres grande et bruyante comme un hall de gare, chacun assis devant sa machine sur une chaise tournante en bois. J’aimais retrouver chaque soir ma bécane, une Linotype belle comme une locomotive avec ses arbres, ses bielles, son bras élévateur, ses cames et ses galets, que j’avais appelée la Lison, comme celle que conduit Jean Gabin dans La Bête humaine.

sept 222010
 

Quand blanchit le monde
[Burnt Shadows]
Kamila Shamsie
Buchet-Chastel
9782283024454
Paru en août 2010.

9 août 1945 : la bombe détruit le monde de Hiroko et tue son fiancé allemand Konrad. En Inde, où elle a rejoint la famille de celui-ci, elle fait la connaissance de Sajjad, qui lui redonne goût à la vie. Des années plus tard, c’est au tour de leur fils Raza d’être pris dans la tourmente des conflits afghans.

Tout d’abord, Quand blanchit le monde est un magnifique portrait de femme : Hiroko est forte, indépendante, et refuse l’étiquette de hibakusha, « victime de la bombe ».

C’est aussi un hymne à la paix, doublé d’une sévère critique des méthodes américaines : la bombe atomique, l’armement des talibans pour lutter contre le communisme soviétique, la chasse à l’homme post 11 septembre.

Un très beau roman.

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« Après la bombe, j’ai été malade. La maladie des rayons, même si l’on n’avait pas de nom pour ça, à ce moment-là. L’ami de Konrad, Yoshi Watanabe avait un parent à Tokyo, un docteur. Les hôpitaux de Nagasaki, surpeuplés, refusaient les patients. Yoshi-san m’a emmenée à Tokyo. Il se sentait responsable, parce qu’il avait le sentiment d’avoir trahi Konrad. Il voulait se racheter. Il m’a fait admettre dans l’établissement de son cousin, puis il est reparti. Des médecins de l’armée américaine sont venus me voir. J’étais un objet de curiosité. J’ai discuté avec eux en anglais et l’un d’eux m’a proposé d’être leur traductrice. Travailler pour les Américains, après ce qu’ils m’avaient fait ! Vous devez vous demander pourquoi j’ai accepté. Mais le visage de cet homme semblait si bon, que je ne pouvais pas le rendre responsable de ce qui était arrivé. C’était impossible d’accuser qui que ce soit, à vrai dire. La bombe était tellement… inhumaine. Toujours est-il que j’ai dit oui.

J’ai été traductrice pendant plus d’un an. Je me suis liée d’amitié avec une infirmière américaine. Elle m’a emmenée chez le coiffeur où je me suis fait couper les cheveux comme elle, et elle me prêtait des vêtements quand nous sortions dans des boîtes de nuit. J’avais grandi pendant la guerre ; ces luxes réservés au temps de paix étaient nouveaux pour moi. Je ne voulais plus jamais retourner à Nagasaki et j’étais heureuse à Tokyo. Puis, à la fin de 1946, cet Américain à l’air si gentil a dit que la bombe était horrible, mais qu’elle avait été nécessaire pour sauver des vies américaines. Ce jour-là, j’ai compris que je ne pouvais pas continuer à travailler pour ces gens. L’infirmière est venu me trouver lorsqu’elle a appris que je démissionnais. Elle m’a demandé ce que j’allais faire. Partir très loin, c’est sorti tout seul. C’est là qu’elle m’a confié qu’un ami canadien dont elle m’avait souvent parlé s’apprêtait à embarquer pour l’Inde.

sept 192010
 

Ethan of Athos in Young Miles
[« Le Labyrinthe » in Les Frontières de l'infini chez J'ai lu]
Lois McMaster Bujold
Baen
9780743436182
Paru en 2003.

Jackson’s Whole, où tout se vend et tout s’achète, et où les vrais monstres ne sont pas ceux que l’on croit.

Et une dernière culture, celle de Jackson’s Whole. Labyrinth étant une nouvelle, on n’en voit qu’un aperçu, mais qui donne déjà une bonne idée de ce qui s’y passe. Jackson’s Whole, c’est le capitalisme poussé à l’extrême, où tout est possible pourvu d’avoir les moyens de se l’offrir.

Encore une fois, Bujold nous montre son talent pour croquer un personnage en quelques lignes, que ce soit les différents Barons, ou Taura, une autre de mes personnages préférés.

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Miles contemplated the image of the globe glowing above the vid plate, crossed his arms, and stifled queasiness. The planet of Jackson’s Whole, glittering, wealthy, corrupt . . . Jacksonians claimed their corruption was entirely imported—if the galaxy were willing to pay for virtue what it paid for vice, the place would be a pilgrimage shrine. In Miles’s view this seemed rather like debating which was superior, maggots or the rotten meat they fed off. Still, if Jackson’s Whole didn’t exist, the galaxy would probably have had to invent it. Its neighbors might feign horror, but they wouldn’t permit the place to exist if they didn’t find it a secretly useful interface with the sub-economy.

 

Miles contemplait l’image du globe brillant au-dessus de plateau vidéo. Il croisa les bras, et fit taire son appréhension. La planète de Jackson’s Whole, étincelante, riche, corrompue… Les Jacksoniens affirmaient que leur corruption était entièrement importée : si la galaxie payait pour la vertu ce qu’elle payait pour le vice, ce serait un lieu de pèlerinage. Pour Miles, c’était comme d’essayer de déterminer ce qui était supérieur : les asticots, ou la viande pourrie dont ils se nourrissaient. Cela dit, si Jackson’s Whole n’existait pas, la galaxie devrait probablement l’inventer. Ses voisins pouvaient feindre l’horreur, mais ils ne tolèreraient pas l’endroit s’ils ne le considéraient pas comme une interface utile avec le monde du crime.