sept 162010
 

Toute une histoire
[Hikâyatî sharh yatûl]
Hanan el-Cheikh
Actes Sud
9782742792825
Paru en septembre 2010.

Hanan el-Cheikh raconte sa mère, fiancée à 11 ans, mariée à 14, mère à 15, qui a eu le courage d’affronter l’ostracisme pour divorcer et épouser l’homme qu’elle aimait.

Une plongée dans 70 ans d’histoire libanaise, par le petit bout de la lorgnette. Kamleh est un personnage à la fois sympathique, par les épreuves qu’elle a traversé et l’optimisme qu’elle montre toujours, et agaçant par sa puérilité et sa mesquinerie.

Intéressant, mais pas particulièrement passionnant.

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“Ces femmes sont toutes des filles de bonne famille, des privilégiées ! Peut-être qu’on ne les a pas encouragées à faire ce qu’elles ont fait, mais en tout cas personne ne les a brimées. Pourquoi tu ne t’intéresses pas plutôt à celles que l’on traite comme si elles n’étaient pas au rang de l’humanité parce qu’elles ont eu le malheur de naître filles ? Tu n’as pas besoin d’aller chercher bien loin : tu en as une là, devant toi ! Qu’est-ce que tu attends pour m’interviewer ? Je te raconterai comment mon père m’a vendue pour dix pièces d’or, comment on m’a forcée à épouser ton père à quatorze ans, comment on m’a fiancée à onze…”

sept 082010
 

Labyrinth in Young Miles
[Ethan d'Athos chez J'ai lu]
Lois McMaster Bujold
Baen
9780743436182
Paru en 2003.

Le Dr Ethan Urquhart, de la planète Athos, cherche à savoir où sont passés les ovaires qu’il devait recevoir. Ce faisant, il va rencontrer des officiers de Cetaganda, Elli Quinn de l’Armée mercenaire Dendarii, et Terence Cee, qui cache un lourd secret.

Encore l’exploration d’une autre culture, cette fois-ci Athos, une planète où les Pères fondateurs ont fui la présence corruptrice des femmes, et la station Kline, qui permet de découvrir les détails de l’organisation d’une station spatiale où les gens naissent, vivent et meurent.

Ethan of Athos est un des romans de la saga que j’avais le moins aimés, notamment à cause de l’absence de Miles, mais il est en fait bien meilleur que dans mon souvenir.

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“Kara Burton, M.D., Ph.D., and Elizabeth Naismith, M.S. Bioengineering . . .” He found himself looking suddenly, on screen, at two of the strangest faces he had ever seen.

Beardless, like men without sons, or boys, but devoid of a boy’s bloom of youth. Pale soft faces, thin-boned, yet lined and time-scored; the engineer’s hair was nearly white. The other was thick-bodied, lumpy in a pale blue lab smock.

Ethan trembled, waiting for the insanity to strike him from their level, medusan gazes. Nothing happened. After a moment, he unclutched the desk edge. Perhaps then the madness that possessed galactic men, slaves to these creatures, was something only transmitted in the flesh. Some incalculable telepathic aura? Bravely, he raised his eyes again to the figures in the screen.

So. That was a woman—two women, in fact. He sought his own reaction; to his immense relief, he seemed to be profoundly unaffected. Indifference, even mild revulsion. The Sink of Sin did not appear to be draining his soul to perdition on sight, always presuming he had a soul. He switched off the screen with no more emotion than frustrated curiosity. As a test of his resolution, he would not indulge it further today. He put the data disk carefully away with the others.

 

« Dr Kara Burton, et Elizabeth Naismith, ingénierie biologique… » Il se retrouva soudain à regarder, à l’écran, deux des visages les plus étranges qu’il eût jamais vu.

Imberbe, comme des hommes sans fils, ou des garçons, mais sans la jeunesse d’un garçon. Des visages pâles et arrondis, à l’ossature délicate, et pourtant ridés et marqués par l’âge ; les cheveux de l’ingénieur étaient presque blancs. L’autre était plus forte, engoncée dans une blouse de laboratoire bleu ciel.

Ethan trembla, s’attendant à être frappé de folie par leur regard calme et méduséen. Il ne se passa rien. Après un moment, il lâcha le bord du bureau auquel il s’était agrippé. Peut-être que la folie qui possédait les hommes galactiques, esclaves de ces créatures, était seulement transmise en personne. Une aura télépathique incalculable ? Courageusement, il regarda de nouveau les images à l’écran.

Alors, c’était cela une femme. Deux femmes, en fait. Il sonda ses propres réactions ; il fut immensément rassuré de constater qu’il ne semblait absolument pas affecté. De l’indifférence, et même une certaine répulsion. Ces Gouffres d’Iniquité ne semblaient pas entraîner son âme à la perdition, en supposant qu’il eût une âme, bien sûr. Il éteignit l’écran sans plus d’émotion que de la curiosité frustrée. Pour tester sa résolution, il ne la satisferait pas plus aujourd’hui. Soigneusement, il rangea le disque avec les autres.

sept 062010
 

Sans nouvelles de Gurb
[Sin noticias de Gurb]
Eduardo Mendoza
Seuil
9782020903073
Paru en 2006.

Deux extra-terrestres arrivent à Barcelone avec pour mission d’explorer la Terre. L’un d’eux, Gurb, part sous l’apparence de l’être humain Madonna et disparaît. L’autre se met à sa recherche.

Hilarant ! J’ai adoré le regard extérieur porté sur les habitudes humaines, les gaffes en tout genre du narrateur et son humanisation progressive.

Court et drôle, à recommander à tous ceux qui n’ont pas la pêche, et aux autres.

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7 h 21. Premier contact avec un habitant de la zone. Données transmises par Gurb : taille de l’être individualisé, 170 centimètres ; périmètre crânien, 57 centimètres ; nombre d’yeux, 2 ; longueur de la queue, 0,00 centimètres (absente). L’être communique au moyen d’un langage d’une grande simplicité structurelle, mais d’une sonorisation très complexe, car il doit l’articuler en se servant d’organes internes. Conceptualisation extrêmement pauvre. Dénomination de l’être : Lluc Puig i Roig (prononciation impossible, réception probablement défectueuse ou incomplète). Fonction biologique de l’être : professeur titulaire (activité exclusive) à l’Université Autonome de Bellaterra. Niveau de compréhension, faible. Dispose d’un moyen de locomotion d’une grande simplicité structurelle mais d’une grande complication de maniement, dénommé Ford Fiesta.

sept 022010
 

Une forme de vie
Amélie Nothomb
Albin Michel
9782226215178
Paru en août 2010.

Un soldat américain écrit à Amélie Nothomb pour lui raconter comment il est devenu obèse parce qu’il baffre pour oublier son quotidien de soldat.

Mon premier Nothomb ! Plutôt amusant, et j’ai trouvé intéressante tout la réflexion sur l’épistolarité et la validité des amitiés que l’on peut former au travers d’une relation qui ne passe que par l’écrit.

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Deux semaines ne s’étaient pas écoulées quand je reçus la réponse du 2e classe :

Chère Amélie Nothomb,

Merci pour vos romans. Vous voulez que j’en fasse quoi ?
Happy new year,
Melvin Mapple
Bagdad, le 1/01/2009

Je la trouvai un peu raide. Légèrement énervée, j’écrivis aussitôt cette lettre :

Cher Melvin Mapple,

Je ne sais pas. Peut-être rééquilibrer un meuble ou surélever une chaise. Ou les offrir à un ami qui a appris à lire.
Merci pour vos vœux. Autant de ma part.
Amélie Nothomb
Paris, le 6/01/2009