oct 222010
 

Ma paresse
[Il mio ozio]
Italo Svevo
Allia
9782844853653
Paru en septembre 2010.

Un vieil hypocondriaque raconte les techniques qu’il utilise pour rester en bonne santé.

Un petit livre assez étrange. Amusant par moments, mais pas assez pour être vraiment mémorable.

Lire un court extrait »

Une bonne partie de mon présent, c’est indéniable, puise dans le pharmacie. Ce présent-là a commencé à une époque que je serais incapable de préciser, mais il a été à chaque instant scandé par les médicaments et les concepts nouveaux. Où est-il le temps où je croyais avoir pourvu à tous les besoins de mon organisme en ingérant chaque soir une bonne dose de poudre de réglisse ou l’un de ces simples bromures en poudre ou en solution ? Désormais, grâce à Carlo, j’ai à ma disposition tout un tas d’autres moyens pour lutter contre la maladie. Carlo me dit tout ce qu’il sait ; quant à moi, je me garde de lui dire tout ce que j’imagine parce que j’ai peur qu’il ne soit pas d’accord avec moi et que ses objections n’ébranlent l’édifice que j’ai eu tant de mal à trouver et qui m’assure une tranquillté et une sécurité que les personnes de mon âge ne connaissent pas d’ordinaire. Un véritable château ! Carlo croit que je m’empresse de dire amen à chacune de ses suggestions parce que j’ai confiance en lui. Tu parles ! Je sais qu’il connaît beaucoup de choses, que je cherche à les apprendre et à les mettre en pratique, mais avec mesure. Mes artères sont dérangées, il n’est pas question d’en douter. L’été dernier, je suis monté à une pression sanguine de 240 mm. J’ignore si c’est lié ou non, mais j’ai connu une période de profond abattement. Ça s’est terminé par un traitement à base d’iodure à fortes doses et d’un autre spécifique dont je ne me rappelle pas le nom, qui ont ramené la pression à 160, niveau auquel elle s’est maintenue depuis… Je me suis arrêté d’écrire quelques instants pour aller la prendre avec l’appareil que j’ai toujour prêt sur ma table. Elle est pile de 160 ! Auparavant, je vivais toujours sous la menace d’une attaque d’apoplexie que j’avais vraiment l’impression de sentir arriver. La proximité de la mort ne me rendait pas franchement meilleur, parce que j’en voulais à tous ces gens en bonne santé qui ne vivent pas sous cette menace et qui se plaignent, s’apitoient et s’amusent.

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