déc 302010
 

Surprises de Noël
[Рождественский сюрприз; Моя любимая разница; грибы свободы]
Andreï Kourkov
Liana Levi
9782867465574
Paru en 2010.

Trois courtes nouvelles sur Noël. Un homme emmène sa sœur et son beau-frère passer Noël dans des conditions extrêmes. Un homme aide son ex à chercher son petit ami actuel. Un homme mis en prison pour un malentendu fait pousser des champignons dans sa cellule humide.

J’ai trouvé les trois nouvelles inégales : si j’ai beaucoup aimé la troisième pour son intrigue complètement farfelue, et la première pour son aspect un peu dérangeant, la seconde m’a laissée de glace.

Intéressant.

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Oleg jeta un coup d’œil à la table de nuit, au lavabo, au petit frigo décoré d’une feuille de papier sur laquelle on avait tracé, d’une écriture soignée, cette sympathique dédicace : Aux détenus inconnus qui me succéderont, de la part de l’ancien occupant de ce trou. M. Grodski.

« Chic type ! » se dit Oleg, puis il se rappela qui était ce M. Grodski : un personnage en vue, membre de l’oligarchie et acteur de la vie sociale.

« Un chic type quand même ! » conclut Oleg avant de porter son regard sur le poste de télévision.

déc 302010
 

Komarr in Miles in Love
[Komarr chez J'ai lu]
Lois McMaster Bujold
Baen
9781416555223
Paru en 2008.

Pour une de ses premières missions en tant qu’Auditeur impérial, Miles est envoyé sur la planète de Komarr. Ce qui semble n’être qu’un simple accident se révèle bien plus compliqué.

Malgré l’importance de Komarr tant dans la diplomatie interne de l’Empire de Barrayar que dans les intrigues des livres précédents, Komarr est le premier livre de la série à se passer sur cette planète. On y découvre une société bien différente de celle de Barrayar, qui s’adapte tant bien que mal à sa place dans l’Empire.

On rencontre aussi, entre autre nouveaux personnages, Ekaterin Vorsoisson, bien mal mariée, mais qui saura s’affirmer et faire émerger sa personnalité propre.

Pas le plus intéressant des romans, mais il introduit toute une galerie de personnages qui vont devenir extrêmement importants.

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He turned to Tien. “And how do you like Komarr, Administrator Vorsoisson?”

Tien grinned, and shrugged. “It’s all right except for the Komarrans. I’ve found them a damned touchy bunch.”

Vorkosigan’s brows twitched up. “Have they no sense of humor?”

Ekaterin glanced up warily, wincing at that dry edge in his drawling voice, but apparently it slipped past Tien, who only snorted. “They’re divided about equally between the greedy and the surly. Cheating Barrayarans is considered a patriotic duty.”

Vorkosigan raised his empty wineglass to Ekaterin. “And you, Madame Vorsoisson?”

She refilled it to the top before he could stop her, cautious of her reply. If her uncle was the technical expert in this Auditorial duo, did that leave Vorkosigan as the . . . political one? Who was really the senior member of the team? Had Tien caught any of the subtle flashing implications in the little lord’s speech? “It hasn’t been easy to make Komarran friends. Nikolai goes to a Barrayaran school. And I have no work as such.”

 

Il se tourna vers Tien.

– Que pensez-vous de Komarr, monsieur l’Administrateur ?

Tien sourit et haussa les épaules.

– Ça va, à part pour les Komarrans. Je trouve qu’ils sont sacrément susceptibles.

Vorkosigan haussa les sourcils.

– Ils n’ont pas le sens de l’humour ?

Ekaterin leva les yeux, méfiante, grimaçant à la dureté soudaine dans sa voix traînante, mais apparemment cela échappa à Tien, qui grogna seulement.

– Une moitié est cupide et l’autre revêche. Escroquer les Barrayarans est considéré comme un devoir patriotique.

Vorkosigan tendit son verre vide à Ekaterin.

– Et vous, Madame Vorsoisson ?

Elle le remplit jusqu’au bord avant qu’il puisse l’arrêter, réfléchissant à sa réponse. Si son oncle était l’expert technique dans ce duo Auditorial, est-ce que cela faisait de Vorkosigan l’expert… politique ? Qui était réellement le chef de l’équipe ? Est-ce que Tien avait compris les implications subtiles du discours du petit lord ?

– Ça n’a pas été facile de se faire des amis komarrans. Nikolai va dans une école barrayarane. Et je n’ai pas vraiment de travail.

déc 292010
 

La Bascule du souffle
[Atemschaukel]
Herta Müller
Gallimard
9782070128839
Paru en 2010.

Un jeune Roumain de langue allemande est envoyé en camp en Russie.

Décidément, je n’arrive pas à accrocher au style de Herta Müller. J’ai abandonné celui-ci très rapidement, donc je ne peux pas donner une opinion.

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Tout ce que j’ai, je le porte sur moi.

Ou plutôt, tout ce qui m’appartient, je l’emporte avec moi.

J’ai emporté tout ce que j’avais. Des affaires qui n’étaient pas les miennes. Elles étaient soit détournées de leur fonction, soit à quelqu’un d’autre. La valise en peau de porc était une caisse de phonographe. Le pardessus était celui de mon père. Le manteau de ville au col en velours venait de mon grand-père, le pantalon bouffant de l’oncle Edwin. Les bandes molletières venaient du voisin, M. Carp, et les gants de laine verts de ma tante Fine. Seuls l’écharpe en soie bordeaux et le nécessaire de toilette, mes cadeaux du dernier Noël, étaient à moi.

déc 292010
 

Memory
[Memory chez J'ai lu]
Lois McMaster Bujold
Baen
9780671878450
Paru en 1996.

Miles récolte ce qu’il a semé dans Mirror Dance : sa mort a des conséquences dramatiques pour sa carrière. Forcé de rester sur Barrayar, il se retrouve bientôt mêlé à une attaque sur le chef de la Sécurité Impériale, Simon Illyan.

De tous les livres de la saga, Memory est probablement mon préféré. C’est un livre charnière, qui marque la fin de l’amiral Naismith et la renaissance de lord Vorkosigan.

Excellent.

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Miles wished he could delete the entire Blue Squad record from his report. Impractical, alas. Having the most interesting sequence missing would draw Illyan’s attention as surely as a signal fire on a mountaintop.

Of course, if he deleted the entire appendix, all the squad records, it would be camouflaged in the general absence. . . .

Miles considered what could replace Appendix C. He had written plenty of brief or vague mission synopses in the past, in the press of events or exhaustion. Due to a malfunction, the right-arm plasma arc in Suit #032 locked into the “on” position. In the several minutes of confusion surrounding correcting the malfunction, the subject was unfortunately hit by the plasma beam. . . . Not his fault, if the reader construed this as a malfunction in the suit and not its wearer.

No. He could not lie to Illyan. Not even in the passive voice.

I wouldn’t be lying. I’d just be editing my report for length.

It couldn’t be done. He’d be sure to miss some tiny corroborative detail in one of the other files, and Illyan’s analysts would pick it up, and then he’d be in ten times the trouble.

Not that there was that much in the other sections pertinent to this brief incident. It wouldn’t be that hard to run over the whole report.

This is a bad idea.

 

Miles aurait voulu pouvoir supprimer la totalité des enregistrements du Groupe Bleu de son rapport. Infaisable, hélas. Ne pas avoir la séquence la plus intéressante attirerait l’attention d’Illyan aussi surement qu’un signal de fumée en haut d’une montagne.

Bien sûr, s’il supprimait tout l’appendice, tous les enregistrements des groupes, ça serait camouflé par l’absence générale d’informations…

Miles réfléchit à ce qui pourrait remplacer l’Appendice C. Il avait écrit pas mal de synopsis de mission courts ou vagues, par le passé, dans le feu de l’action, ou par épuisement. Suite à un dysfonctionnement, l’arc plasma du bras droit de la Combinaison N°032 s’est bloquée en position allumé. Durant les quelques minutes de confusion nécessaires pour corriger le dysfonctionnement, le sujet a été malheureusement touché par le rayon plasma… Pas sa faute, si le lecteur l’interprétait comme un dysfonctionnement de la combinaison et pas de celui qui la portait.

Non. Il ne pouvait pas mentir à Illyan. Même pas par omission.

Je ne mentirais pas. Je raccourcirais juste mon rapport.

C’était impossible. À coup sûr il oublierait un minuscule détail dans un des autres fichiers, et les analystes d’Illyan s’en apercevrait, et ses problèmes seraient multipliés par dix.

Non qu’il y eût dans les autres sections beaucoup d’informations se rapportant à ce court incident. Ce ne serait pas difficile de réviser le rapport.

C’est une mauvaise idée.

déc 272010
 

Silence
[沈黙]
Shūsaku Endō
Gallimard
9782070414512
Paru en 1992.

Au Japon, au XVIIe siècle, les Chrétiens sont persécutés, et l’on apprend à Rome que le père Christophe Ferreira aurait apostasié. Trois de ses anciens élèves s’embarquent pour le Japon. Vite capturé, le père Sébastien Rodrigues est poussé à apostasier à son tour.

Silence est considéré comme un des chefs-d’œuvre de la littérature japonaise du XXe siècle, et il est aisé de comprendre pourquoi.

Le conflit intérieur du prêtre, tourmenté par le doute, pose des questions passionnantes sur le rapport de l’homme à Dieu, et le rapport de l’homme à la religion, notamment sur l’extériorisation de la religion : est-ce que ma foi est quelque chose que je dois affirmer publiquement, ou puis-je (dois-je) rester chrétien dans mon cœur après avoir foulé du pied ce qui n’est après tout qu’une image du Christ ?

Juste magnifique.

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« Un gredin égoïste, s’il en fut jamais, disait l’interprète. Mais de toute façon, il finira bien par apostasier. »

Ces mots lui étaient indubitablement destinés, songea le prêtre. Serrant ses mains sur ses genoux, il ressassa silencieusement les quatre noms que l’interprète avait énumérés, comme s’il les eût appris par cœur. Il ne connaissait pas les pères Porro et Pedro. Il était sûr d’avoir entendu, à Macao, le nom du père Cassola. C’était un missionnaire portugais qui ne venait pas, comme lui, de Macao, mais de la ville espagnole de Manille. Il était entré clandestinement au Japon et la Compagnie de Jésus, cessant aussitôt d’avoir de ses nouvelles, admit qu’il avait enduré un glorieux martyre. Derrière ces trois figures, s’imposait le visage de Ferreira… Ferreira qu’il recherchait depuis son arrivée. Si les paroles de l’interprète n’étaient pas un simple défi, ce Ferreira, lui aussi, comme le bruit en courait, avait été amené par le commissaire Inouïe à trahir l’Église.

Si Ferreira lui-même avait apostasié, aurait-il, lui, la force de supporter les souffrances qui l’attendaient ? Une angoisse mortelle l’étreignit. Il secoua violemment la tête, essayant de maîtriser ses divagations anxieuses et les mots qui lui montaient à la gorge comme une nausée. Plus il tentait d’étouffer ces visions, plus, en dépit de sa volonté, elles prenaient les couleurs de la vie. « Exaudi nos, Pater omnipotens, et mittere digneris Sanctum qui custodiat, foveat, protegat, visitat, atque defendat omnes habitantes… »

Il repéta cette prière, encore et encore, dans un effort sauvage pour échapper à l’obsession, mais rien ne pouvait apporter la paix à son cœur à l’agonie : « Seigneur, pourquoi gardez-vous le silence ? Pourquoi gardez-vous toujours le silence ?… »