mar 082011
 

Caïn
[Caim]
José Saramago
Seuil
9782021026603
Paru en 2011.

Suite au meurtre de son frère, Caïn est condamné à errer. Il va rencontrer entre autres Lilith, Abraham, Josué et Noé, et prendre toute la mesure de Dieu.

Caïn m’a surprise de prime abord : je n’avais jamais lu Saramago, et je ne connaissais pas son style à la ponctuation pour le moins idiosyncrasique. On s’y habitue cependant très bien.

Le roman est une petite merveille de satire blasphématoire, une relecture de l’Ancien Testament du point de vue de Caïn, qui tua son frère parce que sur une lubie Dieu refusa son offrande. Et tout au long du roman, c’est cette vision de Dieu que Saramago propose : lunatique, méchant, cruel, indifférent, en un mot, imparfait.

Excellent !

Lire un court extrait »

Arrivant donc à l’endroit indiqué par le seigneur, abraham édifia un autel et y installa les fagots. Puis il ligota son fils et le plaça sur l’autel, couché sur le bois. Aussitôt après, il empoigna le couteau pour sacrifier le pauvre garçon et s’apprêtait déjà à lui trancher la gorge quand il sentit quelqu’un lui retenir le bras, tandis qu’une voix criait, Que vas-tu faire, méchant vieillard, tuer ton propre fils, le brûler, c’est de nouveau la même histoire, on commence par un agneau et on finit par assassiner celui qu’on devrait chérir le plus, C’est le seigneur qui l’a ordonné, c’est le seigneur qui l’a ordonné, se débattait abraham, Tais-toi ou c’est moi qui te tue ici, détache vite ce garçon, mets-toi à genoux et demande-lui pardon, Qui es-tu, Je suis caïn, je suis l’ange qui a sauvé la vie d’isaac. Non, ce n’était pas vrai, caïn n’est nullement un ange, l’ange c’est le personnage qui vient d’atterrir dans un grand bruissement d’ailes et qui a commencé à déclamer comme un acteur qui aurait enfin entendu sa réplique, Ne lève pas la main contre l’enfant, ne lui fais aucun mal, car je vois que tu obéis au seigneur, que tu es disposé, pour l’amour de lui, à n’épargner pas même ton fils unique, Tu arrives tard, dit caïn, si isaac n’est pas mort c’est bien parce que je l’ai empêché. L’ange prit une mine contrite, Je suis désolé d’être arrivé en retard, mais ce n’est pas ma faute, quand je me suis mis en route j’ai eu un problème mécanique avec mon aile droite qui n’était pas synchronisée avec la gauche, le résultat étant de continuels changements de direction qui m’ont désorienté, à vrai dire j’ai eu un mal de tous les diables à arriver jusqu’ici, et par-dessus le marché on ne m’avait pas bien expliqué laquelle de ces montagnes était le lieu de l’holocauste, si je suis arrivé à destination ça a été grâce à un miracle du seigneur, Tard, dit caïn, Mieux vaut tard que jamais, répondit l’ange d’un air suffisant, comme s’il venait d’énoncer une vérité première, Tu te trompes, jamais n’est pas le contraire de tard, le contraire de tard c’est trop tard, lui répondit caïn.

  Une commentaire à “Caïn, de José Saramago”

  1. je n’ai pas remarqué la sortie de ce livre donc je suis très heureuse de ce billet, j’aime beaucoup Saramago dans son rôle d’imprécateur, un livre que je vais cocher sans hésiter

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