mar 122011
 

Dans la mer il y a des crocodiles
[Nel mare ci sono i coccodrilli]
Fabio Geda
Liana Levi
9782867465581
Paru en 2011.

Une mère afghane décide de donner un avenir à son fils de 10 ans et l’abandonne en Iran.

Un beau témoignage, dont l’écriture a une vraie valeur littéraire. Les apartés entre Enaiat et Fabio Geda étaient intéressant, donnant un aperçu du processus d’écriture.

J’ai aussi beaucoup aimé l’attitude d’Enaiat, toujours active et jamais plaintive, et son émerveillement devant la bonté d’étrangers.

Un très bon livre, que plus de lecteurs devrait découvrir, à commencer par nos dirigeants.

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Pour forcer mon père à travailler, ils lui ont dit : Si tu ne vas pas en Iran chercher ces marchandises pour nous, on tue ta famille. Si tu t’enfuis avec la marchandise, on tue ta famille. S’il manque de la marchandise ou qu’elle est abîmée quand tu reviens, on tue ta famille. En fait, s’il se passe quoi que ce soit, on tue ta famille. Ce qui n’est pas une bonne manière de faire des affaires, selon moi.

J’avais six ans — peut-être — quand mon père est mort.

mar 082011
 

Caïn
[Caim]
José Saramago
Seuil
9782021026603
Paru en 2011.

Suite au meurtre de son frère, Caïn est condamné à errer. Il va rencontrer entre autres Lilith, Abraham, Josué et Noé, et prendre toute la mesure de Dieu.

Caïn m’a surprise de prime abord : je n’avais jamais lu Saramago, et je ne connaissais pas son style à la ponctuation pour le moins idiosyncrasique. On s’y habitue cependant très bien.

Le roman est une petite merveille de satire blasphématoire, une relecture de l’Ancien Testament du point de vue de Caïn, qui tua son frère parce que sur une lubie Dieu refusa son offrande. Et tout au long du roman, c’est cette vision de Dieu que Saramago propose : lunatique, méchant, cruel, indifférent, en un mot, imparfait.

Excellent !

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Arrivant donc à l’endroit indiqué par le seigneur, abraham édifia un autel et y installa les fagots. Puis il ligota son fils et le plaça sur l’autel, couché sur le bois. Aussitôt après, il empoigna le couteau pour sacrifier le pauvre garçon et s’apprêtait déjà à lui trancher la gorge quand il sentit quelqu’un lui retenir le bras, tandis qu’une voix criait, Que vas-tu faire, méchant vieillard, tuer ton propre fils, le brûler, c’est de nouveau la même histoire, on commence par un agneau et on finit par assassiner celui qu’on devrait chérir le plus, C’est le seigneur qui l’a ordonné, c’est le seigneur qui l’a ordonné, se débattait abraham, Tais-toi ou c’est moi qui te tue ici, détache vite ce garçon, mets-toi à genoux et demande-lui pardon, Qui es-tu, Je suis caïn, je suis l’ange qui a sauvé la vie d’isaac. Non, ce n’était pas vrai, caïn n’est nullement un ange, l’ange c’est le personnage qui vient d’atterrir dans un grand bruissement d’ailes et qui a commencé à déclamer comme un acteur qui aurait enfin entendu sa réplique, Ne lève pas la main contre l’enfant, ne lui fais aucun mal, car je vois que tu obéis au seigneur, que tu es disposé, pour l’amour de lui, à n’épargner pas même ton fils unique, Tu arrives tard, dit caïn, si isaac n’est pas mort c’est bien parce que je l’ai empêché. L’ange prit une mine contrite, Je suis désolé d’être arrivé en retard, mais ce n’est pas ma faute, quand je me suis mis en route j’ai eu un problème mécanique avec mon aile droite qui n’était pas synchronisée avec la gauche, le résultat étant de continuels changements de direction qui m’ont désorienté, à vrai dire j’ai eu un mal de tous les diables à arriver jusqu’ici, et par-dessus le marché on ne m’avait pas bien expliqué laquelle de ces montagnes était le lieu de l’holocauste, si je suis arrivé à destination ça a été grâce à un miracle du seigneur, Tard, dit caïn, Mieux vaut tard que jamais, répondit l’ange d’un air suffisant, comme s’il venait d’énoncer une vérité première, Tu te trompes, jamais n’est pas le contraire de tard, le contraire de tard c’est trop tard, lui répondit caïn.

mar 052011
 

The Complete Maus
[Maus, chez Flammarion]
Art Spiegelman
Penguin
9780141014081
Paru en 1996.

Art Spiegelman raconte en images l’histoire de ses parents, juifs polonais, pendant la Seconde Guerre mondiale.

Cela faisait longtemps que je voulais lire Maus, et l’occasion s’en est enfin présentée. Ça a été une révélation. Je précise tout de suite que je n’ai aucune culture BD, et j’ai pourtant trouvé le graphisme très accessible.

L’histoire est celle de Vladek Spiegelman, les années de prospérité avant la guerre, puis l’occupation de la Pologne et toutes les brimades, et enfin Auschwitz. Mais c’est aussi, et peut-être surtout, l’histoire d’une relation père-fils, et du sentiment de culpabilité d’avoir survécu, et pour la deuxième génération, d’avoir une vie meilleure.

J’ai beaucoup apprécié aussi le portrait sans fard de Vladek, qui a certains côtés exaspérants, voire méprisables : son avarice, la façon dont il traite Mala, son racisme. Et pourtant, il est une victime qui pas plus que les autres ne méritait ce qui s’est passé.

Un très, très beau livre, qui devrait être une lecture obligatoire.

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Extrait de Maus, d'Art Spiegelman

Je me souviens, beau-papa était si content de moi.

– Vous voyez, il y a au moins un débrouillard dans la famille.

Bien sûr, j’ai seulement dit que j’avais reçu la moitié de ce que j’avais gagné. Sinon ils n’auraient rien économisé.