avr 302011
 

Moka
Tatiana de Rosnay
Livre de poche
9782253125693
Paru en 2009.

Un jeune garçon est renversé par une voiture qui s’enfuit et tombe dans le coma. Sa mère est prête à tout pour retrouver la responsable.

Encore une fois un livre sur l’obsession, avec une femme qui néglige sa fille et son mari pour retrouver celle qui a renversé son fils.

Je l’ai trouvé plus abouti que le précédent, et plus réaliste, d’autant que je n’ai pas vu venir le rebondissement de la fin. Des trois livres de Tatiana de Rosnay que j’ai lus, le meilleur.

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Mon téléphone portable a sonné. Un numéro s’est affiché sur l’écran. Un numéro qui ne me disait rien. J’ai pris la ligne.

– Allô, madame Wright ?

Une voix d’homme, inconnue elle aussi.

– Vous êtes la mère de Malcolm Wright ?

J’ai dit oui, je suis sa mère. Pourquoi ? Pourquoi ?

– Votre fils a eu un accident. Il faut venir tout de suite.

Un accident. Mon fils. Treize ans. Je me suis levée brusquement. La tasse de thé sur le bureau a valsé.

avr 242011
 

La Mémoire des murs
Tatiana de Rosnay
Livre de poche
9782253127710
Paru en 2010.

Une femme découvre que l’appartement dans lequel elle vient juste d’emménager a été le théâtre d’un assassinat. Obsédée par le crime, elle sombre dans la folie.

Vraiment dérangeant, aussi bien dans le choix des crimes, modelés sur ceux de Guy Georges, que dans la descente aux enfers de l’héroïne. À ne pas lire la nuit.

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Je n’ai plus du tout pensé à cette histoire d’assassinat. Jusqu’au matin où j’ai croisé dans l’entrée de l’immeuble une dame qui me salua poliment et se présenta comme la voisine du second.

– Vous arrivez tout de même à bien dormir ? m’a-t-elle demandé avec sollicitude, et une curiosité un peu malsaine.

J’ai trouvé sa question surprenante. Que voulait-elle dire ?

– Vous êtes certainement au courant, a-t-elle embrayé.

– Au courant de quoi, madame ?

La dame a glapi.

– Le meurtre… Dans votre appartement… On ne vous a rien dit ?

J’ai senti mon visage devenir blanc. Impossible d’articuler un mot. J’ai bousculé la dame pour sortir de l’immeuble le plus vite possible. J’avais chaud. Un trou au creux du ventre. Dans le métro, je me suis rendu compte que j’avais du mal à respirer.

avr 202011
 

Rose
[The House Man]
Tatiana de Rosnay
Héloïse d’Ormesson
9782350871608
Paru en 2011.

Une femme d’un certain âge, appartenant à la petite bourgeoisie parisienne, apprend que sa maison est sur le tracé du futur boulevard Saint-Germain et qu’elle va être détruite. Elle se bat pour la sauver.

Les prémices sont intéressants : il est difficile aujourd’hui d’imaginer le Paris d’avant Haussman, et je n’avais jamais réfléchi à la dimension humaine des grands travaux, expropriations et destructions de bâtiments auxquels des personnes sont attachés.

Malheureusement, j’ai trouvé l’exécution trop sentimentale à mon goût. Le secret de Rose, notamment, m’a paru superflu : il n’apporte pas grand-chose à l’intrigue et introduit un élément sensationnaliste un peu regrettable.

Dommage.

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Le jour où je reçus la lettre, M. Zamaretti, le libraire, et Alexandrine, la fleuriste, qui avaient reçu le même courrier de la préfecture, montèrent me rendre visite. Leur regard n’osait croiser le mien. Ils savaient que ce ne serait pas aussi terrible pour eux. Dans la ville, il y aurait toujours de la place pour un libraire et une fleuriste. Mais sans le revenu des boutiques, comment pourrais-je joindre les deux bouts ? Je suis votre veuve, et je continue de louer les deux boutiques qui m’appartiennent, l’une à Alexandrine, l’autre à M. Zamaretti. Comme vous le faisiez, comme votre père l’avait fait avant vous, et son père de même.

avr 152011
 

Tout bouge autour de moi
Dany Laferrière
Grasset
9782246777311
Paru en janvier 2011.

Dany Laferrière était à Port-au-Prince lors du séisme du 12 janvier 2010. Il raconte.

Un témoignage fort, présenté en une série de mini-tableaux. Dany Laferrière s’étend sur son expérience, probablement dans un but cathartique. Il y a beaucoup de répétitions, qui montrent le cheminement de sa réflexion.

Excellent.

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Dix secondes

Elle est venue s’asseoir près de moi, sur un divan jaune. Menue et raffinée, elle a pris mille précautions pour aborder le sujet. Elle voulait savoir s’il y a eu un moment où j’ai perdu la tête, sachant la mort possible. Ce n’est pas une question qu’on prend à la légère. J’ai mis du temps à y répondre. Je crois que ce qui m’a aidé, lui répondis-je, c’est qu’on formait un groupe. On était trois. On se soutenait. Je ne sais pas comment je me serais comporté si le séisme m’avait surpris dans ma chambre. Si la question avait été : Avez-vous eu peur ? j’aurais répondu oui, mais pas au début. La première violente secousse m’a pris complètement au dépourvu. Pas eu le temps de penser. J’ai eu peur à la seconde secousse, presque aussi forte que la première. Elle est arrivée juste au moment où je retrouvais mon esprit. Juste à l’instant où je pensais m’être tiré d’affaire, je reçus cette seconde secousse comme un coup derrière la tête. J’ai compris alors que ce n’était pas du théâtre. Que les acteurs n’allaient pas se relever pour les applaudissements. Qu’il n’y avait pas de public. Personne n’est à l’abri. Pendant dix secondes, j’ai attendu la mort. Me demandant quelle forme elle prendrait. La terre allait-elle s’ouvrir pour nous engloutir tous ? Les arbres nous tomber dessus ? Le feu nous brûler ? À ce moment-là, je savais que je ne pourrais plus garder cette distance. De toute façon, je ne faisais pas le poids. Si ce séisme pouvait à ce point secouer une ville, ce n’est pas un individu qui pourrait lui résister. On s’accroche alors à nos croyances les plus archaïques. On pense aux dieux de la terre. J’ai attendu un long moment. Rien. Je me suis relevé tout doucement, sans faire le fiérot. Je sentais à ce moment-là que le pire était passé. Mais pendant dix secondes, ces terribles dix secondes, j’ai perdu ce que j’avais si péniblement accumulé tout au long de ma vie. Le vernis de civilisation qu’on m’a inculqué est parti en poussière — comme cette ville où j’étais. Tout cela a duré dix secondes. Est-ce le poids réel de la civilisation ? Pendant ces dix secondes, j’étais un arbre, une pierre, un nuage ou le séisme lui-même. Ce qui est sûr, c’est que je n’étais plus le produit d’une culture. J’avais la nette sensation de faire partie du cosmos. Les plus précieuses secondes de ma vie. En réalité je ne sais même pas s’il y avait cet écart de dix secondes, même si je suis sûr d’avoir vécu ces émotions. Si on a tous partagé le même événement, on ne l’a pas vécu de la même manière.

avr 102011
 

Nouvelles d’Islande
Éditions Magellan & Cie
9782350741949
Paru en 2011.

Quelques nouvelles d’auteurs islandais, pour la plupart traduits en français pour la première fois.

Comme souvent chez les Islandais, on a ce regard un peu décalé et dérangeant sur la vie. Quelques unes des nouvelles sont excellentes, et font regretter que ce soient les seuls textes disponibles en français de ces auteurs.

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Il était une fois un bourg où personne ne parlait la même langue. Personne n’usait du même mot pour désigner la même chose. Tout le monde pourtant se comprenait, et chacun vivait paisiblement en harmonie avec les autres. La joie de vivre, la bonne humeur des habitants était notable et, si incroyable que cela puisse paraître, ils étaient bavards. Le bourg était situé dans une région innomée au centre de l’Europe centrale. Elle était restée sans nom, si profondément encaissée depuis des lustres qu’elle avait au mieux été représentée par un trou noir sur les cartes. À vrai dire, le plus souvent, elle n’avait pas été représentée du tout.