mai 272011
 

L’homme qui marchait sur la Lune
[The Man Who Walked To the Moon]
Howard McCord
Gallmeister
9782351785102
Paru en 2011.

Dans les montagnes désertiques du Nevada, un homme marche, bientôt poursuivi.

Le héros, William Gasper, est un homme assez froid, qui se dévoile au fil des pages. Il a été soldat, tuant pour son pays, puis s’est mis à son compte. Un personnage a priori peu sympathique, mais dont la voix est suffisamment charismatique pour nous faire oublier nos objections morales. Il est difficile de dire si les éléments qui rendent l’atmosphère du texte étrange et onirique sont réellement surnaturels, ou seulement le produit d’une maladie mentale.

Un livre très dense, très poétique, très étrange.

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Je vous expliquerais volontiers la procédure à adopter pour éviter de vous faire frapper par la foudre lorsque vous vous trouvez sur une crête exposée, mais je ne vois pas pourquoi vous ne l’apprendriez pas vous-même comme moi je l’ai apprise. Si vous vous faites pincer par le long doigt électrique de Dieu, ce ne sera pas ma faute. De toute façon, vous êtes un gros cul d’intello sans arme à feu à portée de main et bien incapable de courir plus de cinq kilomètres sans qu’on vous dispense les derniers sacrements. Vous, pet de crâne, êtes un lecteur, et la seule chose que je méprise plus qu’un lecteur est un auteur, qui ferait mieux de se présenter clairement comme un onaniste public et qu’on en finisse. Mais je raconte mon histoire, vous écoutez, nous sommes donc liés par un pacte, à défaut de respect. Je suis un auteur, vous êtes un lecteur, et s’il y avait un Dieu, il s’amuserait peut-être à avoir pitié de nos âmes. Ou à leur pisser dessus. En longs jets électriques.

mai 212011
 

Résistance
[Resistance]
Owen Sheers
Rivages
9782743622176
Paru en 2011.

Après l’échec du débarquement Allié en juin 44, l’Allemagne nazie a envahi la Grande-Bretagne. Une patrouille de six soldats allemands est envoyée dans une vallée isolée du Pays de Galles, où les quelques fermes sont gérées par des femmes, leurs maris ayant pris le maquis. Entre les deux groupes s’installe, après la méfiance initiale, un respect mutuel qui va se transformer en sentiments plus profonds.

Un très, très beau texte. Le problème récurrent des uchronies sur la Seconde Guerre mondiale, c’est qu’elles sont souvent épiques, concentrées sur les événements. Ici, nous restons dans le domaine de l’humain, de l’intime, même si Owen Sheers s’appuie sur les faits historiques (les plans prévus par le gouvernement britannique en cas d’invasion allemande).

Un roman méconnu, à découvrir absolument !

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Pendant les mois qui suivirent, toutes les femmes, à un moment ou à un autre, déclarèrent qu’elles avaient su que les hommes allaient quitter la vallée. Tout comme William Jones pouvait prédire le temps qu’il ferait en étudiant le ciel ou les formations d’oiseaux migrateurs, les femmes disaient qu’elles avaient su prédire le départ soudain des hommes. Après tout, c’étaient leurs hommes, leurs maris. Personne ne savait lire en eux comme elles. Pas surprenant donc qu’elles aient compris ce qui allait arriver. C’est ce que dirent les femmes pendant le long silence qui suivit.

Mais en vérité aucune d’entre elles n’avait perçu le moindre changement dans le comportement des hommes. Aucune d’entre elles ne se doutait que les hommes se préparaient à partir et, à bien des égards, c’était le plus dur de ce qui leur arriva. Leurs maris disparurent pendant la nuit. Quelques jours à peine après que les nouvelles de l’invasion eurent grésillé dans la radio de Maggie, posée sur une bible sur la table de sa cuisine, les hommes, éclairés par la lune des moissons, se retrouvèrent dans la salle de traite de William et quittèrent furtivement la vallée. En file indienne, ils traversèrent les champs du haut et passèrent par-dessus la crête du Hatterall ; une ellipse de sept silhouettes s’amenuisant de l’autre côté du contrefort de la colline, diminuant jusqu’à ne plus être qu’un point final et puis plus rien, simplement la page blanche de la pente vide. Les femmes, entre-temps, dormaient profondément dans leur lit. Ce ne fut qu’au matin, lorsqu’un faible soleil de septembre éclaira la vallée, qu’elles comprirent ce qui s’était passé.

mai 082011
 

Le Cimetière de Prague
[Il Cimitero di Praga]
Umberto Eco
Grasset
9782246783893
Paru en mars 2011.

J’ai essayé, mais je n’ai pas réussi à le finir. Chaque fois que je le posais, je luttais pour le reprendre, et j’ai décidé de passer à autre chose. Le narrateur est xénophobe, antisémite, misogyne, misanthrope, etc. Même si je trouve la controverse lancée par les journaux italiens ridicules (c’est la base de la narratologie : l’auteur n’est pas le narrateur et vice-versa), et je n’accuse donc pas Eco d’antisémitisme, je n’ai tout simplement pas envie de me plonger dans cette mentalité-là.

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Depuis que ce Gobineau a écrit sur l’inégalité des races, on a l’impression que si quelqu’un médit d’un autre peuple c’est parce qu’il juge le sien supérieur. Moi je n’ai pas de préjugés. Depuis que je suis devenu français (et je l’étais déjà à moitié du côté de ma mère), j’ai compris combien mes nouveaux compatriotes étaient paresseux, arnaqueurs, rancuniers, jaloux, orgueilleux sans bornes au point de penser que celui qui n’est pas français est un sauvage, incapables d’accepter des reproches. Cependant, j’ai compris que pour amener un Français à reconnaître une tare dans son engeance, il suffit de lui dire du mal d’un autre peuple, comme par exemple « nous, les Polonais, nous avons ce défaut ou cet autre défaut » et, puisqu’ils ne veulent être à nul autre seconds, fût-ce dans le mal, aussitôt ils réagissent avec un « oh non, ici, en France, nous sommes pires », et allez zou de déblatérer contre les Français, jusqu’au moment où ils se rendent compte que tu les as pris au piège.