mai 212011
 

Résistance
[Resistance]
Owen Sheers
Rivages
9782743622176
Paru en 2011.

Après l’échec du débarquement Allié en juin 44, l’Allemagne nazie a envahi la Grande-Bretagne. Une patrouille de six soldats allemands est envoyée dans une vallée isolée du Pays de Galles, où les quelques fermes sont gérées par des femmes, leurs maris ayant pris le maquis. Entre les deux groupes s’installe, après la méfiance initiale, un respect mutuel qui va se transformer en sentiments plus profonds.

Un très, très beau texte. Le problème récurrent des uchronies sur la Seconde Guerre mondiale, c’est qu’elles sont souvent épiques, concentrées sur les événements. Ici, nous restons dans le domaine de l’humain, de l’intime, même si Owen Sheers s’appuie sur les faits historiques (les plans prévus par le gouvernement britannique en cas d’invasion allemande).

Un roman méconnu, à découvrir absolument !

Lire un court extrait »

Pendant les mois qui suivirent, toutes les femmes, à un moment ou à un autre, déclarèrent qu’elles avaient su que les hommes allaient quitter la vallée. Tout comme William Jones pouvait prédire le temps qu’il ferait en étudiant le ciel ou les formations d’oiseaux migrateurs, les femmes disaient qu’elles avaient su prédire le départ soudain des hommes. Après tout, c’étaient leurs hommes, leurs maris. Personne ne savait lire en eux comme elles. Pas surprenant donc qu’elles aient compris ce qui allait arriver. C’est ce que dirent les femmes pendant le long silence qui suivit.

Mais en vérité aucune d’entre elles n’avait perçu le moindre changement dans le comportement des hommes. Aucune d’entre elles ne se doutait que les hommes se préparaient à partir et, à bien des égards, c’était le plus dur de ce qui leur arriva. Leurs maris disparurent pendant la nuit. Quelques jours à peine après que les nouvelles de l’invasion eurent grésillé dans la radio de Maggie, posée sur une bible sur la table de sa cuisine, les hommes, éclairés par la lune des moissons, se retrouvèrent dans la salle de traite de William et quittèrent furtivement la vallée. En file indienne, ils traversèrent les champs du haut et passèrent par-dessus la crête du Hatterall ; une ellipse de sept silhouettes s’amenuisant de l’autre côté du contrefort de la colline, diminuant jusqu’à ne plus être qu’un point final et puis plus rien, simplement la page blanche de la pente vide. Les femmes, entre-temps, dormaient profondément dans leur lit. Ce ne fut qu’au matin, lorsqu’un faible soleil de septembre éclaira la vallée, qu’elles comprirent ce qui s’était passé.

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