déc 292010
 

La Bascule du souffle
[Atemschaukel]
Herta Müller
Gallimard
9782070128839
Paru en 2010.

Un jeune Roumain de langue allemande est envoyé en camp en Russie.

Décidément, je n’arrive pas à accrocher au style de Herta Müller. J’ai abandonné celui-ci très rapidement, donc je ne peux pas donner une opinion.

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Tout ce que j’ai, je le porte sur moi.

Ou plutôt, tout ce qui m’appartient, je l’emporte avec moi.

J’ai emporté tout ce que j’avais. Des affaires qui n’étaient pas les miennes. Elles étaient soit détournées de leur fonction, soit à quelqu’un d’autre. La valise en peau de porc était une caisse de phonographe. Le pardessus était celui de mon père. Le manteau de ville au col en velours venait de mon grand-père, le pantalon bouffant de l’oncle Edwin. Les bandes molletières venaient du voisin, M. Carp, et les gants de laine verts de ma tante Fine. Seuls l’écharpe en soie bordeaux et le nécessaire de toilette, mes cadeaux du dernier Noël, étaient à moi.

nov 242009
 

La Convocation
[Heute wär ich mir lieber nicht begegnet]
Herta Müller
Métailié
9782864247425
Paru en 2001.

Dans la Roumanie des années 80, une femme, ouvrière dans une usine de vêtement destinés à l’exportation dans les pays de l’Ouest, a placé dans les poches de costumes des papiers disant « Épousez-moi » et donnant son nom et son adresse. Comme on peut s’y attendre, elle a été prise, et depuis est convoquée à la Securitate.

La Convocation est le récit du trajet de la narratrice jusqu’à l’immeuble de la Securitate. Il est entrecoupé de retours en arrière sur sa vie, ses deux maris, ses amis, ses choix.

Le sujet était vraiment intéressant, d’autant que de tous les pays de l’ex-bloc communiste, la Roumanie est un de ceux que je connais le moins bien, avec quelques passages hallucinants, comme celui où le conducteur du tram s’arrête le temps d’aller se chercher des bretzels, alors que le tram est plein de voyageurs.

Mon seul problème avec ce livre, et malheureusement, ça m’a rendu la lecture difficile, c’est le style d’Herta Müller : elle écrit en petites phrases hachées, avec peu de subordonnées, un peu comme Hemingway, et c’est un style que je n’aime pas du tout. Dommage !

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Depuis trois heures du matin, j’essaie de capter le tic-tac du réveil : con-vo-ca-tion, con-vo-ca-tion, con-vo-ca-tion… Dans son sommeil, Paul se met en travers du lit puis recule en sursaut, si vite que lui-même prend peur sans se réveiller. C’est une habitude. Pour moi, fini le sommeil. Je reste couchée toute éveillée, je sais que je devrais fermer les yeux pour me rendormir mais ne les ferme pas. J’ai assez souvent désappris le sommeil et dû réapprendre comment il arrive. Il arrive soit très facilement, soit pas du tout. Vers le matin tout dort, même les chats et les chiens ne rôdent que la moitié de la nuit autour des poubelles. Quand on sait que de toute façon on ne pourra pas dormir, mieux vaut dans la chambre sombre, plutôt que de fermer les yeux en vain, penser à quelque chose de clair. À de la neige, à des troncs d’arbre chaulés, à des chambres blanches, à beaucoup de sable : voilà à quoi j’ai passé mon temps, plus souvent que je ne l’aurais voulu, jusqu’au lever du jour. Ce matin, j’aurais pu penser à des tournesols, et c’est effectivement ce que j’ai fait, mais sans pouvoir oublier pour autant que j’étais convoquée à dix heures précises. Depuis que le réveil, en guise de tic-tac, dit con-vo-ca-tion, con-vo-ca-tion, con-vo-ca-tion, je n’ai pu m’empêcher de penser au commandant Albu, avant même de songer à Paul et à moi. Aujourd’hui, quand Paul a sursauté, j’étais déjà réveillée. Dès que la fenêtre était devenue grise, j’avais vu au plafond la bouche d’Albu en très grand, le bout de sa langue rose qui pointait derrière sa denture inférieure, et entendu sa voix narquoise :

Pourquoi être à bouts de nerfs, nous ne faisons que commencer.