oct 312010
 

Berceuse pour un pendu
[Kołysanka dla wisielca]
Hubert Klimko
Belfond
9782714445278
Paru en septembre 2010.

Un hommage à Szymon Kuran, un violoniste polonais qui a vécu en Islande jusqu’à sa mort, et souffrait de trouble bipolaire.

La troisième partie du roman est pleine de poésie et absolument magnifique. Malheureusement le début l’est beaucoup moins, entaché de racisme, d’homophobie et de misogynie ordinaires. Ça pourrait passer dans un roman plus long, mais quand sur 150 pages, pas loin d’un tiers contiennent des « tantes », « pédales », et autres « barbares aux yeux bridées », il arrive un moment où c’est juste trop.

Dommage.

Lire un court extrait »

L’homme qui ressemblait à Korczak, Maximilien Kolbe et Gandhi et portait des lunettes susceptibles, par beau temps, de mettre le feu à un champ de blé ou à une grange s’est présenté. Je suis Szymon Kuran. Enchanté, ai-je répondu. Non, c’est moi qui suis enchanté, a-t-il rétorqué, toi, tu as seulement l’impression de l’être. Il devait avoir raison, il était sans doute enchanté, alors que moi je ne faisais qu’exprimer une impression par une formule toute faite. C’est ce qu’on appelle la bonne éducation. Un mélange d’interdits et d’accommodements climatiques. Szymon mangeait son hot-dog, j’ai voulu lui poser une question, mais Boro s’est interposé. Alors, cette histoire de graviers, a-t-il zézayé. Ce n’est pas bien compliqué, ai-je répondu. Il faut que tu fasses comme les poules ou les autruches, elles n’ont pas de dents non plus, et pour bien digérer elles avalent de tout petits cailloux qui broient les aliments à la place des dents. Abasourdi par le raccourci intellectuel et cette histoire sans queue ni tête, Szymon a écouté mon bref exposé gastrologique, a posé l’emballage de son hot-dog sur la table et s’est mis à rire doucement. Boro et moi poursuivions une conversation entamée le mois précédent à propos de l’achat d’un dentier ou d’un petit sac de graviers. Voyant la réaction de Szymon, Boro a conclu sa phrase comme de coutume. À l’anglaise et laconiquement. « Fuck you », a-t-il dit, puis il a enfourné le reste de son hot-dog en fanfaronnant. Comme il avait du mal à avaler l’énorme bouchée, il a bu quelques gorgées de flotte rapportée des toilettes dans un gobelet en carton et a répété : « Fuck you. »