jan 052011
 

Gibier d’élevage
[飼育]
Kenzaburō Ōe
Gallimard
9782070425532
Paru en 2002.

Pendant la guerre, un aviateur noir américain est capturé par les habitants d’une petite île du Japon. Le narrateur, un jeune enfant, est fasciné par celui qu’il considère comme un animal.

Curieusement, Gibier d’élevage me fait penser au Petit Prince, et notamment au renard, qui dit que celui qui apprivoise un animal en devient responsable. Il y a de cela dans la relation entre le jeune narrateur et le prisonnier.

Ça n’en rend pas moins le livre difficile à avaler. Peut-être suis-je sensibilisée par ma récente lecture de La Couleur des sentiments, mais le racisme inhérent, même s’il est ignorant plutôt que malveillant, est agaçant.

Lire un court extrait »

Mais soudain le Noir allongea le bras — un bras incroyablement long –, souleva entre ses doigts épais aux phalanges hérissées de poils raides la bouteille au large goulot, l’approcha de lui et la flaira. Puis il l’inclina, desserra ses lèvres pareilles à du caoutchouc épais, découvrit deux rangées parfaites de fortes dents éclatantes, chacune bien à sa place comme les pièces dans une machine ; et je vis le lait s’engouffrer dans les profondeurs roses et luisantes du vaste gosier. La gorge du Noir glougloutait comme un tuyau de vidange quand l’eau et l’air s’y bousculent. Aux deux coins de la bouche qui évoquait péniblement un fruit trop mûr étranglé par une ficelle le lait débordait, gras, dévalait le long du cou, mouillait la chemise ouverte, coulait sur la poitrine, s’immobilisait sur la peau gluante aux reflets sombres en gouttes visqueuses comme de la résine et qui tremblotaient. Je découvris, au milieu de l’émotion qui me desséchait les lèvres, que le lait de chèvre était un liquide extraordinairement beau.