déc 022009
 

L’Or des fous
[Fool's Gold]
Rob Schultheis
Gallmeister
9782351780169
Paru en mars 2008.

Dans les années 70, l’auteur est allé s’installer à Telluride, un petit village de montagne du Colorado, où la vie n’a pas tellement changée depuis le XIXe siècle : la plupart des habitants vivent encore de la mine et les loups et les ours s’aventurent jusque dans les rues. Trente ans plus tard, Telluride est devenue une station de ski à la mode. Schultheis nous raconte « sa » ville, nous faisant découvrir l’Ouest américain

Au départ, j’ai tiré le nez : le Nature Writing, très peu pour la bonne citadine que je suis. Et finalement, je ne regrette absolument pas ma lecture. C’est dépaysant et très bien écrit. L’auteur partage avec nous des anecdotes et de courts récits sur la région autour de Telluride.

L’ensemble est un peu décousu, mais finalement on peut le voir comme un ensemble de photographies qui mises bout à bout dessinent un magnifique panorama.

Lire un court extrait »

Telluride, quand je m’y suis installé, sortait à peine d’une période où elle s’était laissé transformer en ville fantôme, la phase plancher d’un cycle de prospérité en dents de scie. Il y avait une minuscule station de ski, ouverte depuis moins d’un an. Au fond du cul-de-sac de la vallée, la mine tournait vingt-quatre heures sur vingt-quatre, arrachant leurs richesses aux mystérieuses entrailles de la montagne, profitant d’une hausse inespérée et transitoire du cours des minerais. Bref, il se passait juste assez de choses pour provoquer une vaguelette d’immigration de types dans mon genre.

Juste assez, mais pas trop. C’était encore l’Ouest des romans que j’avais dévorés et dont j’avais rêvé quand j’étais gosse, des années plus tôt. Des mouflons broutaient encore sur les pics surplombant la lisière nord de la ville ; durant les blizzards les plus violents, ils se réfugiaient sur les toits de la rue principale en attendant que le temps redevienne plus clément. Chaque automne on trouvait des ours, le museau plongé dans les poubelles, qui cherchaient à engraisser avant les long mois d’hibernation. Les loups et les gloutons ont officiellement disparu du Colorado, mais à en croire les habitants, les deux espèces avaient encore des représentants aux environs de Telluride, dans des recoins obscurs comme le Deer Trail Basin, ainsi qu’une race de coyotes au pelage blanc comme neige qui rôdaient autour des vallées d’altitude.

Il y avait aussi les humains du cru. Pendant toutes les années 50, la ville s’était enorgueillie d’une économie parallèle débridée avec tout un contingent de bordels, de bootleggers et de casinos. Pour balancer la gnôle sur le marché au nez et à la barbe des flics, les distillateurs, à en croire la rumeur, la faisaient transiter par la mine. L’alcool entrait par Telluride et ressortait de l’autre côté de la montagne, près d’Ouray. De là, il n’y avait plus qu’un pas à faire pour aller arroser les hordes assoiffées de Montrose, Durango, Gunnison et Junction.