nov 202009
 

Parquet flottant
Samuel Corto
Denoël
9782207261309
Paru en août 2009.

Un avocat devenu procureur raconte son premier poste, égratignant au passage la justice française et ses acteurs.

Parquet flottant aura été une grosse déception. Pourtant, il avait tout pour me plaire : un style pince-sans-rire, une analyse très fine de la justice en France. Dommage que l’intrigue tombe dans le graveleux aussi rapidement ; ça a complètement gâché le livre pour moi.

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C’était, à n’en plus douter, un accomplissement personnel fort, une sorte de transe extatique : la magistrature m’ouvrait ses bras. Des bras bruns, puissants, poilus, tentaculaires. Je raccrochai ma robe noire d’avocat pour la cuirasse étincelante (bien que strictement identique) de mon nouveau pouvoir décisionnaire et, pour la rentrée de septembre, je déposai au fond de mon sac tout neuf une boussole en bakélite noire tirée d’un équipement de survie : aujourd’hui encore, je me dis qu’on doit toujours écouter ses instincts, même les moins lisibles.

La petite ville de province qui m’accueillait pour mon premier poste pouvait s’enorgueillir d’avoir un procureur local — mon premier supérieur hiérarchique — reconnaissable de loin : tonsure trapue sur lunettes d’écailles, vestes amples croisées (ou l’inverse), généralement vert bouteille, lie-de-vin ou gris travaux publics. Il s’asseyait toujours jambes ouvertes, comme encombré. Ce nain
coloré sévissait depuis une quinzaine d’années, en contradiction directe avec les bonnes recommandations ministérielles sur la nécessaire mobilité géographique des magistrats et, lors de ma visite protocolaire préalable à mon installation, il s’enquit de mes motivations à rejoindre ce grand corps (il parlait ainsi, comme beaucoup, par ellipses poético-professionnelles, pensant sans doute s’ériger à titre
personnel par capillarité).