mar 212011
 

La Complainte du paresseux
[The Cry of the Sloth]
Sam Savage
Actes Sud
9782742796397
Paru en 2011.

À travers ses lettres et ses écrits, nous découvrons un écrivain raté qui tente de sauver la revue littéraire qu’il a fondé. Nous suivons aussi sa relation avec son ex-femme ainsi qu’avec ses locataires.

Grosse déception ! J’attendais beaucoup du deuxième roman de Sam Savage, après avoir été charmée par Firmin, et j’ai tellement peu aimé celui-ci que j’ai lu le dernier tiers du roman en diagonale.

L’exercice de style est pourtant réussi : l’épistolaire est un genre difficile à maîtriser, souvent très artificiel, mais il est utilisé avec beaucoup de finesse par Sam Savage. Le problème, quand on parle d’un mauvais écrivain, c’est qu’on doit lire de la mauvaise prose. Ça va cinq minutes, mais sur 300 pages, c’est décidément trop long.

Dommage.

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Messieurs,

J’ai découvert au réveil que mon téléphone n’émet plus son amicale tonalité lorsque je colle l’oreille au combiné. Il ne fait plus aucun bruit, ce qui est TRÈS CONTRARIANT. Je sais combien je vous dois et je ne remets pas en cause la légitimité de votre intervention. Je vous ai envoyé de petites sommes chaque fois que cela était possible, ce qui au final, représente plus que de la menue monnaie. J’ai prouvé ma bonne foi. J’ai une entreprise à diriger. Ce n’en est peut-être pas une à vos yeux, mais je ne partage pas ce point de vue. Si elle n’est pas répertoriée dans les pages jaunes, c’est uniquement parce que je n’ai PAS LES MOYENS de m’offrir une annonce. Vous auriez dû y pensez. J’ai expliqué de vive voix à Mme Slippert que, si elle me coupait le téléphone, je serais dans l’incapacité DÉFINITIVE de vous payer. Que cet appel à votre propre intérêt soit resté sans résultat vous fait honneur. À présent, j’en appelle donc à votre bon cœur. Je vous supplie à genoux. Ma dignité en souffre. S’IL VOUS PLAÎT, reconnectez-moi. Encore six mois et je vous rembourserai intégralement, vous en avez ma parole.

Veuillez agréer l’expression de mes sincères salutations,

Andrew W. Whittaker

mar 172011
 

Les Animaux de compagnie
[Gæludýrin]
Bragi Ólafsson
Actes Sud
9782742796441
Paru en mars 2011.

Des années auparavant, Emil et Harvardur étaient chargés de veiller sur des animaux pour le compte d’un ami absent. Après que les animaux étaient morts les uns après les autres, Emil avait mis Harvardur à la porte. Harvardur est aujourd’hui de retour, et cherchant désespérément à lui échapper, Emil se réfugie sous son propre lit, où il assiste à une bien étrange soirée.

Vraiment étrange. Je n’ai pas vraiment aimé, mais certains moments m’ont fait rire. Un de ces romans que je referme en pensant, « Certes, mais encore ? »

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“Il avait plutôt l’air de quelqu’un qui avait besoin d’un toit”, dit Tómas. Sérieusement ou non, je ne sais pas. “Et puis j’ai aussi remarqué qu’il tripotait la plaque de la porte, comme s’il essayait de l’asti­quer. Sans doute qu’il voulait enlever la neige pour mieux voir le nom.”

Ces respectables plaques de cuivre, ou de laiton, ont quelque chose d’immuable et d’éternel. Une aura de temps révolus, que l’on n’a pas connus. Ma plaque n’a guère que deux ans, et pourtant elle est tellement marquée par les intempéries qu’elle donne l’impression que son propriétaire est un homme âgé, ou qui n’est plus jeune sans être très vieux : c’est presque une pierre tombale. A ceci près qu’elle n’indique pas de dates, ni de titre du genre chef de bureau ou armateur comme on en voit au cime­tière, ni de souhait que l’intéressé repose en paix, en l’occurrence derrière sa propre porte.

jan 142011
 

La jeune fille suppliciée sur une étagère suivi de Le sourire des pierres
[少女架刑]
Akira Yoshimura
Actes Sud
9782742739554
Paru en 2002.

Une jeune femme qui vient de décéder raconte son autopsie. L’étrange rapport entre un homme, sa sœur, et leur locataire, obsédé par la mort.

Deux nouvelles extrêmement étranges et glauques. L’écriture d’Akira Yoshimura est d’une précision chirurgicale qui met en emphase le détachement presque clinique manifesté par les personnages envers ce qui leur arrive.

Dérangeant.

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La voiture arrêtée devant la maison était un imposant modèle de couleur noire qui, lavé par la pluie, reflétait magnifiquement le désordre des avant-toits confusément mêlés.

Ayant ouvert en grand les deux battants de la porte arrière, les hommes glissèrent mon cercueil à l’intérieur.

Alors que mon regard, curieusement, était limité aux parois du cercueil et plus loin à la carrosserie de la voiture, le spectacle de l’impasse mouillée par la pluie, étrangement clair, me semblait frais et transparent, comme vu à travers les parois d’un aquarium dont on aurait tout juste changé l’eau.

oct 292010
 

Corpus Delicti : un procès
[Corpus Delicti: Ein Prozess]
Juli Zeh
Actes Sud
9782742792191
Paru en septembre 2010.

Dans une société où la maladie a été éradiquée, une jeune femme cherche à comprendre ce qui est arrivé à son frère.

Corpus Delicti commence de manière intéressante, avec une société qui n’est pas sans rappeler celle du Meilleur des mondes d’Huxley. Malheureusement, l’intrigue se confine souvent au cliché, et la fin est complètement téléphonée.

Décevant.

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La Préface

La santé est un état de bien-être absolu de l’homme dans sa dimension physique, spirituelle et sociale. Elle ne saurait se réduire à l’absence de maladie.

La santé pourrait se définir comme le courant vital irriguant sans entraves toutes les parties du corps, les organes et les cellules ; comme un état d’harmonie physique et mentale ; comme le libre épanouissement du potentiel d’énergie biologique. Les rapports qu’un organisme sain entretient avec son environnement fonctionnent comme des rouages bien huilés. L’homme en bonne santé se sent plein d’énergie, frais et dispos. Parfaitement armé pour affronter l’existence, il possède un opti­misme inébranlable, une grande force intellectuelle et une stabilité psychique à toute épreuve.

La santé n’est pas un état figé, mais un rapport dynamique de l’homme à lui-même. La santé demande à être conservée et accrue chaque jour, durant des années et des décennies, jusqu’à l’âge le plus avancé. La santé n’est pas simple moyenne, elle est dépassement de la norme et performance individuelle extrême. Elle est volonté visible, expression dans la durée de la force de volonté. La santé conduit, par le perfectionnement de l’individu, à la perfection de la communauté sociale. La santé est le but du vouloir-vivre naturel et par conséquent le but naturel de la société, du droit et de la politique. Un homme qui n’aspire pas à la santé ne saurait tomber malade : il l’est déjà.

Extrait de la préface de l’ouvrage
de Heinrich Kramer,
La Santé comme principe de légitimation politique,
Berlin, Munich, Stuttgart, 25e éd.
oct 162010
 

Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants
Mathias Enard
Actes Sud
9782742793624
Paru en août 2010.

Michel-Ange part à Constantinople construire pour le Sultan un pont sur le Bosphore.

Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants relate un épisode peu connu de la vie de Michel-Ange : son séjour à Constantinople. Le contraste entre le raffinement de la culture orientale et le barbare occidental est d’autant plus intéressant qu’il est montré du point de vue de Michel-Ange.

Je n’ai cependant pas aimé le style, et donc le roman n’a pas vraiment marché pour moi.

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Le lendemain, il attend un message du pape. Il tremble de rage en pensant que le pontife n’a même pas daigné le recevoir, la veille de son départ. Bramante l’architecte est un imbécile, et Raphaël le peintre un prétentieux. Deux nains qui flattent la superbe démesurée de l’empourpré. Puis le dimanche arrive, Michel-Ange fait gras pour la première fois depuis des mois, un agneau délicieux, cuit par le boulanger son voisin.

Il dessine tout le jour, épuise en un rien de temps trois sanguines et deux mines de plomb.