sept 022010
 

Une forme de vie
Amélie Nothomb
Albin Michel
9782226215178
Paru en août 2010.

Un soldat américain écrit à Amélie Nothomb pour lui raconter comment il est devenu obèse parce qu’il baffre pour oublier son quotidien de soldat.

Mon premier Nothomb ! Plutôt amusant, et j’ai trouvé intéressante tout la réflexion sur l’épistolarité et la validité des amitiés que l’on peut former au travers d’une relation qui ne passe que par l’écrit.

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Deux semaines ne s’étaient pas écoulées quand je reçus la réponse du 2e classe :

Chère Amélie Nothomb,

Merci pour vos romans. Vous voulez que j’en fasse quoi ?
Happy new year,
Melvin Mapple
Bagdad, le 1/01/2009

Je la trouvai un peu raide. Légèrement énervée, j’écrivis aussitôt cette lettre :

Cher Melvin Mapple,

Je ne sais pas. Peut-être rééquilibrer un meuble ou surélever une chaise. Ou les offrir à un ami qui a appris à lire.
Merci pour vos vœux. Autant de ma part.
Amélie Nothomb
Paris, le 6/01/2009

août 042010
 

Trois explications du monde
[Triad: The Physicists, the Analysts, the Kabbalists]
Tom Keve
Albin Michel
9782226195876
Paru en avril 2010.

Au début du XXe siècle, la science est chamboulée par les avances faites tant dans le domaine de la physique que dans celui de la psychanalyse. À l’origine de ces découvertes, de grands savants et penseurs, souvent d’Europe centrale, souvent d’origine juive, influencés par des siècles d’érudition rabbinique : la kabbale.

Trois explications du monde est un roman dans le sens où les situations et les dialogues sont inventées, mais le travail minutieux de recherche et la reproduction de lettres et d’articles authentiques l’ancrent fermement dans la réalité historique. Le résultat, c’est une fiction documentaire, ou un documentaire fictionnel, et ça marche.

Soyons francs : peu de gens vont avoir le courage d’ouvrir ce livre tant le sujet est difficile et touffu. C’est là que le talent de conteur de Tom Keve fait toute la différence. Son style est pédagogique sans être pontifiant, simplificateur sans être réducteur.

Pas facile, mais passionnant et gratifiant. Ayez le courage de vous lancer, vous ne le regretterez pas !

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– Encore un instant. Avant que nous ne rentrions, je voudrais vous parler de quelque chose que j’ai lu cette nuit. Peut-être cela vous intéressera-t-il. “L’arbre de vie était au milieu du jardin…”

– La Genèse, m’interrompit-il. Êtes-vous un esprit religieux, Ferenczi ?

– Non. Et ce n’est pas de la religion, c’est de la psychiatrie. » Je continuai : « “Lorsque Dieu créa l’homme et le vêtit en grand honneur, Il lui donna le devoir de s’attacher à Dieu afin d’être un et d’un cœur unique, uni à l’Un par le lien d’une foi unique qui lie tout ensemble. Mais, par la suite, les hommes se détournèrent du chemin de la foi et abandonnèrent l’arbre d’unité qui s’élève bien au-dessus de tous les arbres, s’attachant à cette région qui varie sans cesse d’une teinte à une autre, du bien au mal et du mal au bien. Ils descendirent d’en haut et s’attachèrent en bas à l’inconstant, abandonnant l’Un suprême et immuable. C’est ainsi que leur cœur, oscillant entre le bien et le mal, leur valut tantôt la miséricorde, tantôt la rigueur, selon leurs attachements. Le Saint, béni soit-Il, parla : Homme, tu as renoncé à la vie, et c’est à la mort que tu adhères. En vérité, la mort t’attend. Mais de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, tu ne mangeras point.” » Je me tus.

« Expliquez-moi ça ! m’ordonna-t-il.

– Méditer sur l’arbre de vie, la Tiferet, c’est trouver l’unité, la complétude, communier dans l’harmonie. Toucher la Tiferet, c’est faire l’expérience de l’unité transcendante du divin. Contempler l’autre, la Malkhut, c’est être déchiré et morcelé par le conflit, les tempêtes de l’esprit et de l’âme. C’est la désunion, la disharmonie. Nous y voyons une image de l’univers, la surface de contact entre le divin et le non-divin ; mais ce n’est ni l’un ni l’autre. » Je levai les yeux vers lui et lui souris : « Voilà notre culture, Jung. » Il ne voyait toujours pas bien ce qu’il pourrait en faire.

« Ce que vous me dites là, c’est un de vos rêves !

– Si c’est un rêve, ce n’est pas le mien. Cela vient du Zohar. La kabbale.

– Mais pourquoi me dites-vous cela ? » Il était de toute évidence très mal à l’aise.

« Lisez-le, mon ami. Freud l’a lu. » Me tournant vers la passerelle, je lui fis signe de passer le premier. « Quoique. Quand bien même vous le liriez, cela ne serait pas pareil. Le Zohar coule dans ses veines comme il ne coulera jamais dans les vôtres. »

avr 252010
 

Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi
Katherine Pancol
Albin Michel
9782226208316
Paru en mars 2010.

On continue à suivre la vie des personnages : Joséphine écrit un nouveau livre ; Hortense s’impose dans le milieu de la mode londonien et entame, peut-être, une relation avec Gary ; Zoë découvre l’amour ; Henriette cherche à récupérer la fortune de Marcel tandis que Junior et Josiane lui mettent des bâtons dans les roues ; …

Dernier volume d’une trilogie commencée par Les Yeux jaunes des crocodiles et La Valse lente des tortues, Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi est un livre que j’ai dû lire en moins de 72h pour des raisons professionnelles, sans avoir lu les deux précédents. Du coup, j’ai eu énormément de mal à comprendre ce qui se passait, et qui était qui, d’autant plus que je lisais en diagonale et que certains des personnages portent des noms similaires.

Disons-le tout net, je n’ai pas du tout aimé ce livre, et je suis effarée que le premier ait vendu plus d’un million d’exemplaires. J’ai trouvé que la plupart des personnages n’avaient aucune épaisseur, voire étaient complètement caricaturaux, notamment Junior, qui me faisait grincer des dents chaque fois qu’il apparaissait.

De plus, le style est au fil de la plume, très oral et très fleuri, et je ne résiste pas à la joie de vous faire partager un passage qui m’a laissée entre l’hilarité et l’incrédulité :

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Et ils gagnèrent leur chambre à pas de loup, firent voler le dessus-de-lit, voler jupe, pantalon et cotillons et se jouèrent le grand huit qui déraille, le petit boa orphelin, l’araignée étoilée des mers du Nord, le petit pingouin sous la glace, le grand fou qui jongle avec des choux verts et la girafe cinglée à l’accordéon. Enfin, fourbus, repus, ils se jetèrent dans les bras l’un de l’autre, se félicitèrent de tant de verve sexuelle, se pourléchèrent, se frictionnèrent, gonflèrent de bonheur et retombèrent comme deux baudruches flapies.

juil 242009
 

Guide de l’incendiaire des maisons d’écrivains en Nouvelle-Angleterre
[An Arsonist's Guide to Writers' Homes in New England]
Brock Clarke
Albin Michel
9782226193957
Parution prévue pour le 20 août 2009.

Un homme, qui a déjà passé dix ans de sa vie en prison pour l’incendie de la maison d’Emily Dickinson et l’homicide involontaire de deux personnes, voit sa vie basculer quand d’autres maisons d’écrivains sont incendiées.

Je vais être honnête ; j’ai détesté ce livre. J’ai trouvé le héros particulièrement agaçant et geignard, et l’intrigue complètement plate. Dommage, parce que le titre m’avait beaucoup attiré.

Il y avait aussi quelques maladresses de traduction, dont une assez énorme, où le héros réagit de façon complètement disproportionnée au mot « connasse ». D’après sa réaction, je soupçonne l’original d’être « cunt », qui est effectivement très tabou en Anglais américain. Le problème, c’est que la scène en perd toute sa saveur.

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Moi, Sam Pulsifer, je suis l’homme qui a accidentellement réduit en cendres la maison d’Emily Dickinson à Amherst et qui, ce faisant, a tué deux personnes, crime pour lequel j’ai passé dix ans en prison. Cette histoire étant bien connue à l’échelon local, je la laisserai de côté pour le moment. Il suffira sans doute de dire qu’au panthéon des grandes et sinistres tragédies qui ont frappé le Massachusetts, il y a les Kennedy, les sorcières de Salem, et puis il y a moi.