juil 072011
 

Allmen et les libellules
[Allmen und die Libellen]
Martin Suter
Christian Bourgois
9782267021738
Paru en 2011.

Johann Friedrich von Allmen est au bord de la ruine : il a dû vendre sa maison, la plupart de ses objets de valeur, et a des créanciers partout. Pour se renflouer, il vole des verres ornés de libellules créés par le maître verrier Émile Gallé. Après l’assassinat de son receleur et une tentative sur sa personne, Allmen se mue en enquêteur.

J’ai beaucoup aimé cette histoire, même si le début est un peu laborieux, le temps d’établir le décor et les personnages. Allmen est délicieusement amoral et les personnages qui l’entourent hauts en couleur.

Au moins deux autres volumes des aventures d’Allmen son prévus ; j’espère qu’ils seront aussi bons que celui-ci.

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Aujourd’hui encore, Allmen lisait tout ce qui lui passait entre les mains. Littérature du monde, classiques, nouveautés, biographies, récits de voyage, prospectus, modes d’emploi. C’était un client habituel de plusieurs bouquinistes et il lui était déjà arrivé de demander à un taxi de s’arrêter devant un immeuble le jour où l’on ramassait les encombrants, pour en revenir avec quelques livres.

Une fois qu’il en avait commencé un, aussi mauvais fût-il, Allmen ne pouvait s’empêcher d’aller jusqu’au bout. Il ne le faisait pas par respect envers l’auteur, mais par curiosité. Il croyait que chaque livre avait son secret, ne fût-ce que la réponse à la question de savoir pourquoi il avait été écrit. Et c’est ce secret qu’il devait éventer. Pour être précis, Allmen n’avait donc pas d’addiction à la lecture — c’était un toxicomane du secret.

oct 282010
 

Contes de la liberté
[Tales of Freedom]
Ben Okri
Christian Bourgois
9782267021127
Paru en septembre 2010.

Un ensemble de courts textes à mi-chemin entre la nouvelle et le haïku.

Assez étrange, souvent onirique, très allégorique. Certaines nouvelles m’ont plu plus que d’autres, et j’en sors avec une impression un peu mitigée.

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Il s’installa au milieu du champ de bataille, entre les deux factions en lutte. Et là, alors que des balles passaient en sifflant, il pansa les blessés et enterra les morts.

Il avait été photographe et spectateur dans une région dévastée par la guerre. Et un jour, frustré de se voir incapable de mettre fin aux combats, il avait entrepris une étrange conversion. Il avait abandonné son travail et était devenu une sorte d’infirmier et celui qui enterre les morts.

C’était une activité vraiment épouvantable. Il travaillait seul. Il accomplissait cette tâche solitaire et non reconnue depuis des années. Il se réveillait le matin, allait sur le champ de bataille et s’attaquait à sa tâche sinistre et pleine de sang. À l’aube, il arrivait en chemise blanche et propre, et le soir ses lunettes étaient couvertes de sang. La graisse et la chair déchiquetée des morts et de ceux qui étaient mis en pièces dégouttaient de ses mains. Il soignait et enterrait toute la journée, dans ce endroit violent, dans ce no man’s land, dans le désert, entre deux ennemis implacables. C’était un miracle qu’il n’ait pas été tué.

Jour après jour, il survivait aux tirs, aux bombardements et aux pilonnages. Personne ne le rejoignait. Il n’était pas payé pour ce travail. Aucune organisation internationale ne facilitait sa tâche ni ne savait ce qu’il faisait là tout seul. Aucun des deux côtés en guerre ne savait non plus ce qu’il faisait, quels services il rendait inlassablement, en enterrant leurs morts, en pansant leurs blessés.