août 242011
 

Le Dernier Testament de Ben Zion Avrohom
[The Last Testament of the Holy Bible]
James Frey
Flammarion
9782081255173
À paraître en août 2011.

Depuis qu’il a miraculeusement survécu à un accident, Ben a changé. Et il change les autres autour de lui, ce qui n’est pas du goût de tout le monde.

Ou, comme je l’ai présenté à mes collègues : Jésus à New York au XXIe siècle. Jésus est amour. Et donc il baise. Beaucoup. Sans discrimination d’âge, de sexe ou de couleur de peau.

J’ai beaucoup aimé Le Dernier Testament, même si, comme vous pouvez vous en douter, il n’est pas à mettre entre toutes les mains. Il est à la fois drôle et tragique, empreint de spiritualité et violemment anti-religieux. Le christianisme évangélique, notamment, en prend pour son grade.

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Et il disait que les lois et les restrictions contre l’amour et le mariage, sans considération des personnes impliquées, n’étaient pas voulues par Dieu. Dieu se moquait de ce genre de choseS. Dieu était au-delà de ces choses. Le mariage est quelque chose qui concerne les êtres humains, et tous les êtres humains devraient en profiter, quelle que soit leur manière d’aimé. Et j’ai suivi son exemple. J’ai parlé et écouté et étreint et embrassé et fait l’amour. J’ai assisté aux mariages et j’ai pleuré et applaudi. J’étais si heureuse pour tout le monde, et j’ai dansé ensuite, dansé jusqu’à ce que mes jambes et mes pieds me fassent horriblement mal. Je ne pensais à rien sinon que j’aimais ces gens. C’était ça qui importait. Que nous étions tous des êtres humains et que nous aimions d’autres êtres humains. Et c’est ça qui est Dieu.

août 302010
 

Béatrice et Virgile
[Beatrice and Virgil]
Yann Martel
Flammarion
9782081245679
Paru en août 2010.

Un taxidermiste envoie à un auteur qu’il admire quelques pages de la pièce qu’il est en train d’écrire, à propos d’un âne, d’un singe hurleur, et de leur expérience des « Horreurs ».

J’avais résolu de ne pas lire de livres sur la Seconde Guerre mondiale cette année pour cause de saturation, et je me suis faite avoir par Béatrice et Virgile qui, l’air de rien, est un roman sur l’Holocauste.

C’est aussi un roman extrêmement bizarre, avec une mise en abyme de la réflexion sur l’Holocauste, toute en symboles. Je n’ai pas vraiment aimé le livre, d’autant plus que j’ai toujours détesté et la taxidermie, et les animaux qui parlent.

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Un taxidermiste. Voilà une autre explication de l’intérêt pour les animaux que saint Julien chassait. Henry n’hésita pas un instant. Son intention avait été de déposer sa carte, mais il n’avait jamais rencontré de taxidermiste auparavant. Il ne savait même pas qu’il existait encore des taxidermistes. Tenant courte la laisse d’Érasme, il poussa la porte et ils entrèrent ensemble chez Taxidermie Okapi. Une clochette tinta. Il ferma la porte. Une vitrine de verre sur sa gauche lui permettait de continuer d’admirer le diorama. Henry pouvait maintenant voir l’okapi de côté, à travers les lianes emmêlées, comme s’il était un explorateur se déplaçant furtivement dans la jungle pour s’en approcher. Comme les sélections de la nature sont curieuses, qui accordent un costume complet de rayures aux zèbres, et rien que les jambières aux okapis. En étudiant le diorama, Henry remarqua que parmi les lumières judicieusement positionnées, un spot, dans un coin au-dessus de la baie vitrée, était muni d’un mécanisme qui le faisait pivoter lentement. À l’autre coin, il y avait un petit ventilateur qui pivotait lui aussi. Il devina le but de ces dispositifs : en faisant jouer la lumière sur l’installation et bouger les feuilles un tout petit peu, le degré de véracité augmentait d’autant. Il observa de près les plantes grimpantes. Il ne pouvait pas voir le moindre signe de plastique ou le moindre bout de fil métallique ou quoi que ce soit qui détruisit l’illusion. Est-ce que tout cela pouvait être réel ? Sûrement pas. Pas dans ce climat tempéré, même avec des talents fabuleux de jardinier. Les plantes étaient peut-être réelles, mais conservées d’une certaine manière, momifiées.

mai 042010
 

Les Derniers Jours de Stefan Zweig
Laurent Seksik
Flammarion
9782081231894
Paru en 2010.

Fin 1941, Stefan Zweig et sa femme se réfugient au Brésil. Là, Zweig se rend compte que les événements lui ont ôté jusqu’à l’envie d’écrire. Désespérés par la situation en Europe, ne croyant plus que les Alliés peuvent gagner la guerre, lui et sa femme décident de se suicider.

Je ne connaissait pas la vie de Stefan Zweig, et même si le livre ne parle que de ses derniers mois, je l’ai trouvé intéressant. L’angoisse et l’incertitude de la guerre sont très bien rendues.

La grande force du livre, cela dit, est de donner envie de relire Zweig, et peut-être une biographie plus longue.

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Très tôt, il avait senti le vent tourner, le vent mauvais soufflant d’Allemagne. La rage dans les discours, la brutalité des actes annonçaient l’Apocalypse à qui avait les yeux ouverts, qui prêtait un sens aux mots.

Il appartenait à une race en voie de perdition : l’ « Homo austrico-judaïcus ». Il avait l’instinct de ces choses, il connaissait bien l’Histoire. Il avait écrit sur toutes les époques, sur Marie Stuart et Marie-Antoinette, Fouché et Bonaparte, Calvin et Érasme. À l’aune des tragédies du passé, il parvenait à augurer des drames en devenir. Cette guerre-là n’avait rien de commun avec les précédentes.

jan 282010
 

La Ville des voleurs
[City of Thieves]
David Benioff
Flammarion
9782081217065
Paru en janvier 2010.

Pendant le siège de Leningrad, deux jeunes Russes sont arrêtés, l’un pour désertion, l’autre pour vol. Le colonel soviétique leur propose un marché : leur vie en échange d’une douzaine d’œufs pour le gâteau de mariage de sa fille. Commence alors un périple d’une semaine…

J’hésite un peu à dire que ce livre est hilarant parce que ce n’est pas vraiment le cas : c’est la guerre, les habitants de Leningrad meurent littéralement de faim et les Einsatzkommandos allemands ont à leur tête un monstre sadique. Et pourtant, nombre des situations dans lesquelles se fourrent Lev et Kolya sont plutôt cocasses. La galerie des personnages rencontrés est haute en couleur et mémorable.

Sans être un monument de la littérature, ce livre est bien écrit et enlevé et j’ai eu beaucoup de mal à le poser.

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La veille du nouvel an, j’étais assis sur le toit du Kirov,, l’immeuble dans lequel je vivais depuis l’âge de cinq ans (et qui ne portait d’ailleurs pas le moindre nom jusqu’en 1934, année où Kirov futtué et où l’on baptisa ainsi la moitié des bâtiments de la ville). Comme tous les soirs, je regardais les gros dirigeables gris envahir le ciel sousle couvercle des nuages, dans l’attente des bombardiers. À cette époque de l’année, le soleil ne brillait guère plus de six heures par jour, balayant l’horizon comme un spectre. Chaque nuit, après avoir enfilé le plus grand nombre de chemises, de pulls et de manteaux possible, nous nous relayions toutes les trois heures sur le toit, par groupes de quatre, armés de seaux remplis de sable, de pelles et de lourdes pinces en fer, afin de surveiller le ciel. Nous étions les combattants du feu. Ayant compris que l’attaque de la ville leur coûterait trop cher, les Allemands avaient décidé de l’encercler et d’affamer la population, tout en l’accablant sous un déluge de bombes.

avr 272009
 

Le Mythe de Meng
Su Tong
Flammarion
9782081202627
Paru en mars 2009.

Dans un passé indéterminé mais lointain, une jeune femme part à la recherche de son mari, enrôlé de force pour travailler sur la Grande Muraille de Chine. Son voyage n’est pas de tout repos, et ce qui l’attend au bout n’est pas vraiment joyeux.

Le langage était très poétique, mais c’est tout ce que je peux dire en la faveur de ce livre. J’ai trouvée l’intrigue à la fois confuse et ennuyeuse, et certains des rebondissements m’ont laissée complètement déconcertée (la chasse aux garçons-cerfs ? sérieusement ??).

Les critiques que j’ai pu trouver étaient plutôt positives, donc il est fort possible que ma déception avec ce livre vienne de moi. J’admets volontiers que je ne connais presque rien à la littérature ou même la culture chinoise, donc j’ai forcément du mal à apprécier.

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Tout ceci nous amène à Jiang Binu. C’était une jeune femme éclatante, aux traits délicats, dont les larmes pouvaient s’accumuler derrière deux grands yeux sombres. Dotée d’une abondante chevelure que sa mère coiffait en deux chignons derrière ses oreilles, elle avait appris à y dissimuler ses larmes. Hélas, sa mère mourut alors que Binu était encore jeune, emportant avec elle sa formule secrète. Binu pleura ouvertement pendant toute sa jeunesse, ses cheveux restant à jamais mouillés et impossibles à coiffer correctement. ceux qui s’approchaient d’elle sentaient sur leur visage un nuage de gouttes d’eau. Sachant qu’il s’agissait des larmes de Binu, ils chassaient le liquide d’un air étonné : « Comment Binu peut-elle avoir tant de larmes ! »

Il serait injuste de prétendre que Binu versait davantage de larmes que les autres jeunes filles du village des Pêchers, mais sa manière de pleurer était de loin la plus maladroite. Une preuve de sa pure innocence était son incapacité à imaginer une manière plus habile de répandre ses larmes. Ainsi, alors que les autres jeunes filles parvinrent à épouser des commerçants ou des propriétaires terriens, ou, plus bas dans l’échelle sociale, des charpentiers ou des forgerons, le choix de Binu se borna à l’orphelin Wan Qiliang. Que lui apporta son mariage ? Un homme et neuf mûriers, rien de plus.