juil 092011
 

Le jour avant le lendemain
[Før morgendagen]
Jørn Riel
10/18
9782264034380
Paru en 2003.

Ninioq se fait vieille et quand après une pêche miraculeuse, il faut que quelqu’un reste pour faire sécher la viande, elle se porte volontaire avec son petit-fils Manik. Mais la tribu ne revient pas les chercher…

Plongée au cœur d’une civilisation aux antipodes de la nôtre ! L’environnement hostile du nord-ouest du Groenland a conditionné des hommes et des femmes durs à la tâche, où chacun doit contribuer à la survie de la tribu, où le suicide des bouches inutiles (« rester sur la glace ») est une nécessité. Les rapports humains en sont d’autant plus chaleureux : l’unité familiale est large et accueillante, et les rapports sexuels, notamment l’échangisme, permettent la création de liens forts.

Ninioq, au soir de sa vie, regarde en arrière sans jamais réellement regretter son passé, et est heureuse de perpétuer les traditions en enseignant à Manik, ainsi qu’au lecteur, ce qu’elle sait.

Une lecture bouleversante.

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Ninioq avait vécu sa vie. Elle le savait. Mais elle savait aussi qu’elle se prolongeait dans ses enfants et ses petits-enfants. Les regarder était comme regarder son propre visage reflété par la calme surface d’un fjord d’été. C’était là une image surprenante qui ne cessait de la remplir d’étonnement, mais qui alimentait aussi son inquiétude, puisqu’un simple souffle de vent, le jet d’une pierre ou une main pouvaient l’effacer.

mai 212010
 

Victoria
[Victoria]
Knut Hamsun
Gaïa
9782847201598
Paru en 2010.

Le fils du meunier et la fille du châtelain s’aiment, mais la société et leur propre orgueil les séparent.

L’atmosphère étriquée et classiste de la Norvège de la fin du XIXe siècle est tellement bien rendue que nous étouffons avec les héros contre les restrictions imposées par les normes sociales.

Un beau récit, même si les personnages sont souvent frustrants dans leur détermination à gâcher leur vie.

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– Merci d’être venue, Victoria. Avant que vous arriviez, j’étais désespéré, et voilà que c’est passé. Pardonnez-moi de vous avoir abordée au théâtre ; malheureusement je suis également allé prendre de vos nouvelles chez le chambellan. Je voulais vous revoir pour savoir ce que vous entendiez au juste, pour connaître vos véritables intentions.

– Mais vous les connaissez. Avant-hier, j’en ai dit suffisamment pour qu’il n’y ait pas de malentendus.

– Malgré cela, il me reste de nombreux doutes.

– N’en parlons plus. J’en ai dit suffisamment, beaucoup trop même, et maintenant je vous fais de la peine. Je vous aime, je n’ai pas menti avant-hier, et je ne mens pas non plus en ce moment, mais beaucoup de choses nous séparent. Je vous apprécie, je parle volontiers avec vous, plus qu’avec d’autres, mais… Je n’ose pas rester davantage, on peut nous voir d’en haut. Johannes, il y a énormément de choses que vous ignorez ; ne me demandez pas de vous dire ce que j’entends par là. J’y réfléchis nuit et jour ; j’étais sincère l’autre fois. Mais ce sera impossible.

– Qu’est-ce qui sera impossible ?

– Tout. Écoutez, Johannes, ne m’obligez pas à avoir de l’orgueil pour deux.

juin 082009
 

Une épopée littéraire
[Ungkarlehuset]
Jørn Riel
Gaïa
9782910030599
Paru en septembre 1999.

Un court roman dans la lignée des racontars de Jørn Riel, sur quatre célibataires qui se partagent une maison et un style de vie plutôt indolent. Jusqu’au jour où l’un d’eux décide de se marier afin d’assurer leur avenir à tous et ses amis tentent de trouver une autre solution.

La maison des célibataires est, comme souvent avec Jørn Riel, à la fois hilarant et adorable. Les personnages sont attachants et leurs aventures décrites avec verve. Mon seul regret est que le livre est beaucoup trop court !

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Les célibataires aimaient beaucoup le mois d’août. ce mois-là débordait de jours ivres de soleil où ils remplissaient le Sans Souci de bières et d’eau-de-vie achetées à la boutique du comptoir et partaient en excursion dans le Fjord d’Amélie. Là, ils déposaient délicatement le bateau sur la plage à marée basse, déjeunaient et se couchaient dans l’herbe histoire de cuver, jusqu’au moment où la marée haute les réveillait. À ce moment là, ils buvaient café et pousse-café en causant de tout et de rien.

mai 292009
 

Une épopée littéraire
Jørn Riel
Gaïa
9782847200720
Paru en mars 2006.

Quatre nouvelles, ou plutôt quatre « racontars », ces histoires tellement abracadabrantesques qu’on pourrait croire qu’elles ne sont pas vraies. Tirées de deux recueils de racontars différents de Jørn Riel, elles constituent une excellente introduction à son œuvre.

Les racontars de Jørn Riel sont tirés de ses souvenirs personnels de 16 années passées au Groenland. Ils mettent en scène des personnages hauts en couleurs, tels que des trappeurs et des marins, dans les conditions extrêmes de l’Arctique, avec son froid polaire et sa très longue nuit d’hiver. Ils sont, de plus, servis par une excellente traduction.

Je me suis bien amusée en lisant Une épopée littéraire, et Jørn Riel est instantanément devenu l’un de mes auteurs préférés.

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Un nombre incalculable d’histoires de chiens parcourt l’Arctique, et la plupart de ces histoires sont pratiquement identiques de la Sibérie jusqu’à l’est du Groenland. Peut-être parce que les chasseurs sont partout des hommes de la même nature et parce que les chiens ne sont pas aussi différents les uns des autres que la plupart des cynophiles se plaisent à le dire. Souvent le chien devient l’image de son maître, non pas ce que le maître fait du chien, mais ce qu’il croit en faire. La relation entre un chasseur et ses chiens est, en règle générale, de bon aloi. Et la relation entre le chasseur et son chien préféré est à la fois tendre et chaleureuse. Le chasseur dépend de ses animaux, non seulement pour le travail quotidien, mais aussidu point de vue compagnie. Et c’est pourquoi un homme aime son chien.

Jørn Riel sera aux Assises Internationales du Roman à Lyon du 25 au 31 mai 2009.