juin 212009
 

Partie de pêche au Yémen
[Salmon Fishing in the Yemen]
Paul Torday
10/18
9782264047427
Paru en mai 2009.

On demande à un respectable biologiste de mettre au point un projet d’introduction des saumons au Yémen. Après avoir été obligé d’accepter, sa vie se retrouve sans dessus dessous : sa femme part à l’étranger pour deux ans pour sa carrière, la politique se mêle de son projet, et il tombe amoureux de sa collaboratrice.

J’ai beaucoup aimé ce livre pour deux raisons : la première est l’humour bien anglais qui s’en dégage. Certains des personnages sont presque des clichés, mais avec assez de profondeur pour éviter la caricature grotesque. La deuxième raison est la narration non-linéaire : le roman est fait d’échanges d’emails et de lettres, d’extraits de journaux ou d’autobiographies, d’entretiens et de minutes. Original, mais ça marche.

Un gros bémol cependant, la traduction est franchement moyenne. Autant le lexique pour les termes spécifiques à la pêche et à la biologie marine est appréciable, autant certaines notes auraient pu être remplacées par une meilleure traduction. Certains titres sont traduits et pas d’autres, notamment celui du film Et au milieu coule une rivière (A River Runs Through It), une erreur de débutant.

Un bon livre, malheureusement gâché par une traduction bancale. À lire dans le texte pour ceux qui parlent anglais, donc.

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Mémo
De : Directeur de la Communication, cabinet du Premier ministre
À : Dr Mike Ferguson, directeur des Sciences vétérinaires, alimentaires et aquatiques, Groupe des Conseillers scientifiques du gouvernement
Sujet : Projet Saumon Yémen

Mike,
C’est le genre d’initiative que le Premier ministre adore. Nous avons besoin de votre point de vue — à grands traits — sur la faisabilité du projet. Nous n’attendons pas de garantie formelle que ça puisse marcher, mais une simple déclaration disant qu’il n’y a pas de raison de ne pas essayer.
Peter

Mémo
De : Dr Michael Ferguson, directeur des Sciences vétérinaires, alimentaires et aquatiques, Groupe des Conseillers scientifiques du gouvernement
À : Peter Maxwell, directeur de la Communication, cabinet du Premier ministre
Sujet : Projet Saumon Yémen

Cher Mr Maxwell,
La moyenne mensuelle des précipitations dans les montagnes occidentales du Yémen est de l’ordre de 400 mm pendant les mois d’été, les températures aux altitudes supérieures à 2 000 m sont comprises entre 7 et 27 degrés centigrades. De telles valeurs n’étant pas atypiques d’un temps d’été britannique, nous en concluons qu’il existe au Yémen, pendant de brèves périodes de l’année, et particulièrement dans les provinces de l’Ouest, des conditions qui ne sont pas nécessairement défavorables aux salmonidés migrateurs.

Nous en déduisons donc qu’un modèle fondé sur le lâcher artificiel de salmonidés et leur introduction dans les wadis pendant de courtes périodes de l’année, assorti d’un programme de capture des saumons pour les faire séjourner en eau fraîche et salée aux autres périodes de l’année, ne serait pas un point de départ inadéquat pour un exercice grandeur nature, dont la réalisation serait confiée aux départements possédant l’expertise appropriée. Le NCFE me paraît l’organisme le mieux qualifié pour cela.

J’espère que cette brève note suffira, à ce stade de vos projets ?

Bien à vous,

Michael Ferguson

PS : On se connaît ?

avr 232009
 

17 Kingsley gardens
[The Lighted House]
Richard Mason
JC Lattès
9782709629546
Paru en mars 2009.

Joan a 80 ans et ne pouvant vivre seule, doit rentrer en maison de retraite. Sa fille Eloise lui offre un dernier voyage en Afrique du Sud, d’où elle est originaire. Là, elle découvre des pans entiers de l’histoire de sa famille qu’elle ignorait. Rentrée en Angleterre, Joan glisse dans la folie tandis qu’Eloise se débat entre soucis professionnels et soucis familiaux.

Honnêtement, les thèmes de la famille et de la vieillesse ne sont pas vraiment mes préférés, et la seule raison pour laquelle j’ai commencé ce livre, c’est que l’Afrique du Sud est un pays qui me fascine.

Bien que l’Afrique du Sud, et notamment la Guerre des Boers, est un point de départ qui sous-tend tout le roman, la raison pour laquelle j’ai adoré ce livre, c’est Joan, dont la vie est faite de regrets et de non-dits. Ses relations avec sa famille sont complexes, difficiles, authentiques.

Le roman alterne le point de vue de Joan et celui d’Eloise, et la descente dans la folie de Joan est tellement bien écrite qu’il m’a fallu un moment avant de réaliser que oui, Joan perdait les pédales (ou plutôt les faisait apparaître).

17 Kingsley gardens est un roman magnifique, subtil et puissant, à ne surtout pas manquer !

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Elles sonnèrent. Une infirmière vêtue d’un élégant uniforme blanc et gris, arborant un badge où figurait son nom — Karen —, les accueillit dans le vestibule à colonnades :

« Vous devez être madame McAllister, puis-je vous appeler Joan ? » Elle prononçait chaque mot avec une cordialité toute professionnelle. « Je suis la surveillante générale, bienvenue à l’Albany ! »

Joan trouva le ton de Karen caractéristique. Il évoquait des dalles lessivées et des salles communes d’une propreté méticuleuse, un air sain. Plutôt bien en chair, cette femme se déplaçait d’un pas résolu et circonspect.

« Si vous voulez bien me suivre », ajouta-t-elle.

Joan jeta un coup d’œil derrière son épaule pour s’assurer que les deux pédales de piano en cuivre doré qui s’étaient matérialisées dans le taxi l’escortaient toujours. C’était bien le cas. Voilà qui l’enchanta, c’était leur première apparition de la semaine alors qu’elle ne cessait de les guetter. Elles ne s’étaient pas manifestées lors de la visite de la maison de retraite d’Enfield, ce qui avait emplifié la mauvaise impression que lui avaient faite ses couloirs humides et le sol en béton du prétendu jardin. Galvanisée par leur présence, Joan accompagna Eloise et Karen jusqu’au bureau de réception, derrière lequel elle patienta pendant qu’Eloise inscrivait Joan McAllister, Eloise McAllister sur le registre des visiteurs. La surveillante générale leur proposa une boisson chaude.