jan 092011
 

Ciel bleu : une enfance dans le Haut Altaï
[Der blaue Himmel]
Galsan Tschinag
Métailié
9782864243045
Paru en 1999.

Un jeune garçon grandit en Mongolie à la fin des années 40.

Un très beau récit, complètement dépaysant, qui nous montre une culture peu connue, celle des nomades mongols. L’éducation est à la dure, et l’enfant a ses propres moutons dont il doit s’occuper dès l’âge de 4 ou 5 ans.

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Sur le poêle chauffait le meilleur thé. Le meilleur thé, c’était quand s’ajoutaient à l’indiquons du lait et du sel, ainsi qu’une bouillie de farine très grasse. Et ce thé était le résultat d’un travail collectif, car au passage chacune des femmes qui s’étaient confortablement installées entre la porte et le fourneau se rendait utile à sa façon. L’odeur de graisse et de farine chaudes ne faisait qu’augmenter ma curiosité du petit monde, curiosité qui venait du désir d’apprendre enfin quelle était cette personne à la tête d’homme et à la voix de femme. Les enfants n’avaient pas le droit d’entrer comme les adultes dans la yourte, ni même de rester sur le pas de la porte, ils faisaient les cent pas devant l’entrée en jetant des regards furtif et scrutateurs à l’intérieur. Ils en étaient presque malheureux.

mai 142010
 

L’ombre de ce que nous avons été
[La sombra de lo que fuimos]
Luis Sepúlveda
Métailié
9782864247104
Paru en 2010.

Trois sexagénaires, anciens membres d’un groupuscule anarchiste, se réunissent à leur retour au Chili après vingt ans d’absence. Ils attendent « l’Ombre » pour participer à une action révolutionnaire, mais celui-ci n’arrivera jamais, stoppé net par un coup du hasard.

L’ombre de ce que nous avons été est un livre plein d’humour, sur fond d’histoire chilienne, que je vous conseille d’ailleurs sérieusement de réviser avant de commencer le livre. Les personnages sont attachants et très humains dans leurs faiblesses.

Une histoire qui vous mettra le sourire aux lèvres.

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Ils avaient fini le vin, payé et pris un taxi pour se rendre à la succursale Matadero de la Banque du Chili.

Ce fut la première attaque de banque dans l’histoire de Santiago. D’après les témoins, les quatre hommes étaient entrés à visage découvert, avaient fermé l’unique porte, sorti leurs armes et Durruti, d’une voix rappelant plutôt celle d’un acteur de feuilleton radiophonique, avait dit : “C’est un hold-up mais nous ne sommes pas des voleurs, les capitalistes s’unissent pour exploiter le peuple dans tous les pays du monde, il est donc juste de les attaquer là où ils s’y attendent le moins. L’argent que nous allons emporter rendra possible le bonheur des damnés de la terre. Salut et anarchie !”

avr 192010
 

Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler
[Historia de una gaviota y del gato que le enseñó a volar]
Luis Sepúlveda
Métailié
9782864244905
Paru en 2004.

Avant de mourir, une mouette fait promettre à un chat qu’il protègera l’œuf qu’elle va pondre, le poussin qui va en sortir, et qu’il lui apprendra à voler. Zorba le chat embauche alors tous les chats du port de Hambourg pour l’aider dans sa tâche.

Un très, très beau conte initiatique, à mettre entre toutes les mains. C’est très court à lire, et ça vous met le sourire aux lèvres pour la semaine !

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Le soir du vingtième jour Zorbas somnolait et ne s’aperçut pas que l’œuf bougeait, légèrement, mais il bougeait, comme s’il voulait se mettre à rouler par terre.

Un chatouillement sur le ventre le réveilla. Il ouvrit les yeux et ne put s’empêcher de sauter en voyant que par une fente de l’œuf apparaissait et disparaissait une petite pointe jaune.

Zorbas prit l’œuf entre ses pattes de devant et vit comment le poussin donnait des coups de bec pour faire un trou par lequel sortir sa petite tête blanche et humide.

— Maman ! cria le poussin de mouette.

Zorbas ne sut que répondre. Il savait qu’il était noir mais il crut que la chaleur de l’émotion le transformait en un chat violet.

nov 242009
 

La Convocation
[Heute wär ich mir lieber nicht begegnet]
Herta Müller
Métailié
9782864247425
Paru en 2001.

Dans la Roumanie des années 80, une femme, ouvrière dans une usine de vêtement destinés à l’exportation dans les pays de l’Ouest, a placé dans les poches de costumes des papiers disant « Épousez-moi » et donnant son nom et son adresse. Comme on peut s’y attendre, elle a été prise, et depuis est convoquée à la Securitate.

La Convocation est le récit du trajet de la narratrice jusqu’à l’immeuble de la Securitate. Il est entrecoupé de retours en arrière sur sa vie, ses deux maris, ses amis, ses choix.

Le sujet était vraiment intéressant, d’autant que de tous les pays de l’ex-bloc communiste, la Roumanie est un de ceux que je connais le moins bien, avec quelques passages hallucinants, comme celui où le conducteur du tram s’arrête le temps d’aller se chercher des bretzels, alors que le tram est plein de voyageurs.

Mon seul problème avec ce livre, et malheureusement, ça m’a rendu la lecture difficile, c’est le style d’Herta Müller : elle écrit en petites phrases hachées, avec peu de subordonnées, un peu comme Hemingway, et c’est un style que je n’aime pas du tout. Dommage !

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Depuis trois heures du matin, j’essaie de capter le tic-tac du réveil : con-vo-ca-tion, con-vo-ca-tion, con-vo-ca-tion… Dans son sommeil, Paul se met en travers du lit puis recule en sursaut, si vite que lui-même prend peur sans se réveiller. C’est une habitude. Pour moi, fini le sommeil. Je reste couchée toute éveillée, je sais que je devrais fermer les yeux pour me rendormir mais ne les ferme pas. J’ai assez souvent désappris le sommeil et dû réapprendre comment il arrive. Il arrive soit très facilement, soit pas du tout. Vers le matin tout dort, même les chats et les chiens ne rôdent que la moitié de la nuit autour des poubelles. Quand on sait que de toute façon on ne pourra pas dormir, mieux vaut dans la chambre sombre, plutôt que de fermer les yeux en vain, penser à quelque chose de clair. À de la neige, à des troncs d’arbre chaulés, à des chambres blanches, à beaucoup de sable : voilà à quoi j’ai passé mon temps, plus souvent que je ne l’aurais voulu, jusqu’au lever du jour. Ce matin, j’aurais pu penser à des tournesols, et c’est effectivement ce que j’ai fait, mais sans pouvoir oublier pour autant que j’étais convoquée à dix heures précises. Depuis que le réveil, en guise de tic-tac, dit con-vo-ca-tion, con-vo-ca-tion, con-vo-ca-tion, je n’ai pu m’empêcher de penser au commandant Albu, avant même de songer à Paul et à moi. Aujourd’hui, quand Paul a sursauté, j’étais déjà réveillée. Dès que la fenêtre était devenue grise, j’avais vu au plafond la bouche d’Albu en très grand, le bout de sa langue rose qui pointait derrière sa denture inférieure, et entendu sa voix narquoise :

Pourquoi être à bouts de nerfs, nous ne faisons que commencer.