août 072009
 

La Vaine Attente
[The Wasted Vigil]
Nadeem Aslam
Seuil
9782020964807
Parution prévue pour le 20 août 2009.

Destins croisés dans l’Afghanistan d’aujourd’hui : un vieux médecin anglais recherche le petit-fils qu’il n’a jamais vu ; un ancien espion américain recherche ce même garçon, qu’il avait informellement adopté quand il était tombé amoureux de sa mère ; une veuve russe recherche son frère, déserteur de l’armée soviétique ; un jeune garçon endoctriné par les talibans prépare un attentat…

Nadeem Aslam manie les différents points de vue avec brio, de l’Américain anti-communiste au jeune musulman fanatique, en donnant au lecteur un aperçu de ce qui motive des personnages qui sont parfois à l’opposé de notre expérience personnelle.

Mais ce qui fait vraiment la force de ce roman, c’est l’écriture subtile d’Aslam, qui ne nous assomme jamais avec des révélations, mais se contente au contraire d’insérer les indices dans l’intrigue et laisse le lecteur tirer ses propres conclusions. À ne surtout pas lire en se déconnectant le cerveau, donc, au risque de passer à côté de tout l’impact émotionnel du roman.

Caveat lector, Aslam décrit l’Afghanistan dans toute sa beauté, mais aussi dans toute sa violence, et certains passages sont particulièrement durs dans leur implication.

Je n’ai pas encore lu beaucoup de livres de la rentrée littéraire, mais celui-ci est sans hésiter un de mes coups de cœur, et probablement un des meilleurs livres de cette année.

Lire un court extrait »

Son esprit est une demeure hantée.

La femme qui se nomme Lara lève les yeux, croyant avoir entendu un bruit. Repliant la lettre qu’elle vient de relire, elle s’approche de la fenêtre qui surplombe le jardin. Dehors, l’aube emplit le ciel de lumière, même si quelques étoiles sont encore visibles.

Au bout d’un moment, elle se détourne et se dirige vers le mirroir circulaire appuyé contre le mur du fond. L’apportant jusqu’au centre de la pièce, elle le pose dos contre le sol, doucement, sans un bruit, par égard pour son hôte qui dort dans une pièce voisine. Indifférente à l’image qu’il lui renvoie d’elle-même, elle s’attarde sur le reflet du plafond qu’elle y voit dans la lumière pâle de l’avant-jour.

Le mirroir est grand : à supposer que le verre soit de l’eau, elle pourrait plonger et disparaître sans en toucher les bords. Sur le vaste plafond, il y a des centaines de livres, chacun maintenu en place parun clou qui le transperce de part en part. Une pointe de fer enfoncée dans les pages de l’Histoire, dans celles de l’amour, celles du sacré. À genoux sur le sol poussiéreux à côté du mirroir, elle essaie de déchiffrer les titres. Les mots sont inversés, mais la tâche se révèle plus facile que si elle restait des minutes entières la tête renversée à regarder le plafond.