déc 312010
 

Récit de Lune
[Yue Yin]
Guo Songfen
Zulma
9782843044304
Paru en 2007.

Tiemin revient de la guerre atteint de tuberculose. Pendant deux ans, son épouse dévouée va le soigner, et c’est son rétablissement qui les séparera.

Un texte court assez étrange, dont la forme assez onirique et poétique contraste avec le fond très politique. La fin était complètement inattendue.

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Vers la fin de la guerre, Tiemin, mis en congé par la soixante-troisième armée, rentra chez lui sur un brancard.

Aussi la mère de Wenhui douta-t-elle quelque peu de l’opportunité du mariage des jeunes gen. Wenhui, pourtant, ne pouvait déjà plus contenir sa joie, elle bondissait d’allégresse dès qu’il était question de Tiemin.

De retour à Taipei de la campagne où elle avait été évacuée, elle avait à nouveau revêtu l’uniforme d’élève du lycée de filles Numéro Trois.

Dans ses instants de solitude, elle se regardait dans le miroir, les yeux vides, perdue dans de douces rêveries dont elle ne pouvait s’arracher avant un long moment. Lorsque sa mère l’appelait, c’était comme si elle s’éveillait d’un songe. Elle s’éloignait du miroir à regret, s’emparait du panier à provisions pour se rendre au marché et, solitaire et rêveuse, déambulait dans les rues en imaginant sa vie future de femme mariée. Si elle avait manqué d’entrain au plus fort de la guerre, elle était animée à présent des pensées les plus gaies. Elle avait retrouvé son petit pas rapide qui faisait naître un souffle d’air dans son sillage.

août 222010
 

Rosa candida
[Afleggjarinn]
Auður Ava Ólafsdóttir
Zulma
9782843045219
Paru en août 2010.

Arnljótur quitte son Islande natale pour remettre en état une célèbre roseraie. Il va bientôt être rejoint par Anna, avec qui il avait eu une aventure d’une nuit, et Flóra Sól, leur petite fille.

Attention, coup de cœur ! Rosa candida est un conte initiatique magnifique, dont le narrateur est un jeune homme attachant qui se cherche et finit par se trouver auprès des conseils de frère Thomas et de l’amour de sa petite fille.

Il se dégage de ce livre une atmosphère de sérénité ; on en ressort rafraîchi et réconcilié avec l’univers.

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« Vous êtes sûr de pouvoir vous débrouiller ? », demandent les hôtesses, tandis que j’essaie de quitter l’avion en position verticale. « Vous êtes très pâle. »

Au moment où je sors de la carlingue, l’une des hôtesses me touche l’épaule et dit :

« On a essayé d’élucider la nature exacte de ce qu’il y avait à manger. Deux hôtesses y ont goûté, mais elles ne sont pas tout à fait sûres. Sorry. Mais c’est definitely soit du poisson pané fourré au fromage blanc, soit du poulet pané fourré au fromage blanc. »

Un employé de l’aéroport écrit une adresses sur un bout de papier et je tiens la feuille chiffonnée dans ma paume moite. Je me trouve dans une ville où je ne suis jamais venu. C’est ma première étape à l’étranger et je suis assis tout en boule à l’arrière d’un taxi. Le sac à dos est à côté de moi et des pousses vertes dépassent de l’emballage de journaux dans la poche extérieure. En y repensant, je ne suis pas sûr d’avoir été seul dans le taxi ; il n’est pas exclu que la femme au pull jaune à col roulé m’ait accompagné jusqu’au bout.

juin 072010
 

L’Écharde
Paul Wenz
Zulma
9782843045011
Paru en 2010.

Dans un ranch australien occupé exclusivement par des hommes, une femme s’installe. L’amour exclusif et destructeur qu’elle porte à son patron va changer cet environnement paradisiaque pour toujours.

Un petit bijou exhumé par les éditions Zulma, publié à l’origine dans les années 30 par un Français émigré en Australie. Un texte très moderne par certains côtés, notamment la réflexion écologique, même s’il accuse parfois les défauts de son âge : les aborigènes n’occupent que trois paragraphes, mais ceux-ci sont plutôt racistes, et l’utilisation de mots anglais pour faire couleur locale est un procédé qui a plutôt vieilli.

Un très beau texte à lire.

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Ce ne fut que lorsque Sam se fut installé dans le troisième fauteuil, et eut disparu derrière un journal vieux de deux semaines, que le boss dit sans lâcher sa pipe : « Ah Sin s’en va ; Jack, le cuisinier des hommes, le remplacera pour le moment. Je vais écrire à Adélaïde qu’on nous envoie une housekeeper qui se chargera de la maison : le vieux Chinois commence à négliger le ménage ; nos matelas ont la mollesse et l’épaisseur d’un linoléum, nos chaussettes ne vont plus par paires, tant elles ont besoin de reprises. Nous sommes de vieux garçons, c’est convenu, pas difficiles et pas du tout grognons ; mais il ne faudrait pas non plus accepter trop vite tous les renoncements de la vie simple. »

Tom, le manager, et Sam reçurent cette nouvelle derrière un barrage de fumée, sans doute pour mieux cacher leur surprise. Une femme dans la maison ! Cela ne s’était pas vu depuis des années, depuis que John Iredale avait pris à la station la succession de son père. Tom songeait qu’on dormait très bien sur des matelas minces, et Sam aurait préféré acheter deux paires de chaussettes par semaine plutôt que d’avoir une gouvernante dans la maison.

déc 282009
 

Brève histoire des fesses
Jean-Luc Hennig
Zulma
9782843044946
Paru en novembre 2009.

Une série de courts essais sur les fesses vues sous des angles différents.

J’ai adoré le mélange de paillardise et d’érudition, qui fait que Hennig passe sans complexe de la sculpture à la peinture à la littérature, en balayant toutes les époques. Le tout étant raconté sur un ton pince-sans-rire qui fait tout le sel du livre. À lire absolument !

Mon seul regret est que le livre n’est pas illustré, parce que j’aurais adoré que fussent mises en regard les peintures et sculptures dont parle Hennig.

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Quoi qu’on dise, la fesse n’a pas grande activité dans la vie. Elle n’entraîne pas outre mesure l’usage du verbe transitif. La fesse veut seulement le verbe pronominal ou intransitif. Elle ne veut d’ailleurs rien du tout. Elle n’a pas grande existence en tant que sujet. On le trouve plutôt décrite dans sa modalité d’être, si l’on ose dire. On en parle plus volontiers à propos de ses formes, de son mouvement, de ses métamorphoses. Bref, la fesse n’a guère qu’un accessoire indispensable, c’est l’épithète. Laquelle, à vrai dire, ne change rien à la fesse. La fesse est là, l’épithète la nuance. Elle la sculpte, la poétise, voilà tout. On comprend, dans ces conditions, que la fesse requiert surtout l’extase, l’adoration, l’extrême-amour ou, à l’inverse, l’ironie vengeresse et la vacherie. Et qu’elle se soit naturellement accordée à un genre littéraire qui fit fureur aux alentours de 1535 : le blason érotique.