mar 182011
 

Casanova
Maxime Rovere
Gallimard
9782070300846
Paru en 2011.

Vivante, claire, et visiblement écrite par un passionné, cette biographie de Casanova est excellente, fondée sur une véritable analyse littéraire, qui montre à quel point les talents de conteur de Casanova ont autant d’importance que les faits qu’il décrit.

Je n’ai que deux caveat : Maxime Rovere nous présente certaines hypothèses comme s’il s’agissait de faits prouvés (l’identité d’Henriette, par exemple) ; et une iconographie plus complète eut été bienvenue.

Néanmoins, cette biographie a le mérite de réveiller mon envie de lire l’original de l’Histoire de ma vie, dont le manuscrit a été récemment acquis par la Bibliothèque nationale.

Lire un court extrait »

Il est temps de dépouiller Casanova de ses attributs de surmâle. Il n’aurait jamais accepté qu’on fasse de lui un séducteur, parce qu’il a travaillé toute sa vie à redéfinir en profondeur les rapports entre les humains — les hommes, les femmes, les puissant(e)s, les pauvres, les savant(e)s, les escrocs, les crédules. c’est ainsi qu’il s’est fait, en amour comme ailleurs, le chantre d’une liberté nouvelle, complexe, qui prend en compte les hésitations du désir, les remords de la conscience et les contraintes sociales, pour en faire les règles d’un jeu d’autant plus jouissif qu’il est plus complexe. Son mot d’ordre n’est pas jouissez sans entraves ; c’est jouez de vos limites.

mar 082010
 

Comment devenir un brillant écrivain : Alors que rien (mais rien) ne vous y prédispose
Aloysus Chabossot
Milan
9782745930583
Paru en 2008.

Aloysius Chabossot donne des conseils aux écrivains en puissance, aussi bien sur l’écriture elle-même que sur le processus de publication.

Dans un marché pour le moins saturé, celui des livres sur l’écriture et l’édition, le livre d’Aloysius Chabossot s’impose comme un guide généraliste qui, s’il est moins pointu que bon nombre des ouvrages disponibles sur le sujet, a l’avantage d’un ton humoristique, à rapprocher de la collection Pour les nuls, mais en plus irrévérent.

Chabossot à le sens de la formule, et certaines m’ont fait hurler de rire. À recommander même à ceux qui n’ont aucune velléité d’écriture.

Lire un court extrait »

Aussi surprenant que cela puisse paraître, il semblerait que l’on puisse décider d’écrire un best-seller. Sinon comment expliquer que certains romans soient ornés le jour de leur sortie en librairie d’un bandeau annonçant avec ostentation : « Le dernier best-seller de… » ?

Fort de ce constat, vous avez donc choisi d’écrire un best-seller (financièrement on vous comprend), mais vous ne savez pas trop comment procéder pour réussir votre coup.

Qu’à cela ne tienne, nous allons vous donner un coup de main. Et pour tenter d’y voir plus clair, nous allons faire appel à un maître incontesté du genre : Marc Levy.

Bon…

Il faut tout de même reconnaître que le cas Marc Levy est une véritable énigme. Prenons son premier roman Et si c’était vrai ? Qu’avons nous ? Une histoire qui reproduit sans vergogne tous les postulats du film Ghost, sorti en 1990, servie par une écriture d’une platitude extrême, traversée çà et là par d’effarantes stridences stylistiques (voir ci-dessous). Ce roman s’est pourtant vendu à des millions d’exemplaires de par le monde. Devant cette aberration, nous ne pouvons que lever les bras vers le ciel en hurlant : « Pourquoi ? Mais pourquoi ? »

déc 302009
 

D’autres couleurs
[Öteki Rentler]
Orhan Pamuk
Gallimard
9782070786602
Paru en octobre 2009.

Un bric-à-brac d’essais, de préfaces, d’articles, de discours, où Orhan Pamuk nous parle de sa famille, des livres et de la Turquie.

J’adore l’écriture d’Orhan Pamuk, même si elle n’est pas forcément des plus faciles à lire, et certains des essais de ce livre sont des petits bijoux. Je pense notamment à celui où il décrit une promenade à la plage avec sa fille, ou les deux où il parle des mouettes.

N’ayant lu qu’un livre de Pamuk jusqu’ici, j’ai quand même suivi facilement quand il parle de ses autres livres, et ceux sur Mon nom est Rouge, notamment, m’ont donné envie de le lire. Cela dit, D’autres couleurs n’est probablement pas une bonne introduction à Pamuk pour ceux qui ne l’ont jamais lu.

Lire un court extrait »

Beaucoup plus tard, lorsque tout cela ne fut plus que du passé, la colère teintée de jalousie que j’éprouvais envers ce père feu follet, qui jamais ne m’avait écrasé ni blessé, se mua peu à peu en une acceptation résignée de l’incontestable ressemblance qui existait entre nous. Désormais, quand je maugrée contre un imbécile, quand je fais une remarque au serveur dans un restaurant, quand je me ronge la lèvre inférieure, quand je relègue dans un coin certains livres sans les terminer, quand j’embrasse ma fille, quand je sors de l’argent de ma poche, quand je salue quelqu’un d’une joyeuse plaisanterie, je me surprends à l’imiter. Ce n’est pas parce que mes mains, mes bras, mes jambes ou le grain de beauté sur mon dos ressemblent aux siens. Cela provient de quelque chose qui me fait peur — qui me terrifie — et me rappelle le terrible désir que j’avais, enfant, de lui ressembler : la mort de chaque homme commence avec celle de son père.

déc 282009
 

Brève histoire des fesses
Jean-Luc Hennig
Zulma
9782843044946
Paru en novembre 2009.

Une série de courts essais sur les fesses vues sous des angles différents.

J’ai adoré le mélange de paillardise et d’érudition, qui fait que Hennig passe sans complexe de la sculpture à la peinture à la littérature, en balayant toutes les époques. Le tout étant raconté sur un ton pince-sans-rire qui fait tout le sel du livre. À lire absolument !

Mon seul regret est que le livre n’est pas illustré, parce que j’aurais adoré que fussent mises en regard les peintures et sculptures dont parle Hennig.

Lire un court extrait »

Quoi qu’on dise, la fesse n’a pas grande activité dans la vie. Elle n’entraîne pas outre mesure l’usage du verbe transitif. La fesse veut seulement le verbe pronominal ou intransitif. Elle ne veut d’ailleurs rien du tout. Elle n’a pas grande existence en tant que sujet. On le trouve plutôt décrite dans sa modalité d’être, si l’on ose dire. On en parle plus volontiers à propos de ses formes, de son mouvement, de ses métamorphoses. Bref, la fesse n’a guère qu’un accessoire indispensable, c’est l’épithète. Laquelle, à vrai dire, ne change rien à la fesse. La fesse est là, l’épithète la nuance. Elle la sculpte, la poétise, voilà tout. On comprend, dans ces conditions, que la fesse requiert surtout l’extase, l’adoration, l’extrême-amour ou, à l’inverse, l’ironie vengeresse et la vacherie. Et qu’elle se soit naturellement accordée à un genre littéraire qui fit fureur aux alentours de 1535 : le blason érotique.