août 052011
 

La Question finkler
[The Finkler Question]
Howard Jacobson
Calmann-Levy
9782702142479
À paraître en septembre 2011.

Julian Treslove, loser and goy, est aggressé, volé et insulté. Il n’est pas complètement sûr de ce qu’il a entendu, mais il lui semble bien qu’on l’a traité de youpin. En fait, plus il y pense et plus il en est sûr. Se pourrait-il que son aggresseur ait vu en lui une judaïté dont il n’avait pas conscience ? Treslove se passionne pour sa nouvelle religion…

Grosse déception. Je m’attendais à beaucoup aimer ce livre, après avoir rencontré et apprécié l’auteur, mais après quatre jours à procrastiner pour ne pas le rouvrir, j’ai dû me rendre à l’évidence et je l’ai abandonné. Je n’ai pas vraiment accroché à l’humour du livre, même si certaines réflexions étaient plutôt fines et amusantes. Le sujet ferait un très bon sketch d’humoriste ; je ne suis pas sûre qu’il y ait suffisamment de matière pour un livre.

Lire un court extrait »

En réalité, les gens qui voient venir onnt une notion erronée du temps. Toutes les horloges de Treslove déraillaient. À peine apercevait-il une femme qu’il devinait la suite : la demande en mariage — acceptée —, le foyer qu’ils fondaient, les opulentes tentures de soie où filtrait une lumière mauve, les draps qui bouillonnaient comme des nuages, le ruban de fumée odorante s’échappant de la cheminée — évidemment toute fendillée —, le motif des tuiles pourpres, les pignons et les mansardes, son bonheur, son avenir. Tout cela l’écrabouillait dès le premier regard.

Elle ne le quittait pas pour un autre homme, elle ne se lassait pas de lui et de leur vie commune, elle trépassait, incarnation parfaite d’un rêve d’amour tragique, dévorée de consomption, l’œil humide, en lui lançant en guise d’adieu une phrase piquée à un opéra italien bien connu.

Il n’y avait pas d’enfants. Les enfants, cela gâchait l’histoire.

Entre les réverbères sournois et les chutes d’objet, Treslove se surprenait parfois à répéter les dernières paroles qu’il prononcerait — également empruntées à des opéras italiens bien connus — comme si les cordes du temps s’étaient rétractées en lui broyant le cœur et qu’elle était morte avant de l’avoir rencontré.

Pour lui, il y avait quelque chose d’exquis à la perspective d’étreindre une femme aimée qui rend son dernier soupir. Parfois, il s’imaginait mourir dans ses bras, mais c’était mieux quand elle expirait dans les siens. C’est ainsi qu’il avait la certitude d’être amoureux : aucun pressentiment de trépas ni de demande en mariage ne venait l’effleurer.

Telle était la poésie de son existence. Dans la réalité, les femmes le plaquaient en l’accusant d’étouffer leur créativité.

juin 262011
 

Le Collectionneur de mondes
[Der Weltensammler]
Ilija Trojanow
Buchet-Chastel
9782283022795
Paru en 2008.

Richard Burton, aventurier passionné d’Orient qui fut le premier à traduire Les Mille et une nuits en anglais est raconté par son serviteur.

Le sujet m’intéressait beaucoup, mais j’ai tellement peu accroché à la prose d’Ilija Trojanow que j’ai rapidement laissé tomber. J’essaierai peut-être la biographie de Richard Francis Burton by Fawn Brodie parue récemment.

Lire un court extrait »

Les yeux de l’homme riaient de contentement. Les passagers les plus aisés furent appelés à débarquer ; la chaloupe attendait, l’Inde n’était plus qu’à quelques coups de rames. Burton aida l’une des dames éblouies à descendre les échelons. Lorsqu’elle fut bien assise, les mains sur les genoux, il se retourna. Il vit l’homme à la chevelure et à la barbe blanches debout sur le pont, raide, les jambes très écartées, les bras dans le dos. Il roulait de gros yeux derrière d’épais verres de lunettes. Allez, allez donc ! Mais prenez garde à vos bagages. Ce n’est pas la Grande-Bretagne, ici. Vous entrez en pays ennemi ! Et son rire s’envola tandis que la chaloupe descendait vers la mer dans des grincements de corde.

mai 082011
 

Le Cimetière de Prague
[Il Cimitero di Praga]
Umberto Eco
Grasset
9782246783893
Paru en mars 2011.

J’ai essayé, mais je n’ai pas réussi à le finir. Chaque fois que je le posais, je luttais pour le reprendre, et j’ai décidé de passer à autre chose. Le narrateur est xénophobe, antisémite, misogyne, misanthrope, etc. Même si je trouve la controverse lancée par les journaux italiens ridicules (c’est la base de la narratologie : l’auteur n’est pas le narrateur et vice-versa), et je n’accuse donc pas Eco d’antisémitisme, je n’ai tout simplement pas envie de me plonger dans cette mentalité-là.

Lire un court extrait »

Depuis que ce Gobineau a écrit sur l’inégalité des races, on a l’impression que si quelqu’un médit d’un autre peuple c’est parce qu’il juge le sien supérieur. Moi je n’ai pas de préjugés. Depuis que je suis devenu français (et je l’étais déjà à moitié du côté de ma mère), j’ai compris combien mes nouveaux compatriotes étaient paresseux, arnaqueurs, rancuniers, jaloux, orgueilleux sans bornes au point de penser que celui qui n’est pas français est un sauvage, incapables d’accepter des reproches. Cependant, j’ai compris que pour amener un Français à reconnaître une tare dans son engeance, il suffit de lui dire du mal d’un autre peuple, comme par exemple « nous, les Polonais, nous avons ce défaut ou cet autre défaut » et, puisqu’ils ne veulent être à nul autre seconds, fût-ce dans le mal, aussitôt ils réagissent avec un « oh non, ici, en France, nous sommes pires », et allez zou de déblatérer contre les Français, jusqu’au moment où ils se rendent compte que tu les as pris au piège.

déc 292010
 

La Bascule du souffle
[Atemschaukel]
Herta Müller
Gallimard
9782070128839
Paru en 2010.

Un jeune Roumain de langue allemande est envoyé en camp en Russie.

Décidément, je n’arrive pas à accrocher au style de Herta Müller. J’ai abandonné celui-ci très rapidement, donc je ne peux pas donner une opinion.

Lire un court extrait »

Tout ce que j’ai, je le porte sur moi.

Ou plutôt, tout ce qui m’appartient, je l’emporte avec moi.

J’ai emporté tout ce que j’avais. Des affaires qui n’étaient pas les miennes. Elles étaient soit détournées de leur fonction, soit à quelqu’un d’autre. La valise en peau de porc était une caisse de phonographe. Le pardessus était celui de mon père. Le manteau de ville au col en velours venait de mon grand-père, le pantalon bouffant de l’oncle Edwin. Les bandes molletières venaient du voisin, M. Carp, et les gants de laine verts de ma tante Fine. Seuls l’écharpe en soie bordeaux et le nécessaire de toilette, mes cadeaux du dernier Noël, étaient à moi.

mai 112010
 

L’Énigme de Qaf
[O enigma de Qaf]
Alberto Mussa
Anacharsis
9782914777605
Paru en 2010.

Seuls sept poèmes sont accrochés à la grande Pierre Noire de la Mecque. Selon Alberto Mussa, il y en aurait un huitième.

Encore un livre abandonné en route. Il n’est pas forcément inintéressant, mais j’avais beaucoup de mal à rentrer dedans chaque fois que je le reprenais, donc j’ai préféré passer à autre chose. J’y reviendrai peut-être plus tard.

Lire un court extrait »

Les yeux des fils de Ghurab ne me regardèrent pas avec bienveillance lorsque je descendis de chamelle, secouai la poussière qui obscurcissait ma tunique blanche et demandai l’hospitalité du désert. Les femmes sortirent de derrière les rideaux de poils tressés qui délimitaient le harem, abaissant leur voile sur le visage comme des gazelles qui fuiraient le lion. Les hommes ne bougèrent pas de leurs nattes.

– Levez-vous, Arabes ! Je suis al-Ghatash, de la tribu des Labwa. Voilà onze jours que, seul, je suis les traces de cet animal.