sept 242011
 

Le Palais de mémoire
Élise Fontenaille
Calmann-Lévy
9782702142431
Paru en 2011.

1720 à Pékin. Un Jésuite enseigne l’ars memoriae à un jeune prince mandchou, et s’éprend de son élève.

Le Palais de mémoire se lit comme une enfilade de clichés sur la Chine du XVIIIe siècle, à peine plus évolués que ceux que l’on peut trouver dans la littérature de l’époque. Le dîner avec Dame Zhou, notamment, joue sur de vieux préjugés racistes sans même avoir l’« excuse » du second degré ou de la critique.

Au vu des défauts précédents, les anachronismes ne sont que la cerise sur le gâteau, mais franchement, un Jésuite du début du XVIIIe qui cite Nerval, Beaumarchais et Marx ?!

Grosse déception.

[Pas d'extrait pour celui-ci, parce que j'ai oublié d'en recopier un avant de rendre ma copie. Désolée !]

juil 102011
 

Les Lunettes de Heidegger
[Heidegger's Glasses]
Thaisa Frank
Michel Lafon
9782749914015
Paru en 2011.

Un groupe de Juifs polyglottes est chargé par Goebbels de répondre aux dernières lettres de ceux envoyés dans les camps. Mais une lettre adressée par le philosophe Martin Heidegger à Asher Englehardt, son optométriste juif, sème la zizanie.

J’ai lu ce livre jusqu’au bout, mais je ne l’ai pas du tout aimé. Le style est bourré de clichés et l’intrigue extrêmement confuse, confinant au ridicule.

Les prémices étaient prometteuses, mais l’exécution n’est pas à la hauteur. Dommage.

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Ces missives faisaient partie intégrante de la Briefaktion (l’Opération Courrier), où l’on obligeait les prisonniers à écrire à leurs familles en vantant les conditions de vie dans les camps et les ghettos. Les lettres étaient transmises à l’Association des juifs à Berlin, afin que nul ne connaisse leur provenance.

Le but consistait à camoufler le fait que la plupart de ces personnes allaient être tuées, et à encourager les parents à se présenter de leur plein gré aux camps. Toutefois, l’acheminement du courrier fonctionnait mal et de nombreuses familles avaient été déportées, après avoir elles-mêmes été forcées d’écrire des lettres. Si bien que des milliers de missives furent réexpédiées à Berlin.

Himmler avait interdit de les brûler, car il croyait en des forces surnaturelles vengeresses. Selon lui, si les défunts savaient que leurs lettres étaient détruites, ils harcèleraient les médiums pour obtenir des réponses… et la Solution finale finirait par être exposée au grand jour. Goebbels, qui exécrait les sciences occultes, refusait de brûler le courrier pour une raison différente. Il souhaitait qu’on réponde à chaque lettre en vue de conserver des archives, lesquelles éviteraient toute controverse après la guerre. Afin de donner un caractère authentique à l’entreprise, il décida que chaque réponse serait rédigée dans la langue d’origine. D’où la devise du Cantonnement : « Répondre tel quel. » Les SS visitèrent les camps de déportés, afin d’y dénicher les meilleurs polyglottes et les gens les plus instruits pour en faire des scribes.

fév 192011
 

Cap Horn Elle
Florence Lautrédou
Books on Demand
9782810611423
Paru en 2010.

Une maison de pêcheurs bretonne raconte le couple qui s’installe dans ses murs.

L’idée de départ est originale et aurait pu donner un résultat intéressant mais l’exécution est ratée. On tombe très vite dans des réflexions pseudo-philosophiques et dans la psychologie de comptoir.

De plus, il y a pléthore de coquilles et la mise en page est désastreuse. À éviter.

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Moi, Cap Horn, c’est ce que j’ai envie de raconter. Il est temps. Je suis là depuis trois cent ans sur mon coin de côte. Trois siècles d’histoire. Je l’ai répétée.Je l’ai perpétuée de génération en génération. Un jour j’ai décidé de changer le scénario.Bel effort de mobilité pour un amas de pierre et de béton fiché sur une falaise, n’est-ce pas ?

Par chance j’ai été servi par mes personnages. De vrais bons acteurs. Qu’ils soient remerciés, au sens propre comme au figuré.

A une exception près.

oct 312010
 

Berceuse pour un pendu
[Kołysanka dla wisielca]
Hubert Klimko
Belfond
9782714445278
Paru en septembre 2010.

Un hommage à Szymon Kuran, un violoniste polonais qui a vécu en Islande jusqu’à sa mort, et souffrait de trouble bipolaire.

La troisième partie du roman est pleine de poésie et absolument magnifique. Malheureusement le début l’est beaucoup moins, entaché de racisme, d’homophobie et de misogynie ordinaires. Ça pourrait passer dans un roman plus long, mais quand sur 150 pages, pas loin d’un tiers contiennent des « tantes », « pédales », et autres « barbares aux yeux bridées », il arrive un moment où c’est juste trop.

Dommage.

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L’homme qui ressemblait à Korczak, Maximilien Kolbe et Gandhi et portait des lunettes susceptibles, par beau temps, de mettre le feu à un champ de blé ou à une grange s’est présenté. Je suis Szymon Kuran. Enchanté, ai-je répondu. Non, c’est moi qui suis enchanté, a-t-il rétorqué, toi, tu as seulement l’impression de l’être. Il devait avoir raison, il était sans doute enchanté, alors que moi je ne faisais qu’exprimer une impression par une formule toute faite. C’est ce qu’on appelle la bonne éducation. Un mélange d’interdits et d’accommodements climatiques. Szymon mangeait son hot-dog, j’ai voulu lui poser une question, mais Boro s’est interposé. Alors, cette histoire de graviers, a-t-il zézayé. Ce n’est pas bien compliqué, ai-je répondu. Il faut que tu fasses comme les poules ou les autruches, elles n’ont pas de dents non plus, et pour bien digérer elles avalent de tout petits cailloux qui broient les aliments à la place des dents. Abasourdi par le raccourci intellectuel et cette histoire sans queue ni tête, Szymon a écouté mon bref exposé gastrologique, a posé l’emballage de son hot-dog sur la table et s’est mis à rire doucement. Boro et moi poursuivions une conversation entamée le mois précédent à propos de l’achat d’un dentier ou d’un petit sac de graviers. Voyant la réaction de Szymon, Boro a conclu sa phrase comme de coutume. À l’anglaise et laconiquement. « Fuck you », a-t-il dit, puis il a enfourné le reste de son hot-dog en fanfaronnant. Comme il avait du mal à avaler l’énorme bouchée, il a bu quelques gorgées de flotte rapportée des toilettes dans un gobelet en carton et a répété : « Fuck you. »

sept 292010
 

Léa
[Lea]
Pascal Mercier
Libella – Maren Sell
9782355800115
Paru en août 2010.

Un homme confie à un étranger la passion dévorante et destructrice de sa fille pour le violon.

J’ai failli ne pas finir le livre tant je me suis ennuyée. L’intrigue était suffisamment convenue pour que la fin soit évidente dès le début.

Beaucoup de personnes m’avaient conseillé Train de nuit pour Lisbonne, mais après cet échec retentissant, je ne suis pas sûre de me laisser tenter.

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Loyola — ainsi l’appelions-nous plus tard, comme s’il s’agissait d’une vieille amie — jouait la Partita en mi majeur de Bach. À ce moment, je ne le savais pas ; jusqu’alors, je n’avais jamais pris la musique très au sérieux. Cécile m’avait bien trainé à quelques concerts, mais j’étais la parfaite caricature du spécialiste borné, un vrai béotien. Ce fut ma petite fille qui m’introduisit la première dans l’univers de la musique, et avec mon esprit aussi méthodique, aussi réglé qu’un métronome, mon esprit de scientifique, j’appris tout sur le sujet, sans savoir si j’aimais la musique qu’elle jouait parce qu’elle me faisait plaisir, ou seulement parce qu’elle semblait participer au bonheur de Léa. La Partita de Bach qu’elle devait jouer plus tard avec tant de brio et de profondeur, comme personne d’autre — uniquement à mes oreilles, je le sais —, je la connais aujourd’hui aussi bien que si je l’avais écrite moi-même. Si seulement je pouvais l’effacer de ma mémoire.