juin 262011
 

Le Collectionneur de mondes
[Der Weltensammler]
Ilija Trojanow
Buchet-Chastel
9782283022795
Paru en 2008.

Richard Burton, aventurier passionné d’Orient qui fut le premier à traduire Les Mille et une nuits en anglais est raconté par son serviteur.

Le sujet m’intéressait beaucoup, mais j’ai tellement peu accroché à la prose d’Ilija Trojanow que j’ai rapidement laissé tomber. J’essaierai peut-être la biographie de Richard Francis Burton by Fawn Brodie parue récemment.

Lire un court extrait »

Les yeux de l’homme riaient de contentement. Les passagers les plus aisés furent appelés à débarquer ; la chaloupe attendait, l’Inde n’était plus qu’à quelques coups de rames. Burton aida l’une des dames éblouies à descendre les échelons. Lorsqu’elle fut bien assise, les mains sur les genoux, il se retourna. Il vit l’homme à la chevelure et à la barbe blanches debout sur le pont, raide, les jambes très écartées, les bras dans le dos. Il roulait de gros yeux derrière d’épais verres de lunettes. Allez, allez donc ! Mais prenez garde à vos bagages. Ce n’est pas la Grande-Bretagne, ici. Vous entrez en pays ennemi ! Et son rire s’envola tandis que la chaloupe descendait vers la mer dans des grincements de corde.

déc 292010
 

La Bascule du souffle
[Atemschaukel]
Herta Müller
Gallimard
9782070128839
Paru en 2010.

Un jeune Roumain de langue allemande est envoyé en camp en Russie.

Décidément, je n’arrive pas à accrocher au style de Herta Müller. J’ai abandonné celui-ci très rapidement, donc je ne peux pas donner une opinion.

Lire un court extrait »

Tout ce que j’ai, je le porte sur moi.

Ou plutôt, tout ce qui m’appartient, je l’emporte avec moi.

J’ai emporté tout ce que j’avais. Des affaires qui n’étaient pas les miennes. Elles étaient soit détournées de leur fonction, soit à quelqu’un d’autre. La valise en peau de porc était une caisse de phonographe. Le pardessus était celui de mon père. Le manteau de ville au col en velours venait de mon grand-père, le pantalon bouffant de l’oncle Edwin. Les bandes molletières venaient du voisin, M. Carp, et les gants de laine verts de ma tante Fine. Seuls l’écharpe en soie bordeaux et le nécessaire de toilette, mes cadeaux du dernier Noël, étaient à moi.

oct 292010
 

Corpus Delicti : un procès
[Corpus Delicti: Ein Prozess]
Juli Zeh
Actes Sud
9782742792191
Paru en septembre 2010.

Dans une société où la maladie a été éradiquée, une jeune femme cherche à comprendre ce qui est arrivé à son frère.

Corpus Delicti commence de manière intéressante, avec une société qui n’est pas sans rappeler celle du Meilleur des mondes d’Huxley. Malheureusement, l’intrigue se confine souvent au cliché, et la fin est complètement téléphonée.

Décevant.

Lire un court extrait »

La Préface

La santé est un état de bien-être absolu de l’homme dans sa dimension physique, spirituelle et sociale. Elle ne saurait se réduire à l’absence de maladie.

La santé pourrait se définir comme le courant vital irriguant sans entraves toutes les parties du corps, les organes et les cellules ; comme un état d’harmonie physique et mentale ; comme le libre épanouissement du potentiel d’énergie biologique. Les rapports qu’un organisme sain entretient avec son environnement fonctionnent comme des rouages bien huilés. L’homme en bonne santé se sent plein d’énergie, frais et dispos. Parfaitement armé pour affronter l’existence, il possède un opti­misme inébranlable, une grande force intellectuelle et une stabilité psychique à toute épreuve.

La santé n’est pas un état figé, mais un rapport dynamique de l’homme à lui-même. La santé demande à être conservée et accrue chaque jour, durant des années et des décennies, jusqu’à l’âge le plus avancé. La santé n’est pas simple moyenne, elle est dépassement de la norme et performance individuelle extrême. Elle est volonté visible, expression dans la durée de la force de volonté. La santé conduit, par le perfectionnement de l’individu, à la perfection de la communauté sociale. La santé est le but du vouloir-vivre naturel et par conséquent le but naturel de la société, du droit et de la politique. Un homme qui n’aspire pas à la santé ne saurait tomber malade : il l’est déjà.

Extrait de la préface de l’ouvrage
de Heinrich Kramer,
La Santé comme principe de légitimation politique,
Berlin, Munich, Stuttgart, 25e éd.
juil 022010
 

La Mort à Venise
[Der Tod in Venedig]
Thomas Mann
Le Livre de Poche
9782253006459
Paru en 1997.

Au début du XXe siècle, un écrivain allemand vieillissant, en vacances à Venise, se prend de passion pour un jeune adolescent à la beauté d’un ange. Refusant de quitter la ville alors qu’elle est envahie par le choléra, il meurt.

Un de ces grands classiques de la littérature que j’avais envie de lire depuis longtemps, La Mort à Venise est truffé d’allusions philosophiques expliquées en d’interminables notes de bas de page. Comme je ne peux pas m’empêcher de les lire, elles ont entrecoupé une lecture qui n’était déjà pas facile, sans pour autant apporter des informations essentielles.

J’ai trouvé le texte franchement ennuyeux. J’essaierai peut-être un autre Thomas Mann dans le futur ; on m’a beaucoup recommandé La Montagne magique.

Lire un court extrait »

Les Polonais, des adolescents, étaient assis sous la surveillance d’une gouvernante autour d’une table de rotin. Le groupe se composait de trois jeunes filles de quinze à dix-sept ans et d’un garçon aux cheveux longs qui pouvait avoir quatorze ans. Celui-ci était d’une si parfaite beauté qu’Aschenbach en fut confondu. La pâleur, la grâce sévère de son visage encadré de boucles blondes comme le miel, son nez droit, une bouche aimable, une gravité charmante et quasi divine, tout cela faisait songer à la statuaire grecque de la grande époque, et malgré leur perfection formelle les traits avaient un charme si personnel, si unique, qu’Aschenbach ne se souvenait d’avoir vu ni dans la nature ni dans les beaux-arts une si parfaite réussite.

juin 212010
 

Le Liseur
[Der Vorleser]
Bernhard Schlink
Gallimard
9782070404582
Paru en 1999.

À l’age de 15 ans, Max devient l’amant d’une femme plus âgée que lui à qui il fait aussi la lecture. Un jour, elle disparaît sans prévenir. Des années plus tard, Max la retrouve sur le banc des accusés et découvre qu’elle était gardienne de camp pendant la guerre.

Le Liseur m’a laissé une impression de malaise, notamment parce que le lecteur est censé sympathiser avec les choix d’Hannah, les prendre en pitié, pour aussi mauvais qu’ils aient été.

J’avais découvert son secret une cinquantaine de pages avant qu’il soit révélé et, peut-être parce que j’ai du mal à imaginer le genre de honte qui pourrait conduire à faire ces choix, je n’ai pas réussi à rentrer dans le jeu de l’auteur. Mon plus gros problème, c’est qu’Hannah ne semble jamais comprendre la gravité de ses actes, et donc ne manifeste jamais de remords.

Un texte intéressant, qui donne à réfléchir.

Lire un court extrait »

J’attendis dans le couloir. Elle se changea dans la cuisine. La porte était entrebâillée. Elle ôta sa robe tablier et se trouva en sous-vêtements vert clair. Deux bas pendaient sur un dossier de la chaise. Elle en prit un et, avec de petits mouvements vifs des deux mains, le retroussa jusqu’à en faire un anneau. En équilibre sur une jambe, le talon de l’autre jambe appuyé sur le genou, elle passa le bas ainsi roulé sur le bout de son pied, puis posa celui-ci sur la chaise et enfila le bas sur son mollet, son genou et sa cuisse, se penchant alors de côté pour l’attacher aux jarretelles. Elle se redressa, ôta le pied de la chaise et prit l’autre bas.

Je ne pouvais détacher mes yeux d’elle. De sa nuque et de ses épaules, de ses seins que la lingerie drapait plus qu’elle ne les cachait, de ses fesse sur lesquelles son jupon se tendait lorsqu’elle appuyait le talon sur le genou et qu’elle le posait sur la chaise, de sa jambe d’abord nue et pâle, puis d’un éclat soyeux une fois dans le bas.