août 242011
 

Le Dernier Testament de Ben Zion Avrohom
[The Last Testament of the Holy Bible]
James Frey
Flammarion
9782081255173
À paraître en août 2011.

Depuis qu’il a miraculeusement survécu à un accident, Ben a changé. Et il change les autres autour de lui, ce qui n’est pas du goût de tout le monde.

Ou, comme je l’ai présenté à mes collègues : Jésus à New York au XXIe siècle. Jésus est amour. Et donc il baise. Beaucoup. Sans discrimination d’âge, de sexe ou de couleur de peau.

J’ai beaucoup aimé Le Dernier Testament, même si, comme vous pouvez vous en douter, il n’est pas à mettre entre toutes les mains. Il est à la fois drôle et tragique, empreint de spiritualité et violemment anti-religieux. Le christianisme évangélique, notamment, en prend pour son grade.

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Et il disait que les lois et les restrictions contre l’amour et le mariage, sans considération des personnes impliquées, n’étaient pas voulues par Dieu. Dieu se moquait de ce genre de choseS. Dieu était au-delà de ces choses. Le mariage est quelque chose qui concerne les êtres humains, et tous les êtres humains devraient en profiter, quelle que soit leur manière d’aimé. Et j’ai suivi son exemple. J’ai parlé et écouté et étreint et embrassé et fait l’amour. J’ai assisté aux mariages et j’ai pleuré et applaudi. J’étais si heureuse pour tout le monde, et j’ai dansé ensuite, dansé jusqu’à ce que mes jambes et mes pieds me fassent horriblement mal. Je ne pensais à rien sinon que j’aimais ces gens. C’était ça qui importait. Que nous étions tous des êtres humains et que nous aimions d’autres êtres humains. Et c’est ça qui est Dieu.

août 092011
 

Héritage
[Inheritance]
Nicholas Shakespeare
Grasset
9782246772019
À paraître en septembre 2001.

Andy Larkham est à la fois assistant éditorial, correcteur et directeur de collection dans une petite maison d’édition londonienne ; sa fiancée l’a plaqué ; il est criblé de dettes et sa banque ne lui fait plus crédit. Pour couronner le tout, voulant assister à l’enterrement d’un de ses professeurs préférés, il se trompe de chapelle et ne s’en rend compte que trop tard. Quelques jours plus tard, il apprend que le défunt lui a laissé 17 millions de livres.

Au début, je pensais avoir affaire à une comédie légère. Et puis en fait, non : même s’il y a certainement des éléments de comédie, le livre est beaucoup plus profond. Cet héritage est l’occasion pour Andy de se chercher, puis de se renseigner sur le millionnaire reclus dont il a hérité, preuve parfaite que l’argent ne fait pas le bonheur.

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Par un après-midi froid et pluvieux de février, alors qu’Andy Larkham était penché sur son bureau dans les locaux de Carpe Diem, une femme apparut sur le seuil.

Un moment s’écoula avant qu’il ne la remarque. Il la regarda d’un air interrogateur, son crayon dans la bouche.

“Tu n’avais pas un enterrement ?”

“Oh merde !”, et de bondir sur ses pieds. Sa montre affichait quatorze heures trente-cinq. Il décrocha le costume de son père suspendu derrière la porte et se changea devant sa collègue.

“Il faut combien de temps pour aller à Richmond ?”

“Avec cette pluie ? Une demi-heure. En taxi.”

Andy s’apprêtait à franchir le seuil lorsqu’il se souvint du faire-part sur son bureau. Puis, avant de sortir : “Est-ce que tu pourrais me prêter vingt livres ?”

“Et les vingt livres que tu m’as déjà empruntées vendredi ?”

“Angela, s’il te plaît. C’est la Saint-Valentin. Tu sais que je te les rendrai.”

“Ah oui ?”

“Demain matin sans faute, j’irai à la banque. Promis.”

août 052011
 

La Question finkler
[The Finkler Question]
Howard Jacobson
Calmann-Levy
9782702142479
À paraître en septembre 2011.

Julian Treslove, loser and goy, est aggressé, volé et insulté. Il n’est pas complètement sûr de ce qu’il a entendu, mais il lui semble bien qu’on l’a traité de youpin. En fait, plus il y pense et plus il en est sûr. Se pourrait-il que son aggresseur ait vu en lui une judaïté dont il n’avait pas conscience ? Treslove se passionne pour sa nouvelle religion…

Grosse déception. Je m’attendais à beaucoup aimer ce livre, après avoir rencontré et apprécié l’auteur, mais après quatre jours à procrastiner pour ne pas le rouvrir, j’ai dû me rendre à l’évidence et je l’ai abandonné. Je n’ai pas vraiment accroché à l’humour du livre, même si certaines réflexions étaient plutôt fines et amusantes. Le sujet ferait un très bon sketch d’humoriste ; je ne suis pas sûre qu’il y ait suffisamment de matière pour un livre.

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En réalité, les gens qui voient venir onnt une notion erronée du temps. Toutes les horloges de Treslove déraillaient. À peine apercevait-il une femme qu’il devinait la suite : la demande en mariage — acceptée —, le foyer qu’ils fondaient, les opulentes tentures de soie où filtrait une lumière mauve, les draps qui bouillonnaient comme des nuages, le ruban de fumée odorante s’échappant de la cheminée — évidemment toute fendillée —, le motif des tuiles pourpres, les pignons et les mansardes, son bonheur, son avenir. Tout cela l’écrabouillait dès le premier regard.

Elle ne le quittait pas pour un autre homme, elle ne se lassait pas de lui et de leur vie commune, elle trépassait, incarnation parfaite d’un rêve d’amour tragique, dévorée de consomption, l’œil humide, en lui lançant en guise d’adieu une phrase piquée à un opéra italien bien connu.

Il n’y avait pas d’enfants. Les enfants, cela gâchait l’histoire.

Entre les réverbères sournois et les chutes d’objet, Treslove se surprenait parfois à répéter les dernières paroles qu’il prononcerait — également empruntées à des opéras italiens bien connus — comme si les cordes du temps s’étaient rétractées en lui broyant le cœur et qu’elle était morte avant de l’avoir rencontré.

Pour lui, il y avait quelque chose d’exquis à la perspective d’étreindre une femme aimée qui rend son dernier soupir. Parfois, il s’imaginait mourir dans ses bras, mais c’était mieux quand elle expirait dans les siens. C’est ainsi qu’il avait la certitude d’être amoureux : aucun pressentiment de trépas ni de demande en mariage ne venait l’effleurer.

Telle était la poésie de son existence. Dans la réalité, les femmes le plaquaient en l’accusant d’étouffer leur créativité.

juil 132011
 

Désolations
[Caribou Island]
David Vann
Gallmeister
9782351780466
À paraître en septembre 2011.

Gary, la cinquantaine, s’est mis en tête de construire une cabane sur une île déserte d’Alaska, tandis que sa femme Irene se bat contre des migraines débilitantes. Leur fille Rhoda pense avoir trouvé l’homme idéal en Jim.

Dieu que c’est déprimant ! Tous ces personnages qui se complaisent dans leur médiocrité, ces gens qui vivent leur petite vie côte à côte sans se parler…

C’est David Vann, donc c’est bien écrit, et les rapports humains sont examinés en détail et sans complaisance. Pas aussi noir que Sukkwan Island, encore que.

Comme pour Sukkwan Island, je peux dire que c’est un roman qui est objectivement bon, même si peut-être moins marquant, mais je ne peux pas vraiment dire que je l’ai aimé.

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Il y a de l’eau dans le bateau, dit Irene au retour de Gary. Elle formait une flaque sous les rondins, se concentrait surtout à la poupe, presque trente centimètres de pluie.

On s’en occupera une fois partis, dit Gary. Je ne veux pas utiliser la batterie pour faire marcher la pompe de cale avant d’avoir démarré.

Alors, c’est quoi ton plan ? demanda Irene. Elle ne savait pas comment ils pourraient pousser le bateau depuis la grève jusqu’à l’eau, surchargé qu’il était par les rondins.

Tu sais, je ne suis pas le seul à avoir voulu ça, dit Gary. Ce n’est pas seulement mon plan. C’est notre plan.

C’était un mensonge, mais bien trop gros pour y réagir là, à l’instant, sous la pluie. Très bien, dit Irene. Comment on fait pour mettre le bateau à l’eau ?

juil 102011
 

Les Lunettes de Heidegger
[Heidegger's Glasses]
Thaisa Frank
Michel Lafon
9782749914015
Paru en 2011.

Un groupe de Juifs polyglottes est chargé par Goebbels de répondre aux dernières lettres de ceux envoyés dans les camps. Mais une lettre adressée par le philosophe Martin Heidegger à Asher Englehardt, son optométriste juif, sème la zizanie.

J’ai lu ce livre jusqu’au bout, mais je ne l’ai pas du tout aimé. Le style est bourré de clichés et l’intrigue extrêmement confuse, confinant au ridicule.

Les prémices étaient prometteuses, mais l’exécution n’est pas à la hauteur. Dommage.

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Ces missives faisaient partie intégrante de la Briefaktion (l’Opération Courrier), où l’on obligeait les prisonniers à écrire à leurs familles en vantant les conditions de vie dans les camps et les ghettos. Les lettres étaient transmises à l’Association des juifs à Berlin, afin que nul ne connaisse leur provenance.

Le but consistait à camoufler le fait que la plupart de ces personnes allaient être tuées, et à encourager les parents à se présenter de leur plein gré aux camps. Toutefois, l’acheminement du courrier fonctionnait mal et de nombreuses familles avaient été déportées, après avoir elles-mêmes été forcées d’écrire des lettres. Si bien que des milliers de missives furent réexpédiées à Berlin.

Himmler avait interdit de les brûler, car il croyait en des forces surnaturelles vengeresses. Selon lui, si les défunts savaient que leurs lettres étaient détruites, ils harcèleraient les médiums pour obtenir des réponses… et la Solution finale finirait par être exposée au grand jour. Goebbels, qui exécrait les sciences occultes, refusait de brûler le courrier pour une raison différente. Il souhaitait qu’on réponde à chaque lettre en vue de conserver des archives, lesquelles éviteraient toute controverse après la guerre. Afin de donner un caractère authentique à l’entreprise, il décida que chaque réponse serait rédigée dans la langue d’origine. D’où la devise du Cantonnement : « Répondre tel quel. » Les SS visitèrent les camps de déportés, afin d’y dénicher les meilleurs polyglottes et les gens les plus instruits pour en faire des scribes.