août 242011
 

Le Dernier Testament de Ben Zion Avrohom
[The Last Testament of the Holy Bible]
James Frey
Flammarion
9782081255173
À paraître en août 2011.

Depuis qu’il a miraculeusement survécu à un accident, Ben a changé. Et il change les autres autour de lui, ce qui n’est pas du goût de tout le monde.

Ou, comme je l’ai présenté à mes collègues : Jésus à New York au XXIe siècle. Jésus est amour. Et donc il baise. Beaucoup. Sans discrimination d’âge, de sexe ou de couleur de peau.

J’ai beaucoup aimé Le Dernier Testament, même si, comme vous pouvez vous en douter, il n’est pas à mettre entre toutes les mains. Il est à la fois drôle et tragique, empreint de spiritualité et violemment anti-religieux. Le christianisme évangélique, notamment, en prend pour son grade.

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Et il disait que les lois et les restrictions contre l’amour et le mariage, sans considération des personnes impliquées, n’étaient pas voulues par Dieu. Dieu se moquait de ce genre de choseS. Dieu était au-delà de ces choses. Le mariage est quelque chose qui concerne les êtres humains, et tous les êtres humains devraient en profiter, quelle que soit leur manière d’aimé. Et j’ai suivi son exemple. J’ai parlé et écouté et étreint et embrassé et fait l’amour. J’ai assisté aux mariages et j’ai pleuré et applaudi. J’étais si heureuse pour tout le monde, et j’ai dansé ensuite, dansé jusqu’à ce que mes jambes et mes pieds me fassent horriblement mal. Je ne pensais à rien sinon que j’aimais ces gens. C’était ça qui importait. Que nous étions tous des êtres humains et que nous aimions d’autres êtres humains. Et c’est ça qui est Dieu.

juil 132011
 

Désolations
[Caribou Island]
David Vann
Gallmeister
9782351780466
À paraître en septembre 2011.

Gary, la cinquantaine, s’est mis en tête de construire une cabane sur une île déserte d’Alaska, tandis que sa femme Irene se bat contre des migraines débilitantes. Leur fille Rhoda pense avoir trouvé l’homme idéal en Jim.

Dieu que c’est déprimant ! Tous ces personnages qui se complaisent dans leur médiocrité, ces gens qui vivent leur petite vie côte à côte sans se parler…

C’est David Vann, donc c’est bien écrit, et les rapports humains sont examinés en détail et sans complaisance. Pas aussi noir que Sukkwan Island, encore que.

Comme pour Sukkwan Island, je peux dire que c’est un roman qui est objectivement bon, même si peut-être moins marquant, mais je ne peux pas vraiment dire que je l’ai aimé.

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Il y a de l’eau dans le bateau, dit Irene au retour de Gary. Elle formait une flaque sous les rondins, se concentrait surtout à la poupe, presque trente centimètres de pluie.

On s’en occupera une fois partis, dit Gary. Je ne veux pas utiliser la batterie pour faire marcher la pompe de cale avant d’avoir démarré.

Alors, c’est quoi ton plan ? demanda Irene. Elle ne savait pas comment ils pourraient pousser le bateau depuis la grève jusqu’à l’eau, surchargé qu’il était par les rondins.

Tu sais, je ne suis pas le seul à avoir voulu ça, dit Gary. Ce n’est pas seulement mon plan. C’est notre plan.

C’était un mensonge, mais bien trop gros pour y réagir là, à l’instant, sous la pluie. Très bien, dit Irene. Comment on fait pour mettre le bateau à l’eau ?

juil 102011
 

Les Lunettes de Heidegger
[Heidegger's Glasses]
Thaisa Frank
Michel Lafon
9782749914015
Paru en 2011.

Un groupe de Juifs polyglottes est chargé par Goebbels de répondre aux dernières lettres de ceux envoyés dans les camps. Mais une lettre adressée par le philosophe Martin Heidegger à Asher Englehardt, son optométriste juif, sème la zizanie.

J’ai lu ce livre jusqu’au bout, mais je ne l’ai pas du tout aimé. Le style est bourré de clichés et l’intrigue extrêmement confuse, confinant au ridicule.

Les prémices étaient prometteuses, mais l’exécution n’est pas à la hauteur. Dommage.

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Ces missives faisaient partie intégrante de la Briefaktion (l’Opération Courrier), où l’on obligeait les prisonniers à écrire à leurs familles en vantant les conditions de vie dans les camps et les ghettos. Les lettres étaient transmises à l’Association des juifs à Berlin, afin que nul ne connaisse leur provenance.

Le but consistait à camoufler le fait que la plupart de ces personnes allaient être tuées, et à encourager les parents à se présenter de leur plein gré aux camps. Toutefois, l’acheminement du courrier fonctionnait mal et de nombreuses familles avaient été déportées, après avoir elles-mêmes été forcées d’écrire des lettres. Si bien que des milliers de missives furent réexpédiées à Berlin.

Himmler avait interdit de les brûler, car il croyait en des forces surnaturelles vengeresses. Selon lui, si les défunts savaient que leurs lettres étaient détruites, ils harcèleraient les médiums pour obtenir des réponses… et la Solution finale finirait par être exposée au grand jour. Goebbels, qui exécrait les sciences occultes, refusait de brûler le courrier pour une raison différente. Il souhaitait qu’on réponde à chaque lettre en vue de conserver des archives, lesquelles éviteraient toute controverse après la guerre. Afin de donner un caractère authentique à l’entreprise, il décida que chaque réponse serait rédigée dans la langue d’origine. D’où la devise du Cantonnement : « Répondre tel quel. » Les SS visitèrent les camps de déportés, afin d’y dénicher les meilleurs polyglottes et les gens les plus instruits pour en faire des scribes.

juil 052011
 

The Selected Works of T.S. Spivet
[L'Extravagant Voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet chez NiL]
Reif Larsen
Vintage Books
9780099555193
Paru en 2009.

T.S. Spivet est un scientifique qui aime les cartes et les schémas. Le Smithsonian, un illustre institut scientifique à Washington, a publié certains de ses travaux et voudrait maintenant lui décerner un prix. Problème : T.S. Spivet n’a que douze ans.

L’histoire elle-même est très sympathique, notamment parce qu’elle est racontée du point de vue de T.S. dont l’esprit scientifique peut le faire paraître plus sérieux et plus âgé qu’il ne l’est. Mais au fond, il reste un gamin de douze ans à l’imagination débordante et à l’expérience limitée.

Ce qui fait l’originalité du roman, ce sont les marges : le récit est émaillé de digressions sous forme d’anecdotes, d’analyses scientifiques, d’illustrations, qui complètent et donnent vie aux personnages.

Excellent !

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She was lying.

Gracie was going to start cooking soon. Dr. Clair always made the gesture to cook but then seemed to remember something important in her study at the last minute and left the brunt of the work to Gracie and me. This was fine: Dr. Clair was actually a terrible cook. She had gone through twenty-six toasters over the course of my conscious life, a little over two a year, one of which had exploded and burned down half the kitchen. Whenever she popped another piece of bread into the toaster and left the room to attend to something she had forgotten, I quietly went up to my filing cabinet and brought down the timemap that displayed each toaster, highlights from its career, and the date and nature of its demise.

 

Elle mentait.

Gracie allait commencer à cuisiner. Dr Clair avait toujours des velléités de cuisiner mais semblait alors se souvenir à la dernière minute de quelque chose d’important dans son bureau et nous abandonnait les tâches, à Gracie et moi. Ce n’était pas un problème : Dr Clair cuisinait terriblement mal. Elle avait eu vingt-six grille-pains depuis que j’avais commencé à les compter, un peu plus de deux par an. L’un d’eux avait explosé et brûlé la moitié de la cuisine. Chaque fois qu’elle glissait une autre tranche de pain dans le grille-pain et quittait la pièce pour s’occuper de quelque chose qu’elle avait oublié, j’allais discrètement récupérer sur mes étagères la frise chronologique qui montrait chaque grille-pain, les moments marquants de sa carrière, et la date et nature de son décès.

mai 272011
 

L’homme qui marchait sur la Lune
[The Man Who Walked To the Moon]
Howard McCord
Gallmeister
9782351785102
Paru en 2011.

Dans les montagnes désertiques du Nevada, un homme marche, bientôt poursuivi.

Le héros, William Gasper, est un homme assez froid, qui se dévoile au fil des pages. Il a été soldat, tuant pour son pays, puis s’est mis à son compte. Un personnage a priori peu sympathique, mais dont la voix est suffisamment charismatique pour nous faire oublier nos objections morales. Il est difficile de dire si les éléments qui rendent l’atmosphère du texte étrange et onirique sont réellement surnaturels, ou seulement le produit d’une maladie mentale.

Un livre très dense, très poétique, très étrange.

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Je vous expliquerais volontiers la procédure à adopter pour éviter de vous faire frapper par la foudre lorsque vous vous trouvez sur une crête exposée, mais je ne vois pas pourquoi vous ne l’apprendriez pas vous-même comme moi je l’ai apprise. Si vous vous faites pincer par le long doigt électrique de Dieu, ce ne sera pas ma faute. De toute façon, vous êtes un gros cul d’intello sans arme à feu à portée de main et bien incapable de courir plus de cinq kilomètres sans qu’on vous dispense les derniers sacrements. Vous, pet de crâne, êtes un lecteur, et la seule chose que je méprise plus qu’un lecteur est un auteur, qui ferait mieux de se présenter clairement comme un onaniste public et qu’on en finisse. Mais je raconte mon histoire, vous écoutez, nous sommes donc liés par un pacte, à défaut de respect. Je suis un auteur, vous êtes un lecteur, et s’il y avait un Dieu, il s’amuserait peut-être à avoir pitié de nos âmes. Ou à leur pisser dessus. En longs jets électriques.