août 302010
 

Béatrice et Virgile
[Beatrice and Virgil]
Yann Martel
Flammarion
9782081245679
Paru en août 2010.

Un taxidermiste envoie à un auteur qu’il admire quelques pages de la pièce qu’il est en train d’écrire, à propos d’un âne, d’un singe hurleur, et de leur expérience des « Horreurs ».

J’avais résolu de ne pas lire de livres sur la Seconde Guerre mondiale cette année pour cause de saturation, et je me suis faite avoir par Béatrice et Virgile qui, l’air de rien, est un roman sur l’Holocauste.

C’est aussi un roman extrêmement bizarre, avec une mise en abyme de la réflexion sur l’Holocauste, toute en symboles. Je n’ai pas vraiment aimé le livre, d’autant plus que j’ai toujours détesté et la taxidermie, et les animaux qui parlent.

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Un taxidermiste. Voilà une autre explication de l’intérêt pour les animaux que saint Julien chassait. Henry n’hésita pas un instant. Son intention avait été de déposer sa carte, mais il n’avait jamais rencontré de taxidermiste auparavant. Il ne savait même pas qu’il existait encore des taxidermistes. Tenant courte la laisse d’Érasme, il poussa la porte et ils entrèrent ensemble chez Taxidermie Okapi. Une clochette tinta. Il ferma la porte. Une vitrine de verre sur sa gauche lui permettait de continuer d’admirer le diorama. Henry pouvait maintenant voir l’okapi de côté, à travers les lianes emmêlées, comme s’il était un explorateur se déplaçant furtivement dans la jungle pour s’en approcher. Comme les sélections de la nature sont curieuses, qui accordent un costume complet de rayures aux zèbres, et rien que les jambières aux okapis. En étudiant le diorama, Henry remarqua que parmi les lumières judicieusement positionnées, un spot, dans un coin au-dessus de la baie vitrée, était muni d’un mécanisme qui le faisait pivoter lentement. À l’autre coin, il y avait un petit ventilateur qui pivotait lui aussi. Il devina le but de ces dispositifs : en faisant jouer la lumière sur l’installation et bouger les feuilles un tout petit peu, le degré de véracité augmentait d’autant. Il observa de près les plantes grimpantes. Il ne pouvait pas voir le moindre signe de plastique ou le moindre bout de fil métallique ou quoi que ce soit qui détruisit l’illusion. Est-ce que tout cela pouvait être réel ? Sûrement pas. Pas dans ce climat tempéré, même avec des talents fabuleux de jardinier. Les plantes étaient peut-être réelles, mais conservées d’une certaine manière, momifiées.

sept 022009
 

Cartes postales de l’enfer
[The Soul of All Great Designs]
Neil Bissoondath
Phébus
9782752903761
Paru en août 2009.

Un décorateur d’intérieur se fait passer pour un homosexuel familier des stars et des politiciens afin d’asseoir sa réputation. Une jeune fille, émigrante de deuxième génération, issue d’une famille indienne, se rebelle contre les valeurs imposées par ses parents.

Plus qu’un roman sur les secrets, comme l’incipit semble le faire croire, le sujet majeur est le corollaire du secret, le mensonge. J’ai bien aimé le début, qui montre l’élaboration des secrets et l’échange de mensonges, mais la fin m’a prise complètement par surprise, et du coup, je ne suis pas très sûre.

En tout cas, le style est beau, et j’ai trouvé l’écho entre l’excipit et l’incipit particulièrement élégant.

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Tout le monde a des secrets. J’en ai un, moi. Pas vous ? Loin, très loin, un secret enfoui au tréfonds de votre âme, comme on dit ?

Oui, bien sûr. Le paquet de chewing-gums que vous avez piqué au magasin du coin, la bière que vous avez descendue par un après-midi d’été dans un recoin du sous-sol, le magazine porno que vous cachiez sous votre matelas pour égayer vos mornes soirées. Et les revenus que vous avez omis de déclarer, le diplôme que vous avez acheté sur Internet, l’aventure d’un soir dont vous n’avez jamais parlé à votre tendre moitié.

Les secrets… Nous en avons tous. Des cartes postales de l’enfer — des cartes postales jamais envoyées, souvenirs de nos voyages d’ombre accrochés aux murs intérieurs de notre vie, où ils se fondent en quelque sorte dans la trame cachée. Nous en créons nous-mêmes un certain nombre ; d’autres nous sont imposés. Petits ou grands, il n’en sont pas moins des secrets, et nous vivons dans la terreur d’être un jour démasqués. La règle primordiale ? Ne pas se faire prendre.

Et pourtant, porter un secret est terriblement ingrat, triste même, car, à supposer que vous réussissiez à le cacher, il mourra avec vous. Comme s’il n’avait jamais existé. On a l’étrange envie de laisser derrière soi ce legs insolite. J’éprouve un frisson à la pensée de la réaction que je provoquerais : les yeux écarquillés, incrédules, la bouche entrouverte sur un oh ! médusé.

Les secrets font tourner le monde : si tout se savait, le monde s’effondrerait.

Non ?