mai 062010
 

Le Cahier d’Aram
[Quadern d'Aram]
Maria Àngels Anglada
Stock
9782234062504
Paru en avril 2010.

1915. Le gouvernement turc organise le massacre des populations arméniennes. Aram et sa famille fuient ; seule sa mère et lui arriveront jusqu’en France.

Un très, très beau texte, sur une période de l’histoire dont nous avons tous entendu parler, mais que nous connaissons finalement très peu.

Comme dans Le Violon d’Auschwitz, Anglada mêle des documents authentiques à ses propres écrits, brouillant les frontières entre fiction et réalité. Elle accentue cet aspect documentaire en utilisant une mise en abyme où un manuscrit est soi-disant retrouvé et transcrit pour notre considération. Le procédé est moins artificiel que dans Le Violon d’Auschwitz et fonctionne mieux.

Le Cahier d’Aram est aussi l’occasion d’une plongée dans la poésie arménienne, puisque pour le père d’Aram, Anglada s’est inspirée de Daniel Varoujan, grand poète arménien du début du siècle assassiné en 1915 dans les conditions décrites à la fin du roman.

Un bijou, à ne surtout pas manquer.

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Grigor, mon cousin et moi, allions à pied ; de temps en temps, ma mère me faisait monter dans la charrette et marchait un peu. Grigor avait emmené un cheval et il me laissait souvent le monter, car la charrette était prévue pour un seul cheval et cela le fatiguait moins. Eh bien, une fois où je marchais, nous avons trouvé une femme à moitié allongée sur le bord duu chemin. Elle m’a tendu un tout petit enfant et m’a dit en respirant fort et par à coup :

— Emmenez le petit, je n’en peux plus.

Je l’ai pris dans mes bras. Mais Grigor et Maryk, qui avaient tout vu, ont fait monter la femme dans la charrette et avant d’arriver à la ville elle était déjà morte dans les bras de ma mère. Je me demandais d’où elle venait et quelles choses terribles elle avait pu voir, et on peut dire que ma peau d’enfant s’est détachée d’un coup

août 192009
 

Le Violon d’Auschwitz
[El Violí d'Auschwitz]
Maria Àngels Anglada
Stock
9782234062481
Paru en juin 2009.

Pour sauver de la mort un violoniste virtuose, un luthier juif, prisonnier en camp de concentration, doit fabriquer un violon au son digne d’un Stradivarius.

Après un premier chapitre plutôt téléphoné, j’ai beaucoup aimé le reste du livre, notamment la sensualité de la fabrication du violon. La fin était un peu confuse, mais c’était en imitation d’un personnage.

Un bon livre, et j’espère que d’autres livres de Maria Àngels Anglada seront traduits à l’avenir.

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Parmi les prisonniers les plus anciens, on parlait d’un enfer pire, de voyages sans retour vers d’autres camps, aux noms redoutables ; et l’on évoquait aussi une sorte de paradis du pauvre, une usine où les prisonniers recevaient un supplément de nourriture et où personne n’était maltraité. Mais Daniel ne voulait ni avoir peur ni rêver : il devait se concentrer sur son travail et aujourd’hui il lui en coûtait. Dans la cellule, les tranches de pain avaient été encore plus minces, juste de quoi survivre. Pendant qu’il s’appliquait du mieux possible à la tâche, sans relâche et même content de ne pas avoir été envoyé travailler dans la carrière en punition, il se rappela l’élan qui lui avait, même s’il ignorait pour combien de temps, sauvé la vie.

– Métier ?

Tous n’avaient pas la chance d’entendre cette question, apparemment inoffensive. Ceux qui étaient désignés depuis le début pour la mort rejoignaient un autre rang : beaucoup d’enfants, de vieillards, de femmes âgées et de malades.

– Menuisier, ébéniste, répondit-il rapidement.

C’était un demi-mensonge. Mais derrière son front pâle était née la réponse, à laquelle il ne réfléchit que plus tard en son for intérieur.