sept 242011
 

Le Palais de mémoire
Élise Fontenaille
Calmann-Lévy
9782702142431
Paru en 2011.

1720 à Pékin. Un Jésuite enseigne l’ars memoriae à un jeune prince mandchou, et s’éprend de son élève.

Le Palais de mémoire se lit comme une enfilade de clichés sur la Chine du XVIIIe siècle, à peine plus évolués que ceux que l’on peut trouver dans la littérature de l’époque. Le dîner avec Dame Zhou, notamment, joue sur de vieux préjugés racistes sans même avoir l’« excuse » du second degré ou de la critique.

Au vu des défauts précédents, les anachronismes ne sont que la cerise sur le gâteau, mais franchement, un Jésuite du début du XVIIIe qui cite Nerval, Beaumarchais et Marx ?!

Grosse déception.

[Pas d'extrait pour celui-ci, parce que j'ai oublié d'en recopier un avant de rendre ma copie. Désolée !]

juil 122011
 

D’un pays sans amour
Gilles Rozier
Grasset
9782246783640
À paraître en août 2011.

Un homme découvre les œuvres de trois poètes juifs des années 20 et décide d’apprendre le yiddish. Fasciné par leur destin, il contacte Sulamita, la fille d’un autre écrivain de l’époque, qui lui raconte son enfance et les milieux intellectuels et littéraires yiddish.

Un très bel hommage à trois poètes aujourd’hui complètement inconnus du public français, ainsi qu’à toute la vie intellectuelle qui s’est articulée autour d’eux, donnant au yiddish ses lettres de noblesse.

On découvre aussi les persécutions systématiques dont les Juifs étaient victimes : le nazisme et la Shoah, bien sûr, mais aussi les pogroms en Pologne et l’attitude changeante du régime soviétique sous Staline. Cette douleur du peuple juif alimente aussi sa poésie ; certains des plus beaux vers cités ont été écrits en réponse à des atrocités.

La structure formelle, des chapitres alternant la narration de Pierre et la correspondance de Sulamita, est un peu artificielle, mais Gilles Rozier l’utilise à bon escient et sait s’en affranchir quand c’est nécessaire.

À lire de concert avec L’Anthologie de la poésie yiddish chez Gallimard.

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Je m’assieds tous les jours dans le fauteuil rouge que j’ai retrouvé chez une brocanteuse de Varsovie à force de recherches. C’était un des éléments qui meublaient l’entrée de l’Union des écrivains, il a miraculeusement échappé à la destruction. La rue Tłomackie a été rasée, l’imposante synagogue qui y trônait n’était plus qu’un tas de pierres. Il n’était resté d’elle un temps qu’un morceau de mur et le grand chandelier à sept branches un peu tordu, une image qui a fait le tour de la terre, devenue le symbole de la destruction de mon royaume juif. Le fauteuil rouge est resté. Non que le bâtiment dans lequel il se trouvait ait été préservé. Le 13 de la rue Tłomackie n’a pas résisté aux bombes, aux lance-flammes, à la liquidation du ghetto au printemps 1943 puis à l’écrasement de Varsovie tout entière suite au soulèvement d’août 1944. Le fauteuil avait été descendu dans une cave. Un combattant y a-t-il trouvé quelque repos durant la Révolte ? Le siège avait-il échoué dans le quartier général, des insurgés sous le 13 de la rue Miła ? Je n’ai pas pu le savoir, j’ai demandé aux survivants, j’ai interrogé Marek Edelman à Łódź, Antek Zuckerman dans son kibboutz de Galilée, je me disais que Mordkhe Anielewicz avait pu y fumer une ultime cigarette avant de se suicider, mais on ne sait pas. J’ai retrouvé le fauteuil dans un marché aux puces, rue Obozowa. Il existe toujours, vous pouvez vérifier si vous le souhaitez. Je vous parle de la Varsovie actuelle, la ville terrestre peuplée de Polonais, non de la cité céleste qui n’existe plus que sur les étagères de ma bibliothèque et dans ma mémoire, je vous parle de celle que vous trouverez si vous prenez un avion pour Warszawa, capitale de la république de Pologne, 1 655 000 habitants selon l’édition 1994 de mon dictionnaire de noms propres mais il est certain que, depuis, la population a changé. Des Varsoviens sont morts, d’autres sont nés, ils n’arrêtent pas de venir au monde et de le quitter, c’est insensé cette course du temps et de l’humanité, je ne peux pas suivre, l’idée me donne des migraines épouvantables alors je dois me ménager, je suis très âgée, vous savez. C’est pourquoi je n’aime pas cette ville : elle ne cesse de changer, elle ne tient pas en place, alors que je la voudrais figée comme dans mon souvenir. Comment Warszawa vit-elle encore alors que ma Varshe est morte ?

juil 032011
 

Matin brun
Franck Pavloff
Cheyne
9782841160297
Paru en 1998.

Un texte très court sur le fascisme.

L’analogie faite dans la nouvelle pour illustrer comment un état fasciste peut s’imposer est peut-être un peu facile pour un lecteur adulte, mais on peut voir pourquoi ce texte est beaucoup étudié au collège.

Simple et efficace.

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C’est vrai que la surpopulation des chats devenait insupportable, et que d’après ce que les scientifiques de l’État national disaient, il valait mieux garder les bruns. Que des bruns. Tous les tests de sélection prouvaient qu’ils s’adaptaient mieux à notre vie citadine, qu’ils avaient des portées peu nombreuses et qu’ils mangeaient beaucoup moins. Ma foi, un chat c’est un chat, et comme il fallait bien résoudre le problème d’une façon ou d’une autre, va pour le décret qui instaurait la suppression des chats qui n’étaient pas bruns.

avr 302011
 

Moka
Tatiana de Rosnay
Livre de poche
9782253125693
Paru en 2009.

Un jeune garçon est renversé par une voiture qui s’enfuit et tombe dans le coma. Sa mère est prête à tout pour retrouver la responsable.

Encore une fois un livre sur l’obsession, avec une femme qui néglige sa fille et son mari pour retrouver celle qui a renversé son fils.

Je l’ai trouvé plus abouti que le précédent, et plus réaliste, d’autant que je n’ai pas vu venir le rebondissement de la fin. Des trois livres de Tatiana de Rosnay que j’ai lus, le meilleur.

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Mon téléphone portable a sonné. Un numéro s’est affiché sur l’écran. Un numéro qui ne me disait rien. J’ai pris la ligne.

– Allô, madame Wright ?

Une voix d’homme, inconnue elle aussi.

– Vous êtes la mère de Malcolm Wright ?

J’ai dit oui, je suis sa mère. Pourquoi ? Pourquoi ?

– Votre fils a eu un accident. Il faut venir tout de suite.

Un accident. Mon fils. Treize ans. Je me suis levée brusquement. La tasse de thé sur le bureau a valsé.

avr 242011
 

La Mémoire des murs
Tatiana de Rosnay
Livre de poche
9782253127710
Paru en 2010.

Une femme découvre que l’appartement dans lequel elle vient juste d’emménager a été le théâtre d’un assassinat. Obsédée par le crime, elle sombre dans la folie.

Vraiment dérangeant, aussi bien dans le choix des crimes, modelés sur ceux de Guy Georges, que dans la descente aux enfers de l’héroïne. À ne pas lire la nuit.

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Je n’ai plus du tout pensé à cette histoire d’assassinat. Jusqu’au matin où j’ai croisé dans l’entrée de l’immeuble une dame qui me salua poliment et se présenta comme la voisine du second.

– Vous arrivez tout de même à bien dormir ? m’a-t-elle demandé avec sollicitude, et une curiosité un peu malsaine.

J’ai trouvé sa question surprenante. Que voulait-elle dire ?

– Vous êtes certainement au courant, a-t-elle embrayé.

– Au courant de quoi, madame ?

La dame a glapi.

– Le meurtre… Dans votre appartement… On ne vous a rien dit ?

J’ai senti mon visage devenir blanc. Impossible d’articuler un mot. J’ai bousculé la dame pour sortir de l’immeuble le plus vite possible. J’avais chaud. Un trou au creux du ventre. Dans le métro, je me suis rendu compte que j’avais du mal à respirer.