oct 012010
 

De lait et de miel
Jean Mattern
Sabine Wespieser
9782848050867
Paru en août 2010.

Un vieil homme revient sur sa vie, son ami d’enfance en Hongrie, son expérience de la Deuxième guerre mondiale, son immigration en France, son mariage avec une autre émigrée hongroise ayant fui après l’Insurrection de Budapest.

J’ai trouvé l’aspect historique du roman modérément intéressant, et j’ai trouvé l’amitié avec Stefan largement plus satisfaisante émotionnellement que le mariage avec Suzanne.

Pas mauvais, juste pas mon truc.

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L’idée d’habiter dans une rue appelée Ocean’s Drive, quand on est né à Timisoara, me paraît incongrue. Notre vieux professeur de géographie, M. Szerb, aurait-il seulement pu nous indiquer Honolulu sur une des vieilles cartes du temps de la double monarchie dont il disposait au lycée de Timisoara ? Avions-nous idée, à treize ans, que l’on pouvait finir sa vie sur une île américaine appelée Hawaï ? Mon acte de décès comportera pourtant la même mention que celui qu’on remplira un jour pour lui : Né à Timisoara. Alors Bar-sur-Aube ou Honolulu, Hawaï, c’est peut-être du pareil au même.

sept 242010
 

Du plomb dans le cassetin
Jean Bernard-Maugiron
Buchet-Chastel
9782283024638
Paru en août 2010.

Un ancien ouvrier typographe devenu correcteur se raconte. Malheureusement, toutes ces années passées à manipuler du plomb ont laissé des séquelles.

Plaisant et amusant. Les souvenirs du narrateur permettent de redécouvrir un métier maintenant disparu, et j’ai beaucoup aimé les effets de mise en page des derniers chapitres.

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Ils m’ont mis à la Correction il y a une quinzaine d’années mais mon vrai métier, c’est ouvrier typographe. À quinze ans, après le brevet, j’ai passé mes CAP de typographe et de linotypiste, et je suis entré directement au journal, d’abord comme apprenti avant de signer un contrat définitif. Comme on sortait chaque nuit une vingtaine d’éditions, il y avait souvent de l’embauche, et dans tous les métiers. On devait bien être deux douzaines de linotypistes, oui, quatre rangs de six, dans une salle sans fenêtres grande et bruyante comme un hall de gare, chacun assis devant sa machine sur une chaise tournante en bois. J’aimais retrouver chaque soir ma bécane, une Linotype belle comme une locomotive avec ses arbres, ses bielles, son bras élévateur, ses cames et ses galets, que j’avais appelée la Lison, comme celle que conduit Jean Gabin dans La Bête humaine.

sept 022010
 

Une forme de vie
Amélie Nothomb
Albin Michel
9782226215178
Paru en août 2010.

Un soldat américain écrit à Amélie Nothomb pour lui raconter comment il est devenu obèse parce qu’il baffre pour oublier son quotidien de soldat.

Mon premier Nothomb ! Plutôt amusant, et j’ai trouvé intéressante tout la réflexion sur l’épistolarité et la validité des amitiés que l’on peut former au travers d’une relation qui ne passe que par l’écrit.

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Deux semaines ne s’étaient pas écoulées quand je reçus la réponse du 2e classe :

Chère Amélie Nothomb,

Merci pour vos romans. Vous voulez que j’en fasse quoi ?
Happy new year,
Melvin Mapple
Bagdad, le 1/01/2009

Je la trouvai un peu raide. Légèrement énervée, j’écrivis aussitôt cette lettre :

Cher Melvin Mapple,

Je ne sais pas. Peut-être rééquilibrer un meuble ou surélever une chaise. Ou les offrir à un ami qui a appris à lire.
Merci pour vos vœux. Autant de ma part.
Amélie Nothomb
Paris, le 6/01/2009

août 102010
 

Le Sel
Jean-Baptiste Del Amo
Gallimard
9782070129096
À paraître en août 2010.

Une femme et ses trois grands enfants doivent dîner ensemble. Tout au long de cette journée, ils se préparent à cette rencontre en se replongeant dans leurs souvenirs.

Le Sel est à la fois très semblable et très différent d’Une éducation libertine, qui avait été l’un de mes coups de cœur de la rentrée 2008. Bien que l’intrigue et le décor soient complètement différents, on y retrouve des thèmes similaires : la famille et la difficulté à se conformer à ses attentes, la mort, la sexualité, qui n’est jamais romantique ou sentimentale chez Del Amo, mais plutôt brutalement honnête.

Les personnages sont dépeints dans toutes leurs faiblesses, et on découvre une famille marquée par la figure du père qui, bien qu’il soit mort au moment où se situe le roman, a profondément influencé les choix et les vies de tous les personnages.

Un roman dur, sans concessions, excellent.

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Comme Louise finissait de border le lit, l’inquiétude la saisit à la gorge. Armand s’était imposé entre les enfants et elle. Bien qu’il fût aujourd’hui disparu, il était entre eux l’obstacle incontournable. Il lui était pourtant impensable de circonscrire son époux à ce rôle auquel Jonas, par exemple, condamnait le souvenir de son père. Armand était un être singulier, Louise n’avait pas la prétention de l’avoir connu. Ils avaient vécu l’un près de l’autre, ne partageant en réalité que de courts instants, des éclats fugaces qui les réunissaient. Dès lors, comment pouvait-elle prétendre savoir qui était Armand ? Louise voulait croire que l’image la plus approchante de l’homme qu’il fut était au confluent de leurs souvenirs à tous, des siens et de ceux des enfant, mais peut-être Armand leur échappait-il encore.

juin 072010
 

L’Écharde
Paul Wenz
Zulma
9782843045011
Paru en 2010.

Dans un ranch australien occupé exclusivement par des hommes, une femme s’installe. L’amour exclusif et destructeur qu’elle porte à son patron va changer cet environnement paradisiaque pour toujours.

Un petit bijou exhumé par les éditions Zulma, publié à l’origine dans les années 30 par un Français émigré en Australie. Un texte très moderne par certains côtés, notamment la réflexion écologique, même s’il accuse parfois les défauts de son âge : les aborigènes n’occupent que trois paragraphes, mais ceux-ci sont plutôt racistes, et l’utilisation de mots anglais pour faire couleur locale est un procédé qui a plutôt vieilli.

Un très beau texte à lire.

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Ce ne fut que lorsque Sam se fut installé dans le troisième fauteuil, et eut disparu derrière un journal vieux de deux semaines, que le boss dit sans lâcher sa pipe : « Ah Sin s’en va ; Jack, le cuisinier des hommes, le remplacera pour le moment. Je vais écrire à Adélaïde qu’on nous envoie une housekeeper qui se chargera de la maison : le vieux Chinois commence à négliger le ménage ; nos matelas ont la mollesse et l’épaisseur d’un linoléum, nos chaussettes ne vont plus par paires, tant elles ont besoin de reprises. Nous sommes de vieux garçons, c’est convenu, pas difficiles et pas du tout grognons ; mais il ne faudrait pas non plus accepter trop vite tous les renoncements de la vie simple. »

Tom, le manager, et Sam reçurent cette nouvelle derrière un barrage de fumée, sans doute pour mieux cacher leur surprise. Une femme dans la maison ! Cela ne s’était pas vu depuis des années, depuis que John Iredale avait pris à la station la succession de son père. Tom songeait qu’on dormait très bien sur des matelas minces, et Sam aurait préféré acheter deux paires de chaussettes par semaine plutôt que d’avoir une gouvernante dans la maison.