oct 272010
 

Mangue amère
[Eating Women, Telling Tales]
Bulbul Sharma
Philippe Picquier
9782809702002
Paru en septembre 2010.

À l’occasion de la commémoration du décès d’un homme, les femmes réunies pour préparer le repas se racontent des histoires.

Mangue amère donne un aperçu rarement idyllique, mais toujours intéressant, de la condition des femmes en Inde.

Les descriptions de nourriture sont très évocatrices et j’ai refermé le livre en me disant qu’il fallait absolument que je trouve un restaurant indien.

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Les femmes savaient qu’une histoire allait commencer et s’installèrent pour écouter. Elles étendirent leurs jambes pour être plus à l’aise, sans pour autant cesser de découper et de nettoyer. C’était la première histoire de la matinée et elles espéraient toutes qu’elle ne serait pas trop triste. Plus tard il y en aurait des tristes, des douces, d’amères et de furieuses. Chaque femme raconterait la sienne. Cinq histoires pendant qu’elles découpaient les légumes, une pendant qu’elles décortiqueraient le riz, et peut-être deux pendant qu’elles remueraient le beurre clarifié. Il y avait parfois assez de temps pour une dernière après le repas, quand toute la maison était endormie. Personne ne pouvait savoir avec certitude combien d’histoires une journée pouvait renfermer.

mai 262010
 

Meurtre dans un jardin indien
[Six Suspects]
Vikas Swarup
Belfond
9782714445407
Paru en mai 2010.

Un riche play-boy, récemment acquitté dans une parodie de procès qui a indigné l’Inde toute entière, est retrouvé assassiné. Il y a six suspects, dont nous suivons la vie jusqu’à comprendre comment ils en sont arrivés là.

Hilarant ! Je me suis rarement autant amusée : les personnages sont complétement déjantés, notamment le bureaucrate retraité, amateur de fins whiskies et un peu corrompu sur les bords, qui est possédé par l’esprit de Gandhi et oscille donc entre son ancien train de vie et des moments d’ascèse complète, jeûne, prière et célibat. Il y a aussi le jeune Américain venu se chercher une épouse, homonyme du fondateur de Google mais sans avoir ni son intelligence, ni sa fortune, qui devient le pigeon idéal pour des arnaqueurs en tous genres…

On passe un très, très bon moment.

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Aujourd’hui est le plus beau jour de ma vie. Meilleur même que le jour où Vince Young a transformé l’essai contre USC dans les dernières minutes de jeu pour offrir aux Longhorns leur plus grande victoire de toute l’histoire du Rose Bowl.

Je pars enfin en Inde. Pays des maharajas et du curry d’agneau. Terre d’éléphants et de kangourous. Et de la plus jolie fille du monde. Sapna Singh, qui dans quinze jours deviendra Mme Larry Page.

Je trouve ça top, les mariages indiens. L’autre jour, j’ai loué Le Mariage des moussons. J’adore leur façon de danser, et cette musique de ouf me rend dingue.

mar 302010
 

Une bonne épouse indienne
[A Good Indian Wife]
Anne Cherian
Mercure de France
9782715228917
Paru en janvier 2010.

Neel est un brillant médecin américain. Mais son vrai nom est Suneel, sa famille est indienne, et estime qu’à 35 ans, il est largement en âge de se marier. À la suite d’un voyage en Inde, il se retrouve marié contre son gré. Neel a bien l’intention de continuer sa vie comme il l’entend et notamment de garder sa maîtresse américaine, blonde et libérée. Mais Leila, pour être douce et réservée, n’en a pas moins une volonté de fer, et va s’insinuer dans sa vie sans qu’il s’en rende compte.

Je m’étais dit que j’allai lire un chapitre ou deux avant de me coucher, et j’ai fini par éteindre à deux heures du matin, après avoir dévoré les 450 pages d’Une bonne épouse indienne.

C’est rafraîchissant d’avoir un héroïne qui ne se rebelle pas contre les mariages arrangés, qui au contraire les accepte comme normaux, et fasse ensuite sa vie selon ces paramètres. J’ai beaucoup aimé aussi la description du problème de l’immigré qui est changé par les mœurs du pays où il habite : il n’est plus tout à fait chez lui dans son pays d’origine, mais n’est jamais non plus tout à fait chez lui dans son pays d’accueil.

Un gros bémol cependant en ce qui concerne la traduction, qui est truffée de notes de bas de page. La traductrice est visiblement de l’école « explication » alors que je suis de l’école « adaptation », et il y a peu de choses qui m’ennuient autant que d’être sortie d’un texte par une note explicative quand une adaptation de l’allusion culturelle ou du jeu de mots aurait rendu la traduction bien plus fluide.

Une auteure à surveiller !

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— Ton grand-père… », reprit Tante Vimla. Elle jeta un coup d’œil à Tattappa et s’empressa d’ajouter : « Et ta mère et ton père aussi, nous aimerions tous te voir marié. Donc, avec l’aide de ta mère, j’ai pris quelques dispositions pour toi. De bonnes dispositions. Des filles exceptionnelles. Tu n’auras qu’à t’asseoir et à regarder. Si l’une d’elles te plaît, tu t’assieds à nouveau pour te marier. C’est aussi simple que cela.

nov 092009
 

Le Dieu des Petits Riens
[The God of Small Things]
Arundhati Roy
Gallimard
9782070411726
Paru en 1996.

Dans les années 60 en Inde, deux jeunes enfants, jumeaux, grandissent innocemment dans une société en plein bouleversement. Ils vont se retrouver brutalement confrontés au monde des adultes, plein de préjugés et de violence.

J’ai eu énormément de mal à arriver au bout de ce roman, et même après l’avoir fini, je ne suis pas complètement sure de l’avoir réellement aimé. J’ai trouvé la structure non-chronologique confuse, même si, effectivement, c’est une des raisons majeures pour lesquelles je suis allée jusqu’au bout : je savais qu’il allait se passer quelque chose, et je voulais savoir quoi.

J’ai cependant beaucoup apprécié la façon dont Arundhati Roy (et sa traductrice, Claude Demanuelli) manipule le langage, quand elle fait parler les enfants, qui sont confrontés à des mots qu’ils ne connaissent pas et n’ont jamais vu écrits, et donc qu’ils déforment et se rapproprient.

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Quoi qu’il en soit, quand elle pense aujourd’hui à Estha et Rahel, c’est en termes d’Eux, parce que séparément ils ne sont plus ce qu’Ils étaient ni ce qu’Ils croyaient jamais devenir.

Au grand jamais.

Leurs vies ont désormais une forme et une dimension propre. Estha en a une, et Rahel une autre.

Arêtes, franges, bordures, frontières, limites sont apparues comme autant de lutins à l’horizon de leurs vies spécifiques. Petites créatures nanties de longues ombres qui montent la garde aux Confins Embrumés. De petites poches se sont formées sous leurs yeux, et ils ont l’âge d’Ammu quand elle est morte. Trente et un ans. Ce n’est pas vieux.

Ni jeune.

Un âge pour vivre ; pour mourir, aussi.