août 162011
 

Terezín Plage
[Havet i Theresienstadt]
Morten Brask
Presses de la cité
9782258085190
À paraître en août 2011.

Daniel Faigel, médecin juif danois, est envoyé au Ghetto de Theresienstadt. Là, il tombe amoureux de Ludmilla. Les deux amants volent quelques instants de romance pendant que le ghetto prépare la venue d’une délégation de la Croix-Rouge.

Sympathique, mais Terezín Plage risque de souffrir de la comparaison avec Les Dépossédés, même si les deux livres sont très différents. Là où Les Dépossédés était une reconstitution historique minutieuse et une étude psychologique, Terezín Plage est une histoire d’amour dans des conditions adverses extrêmes, et d’une certaine façon, nettement plus léger. (Relativement, quand même, parce qu’on est toujours en plein Holocauste.)

L’écriture est plaisante et le roman se laisse lire, mais sans réellement marquer les esprits.

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Le baraquement Hanovre fait plus de cent mètres de long, c’est un édifice aux murs gris, d’une hauteur de trois étages. L’enduit extérieur de la façade est dégradé par endroits, dévoilant les briques au-dessous. Je suis le flot humain le long d’une petite rue qui s’appelle Bäckergasse. Devant l’entrée, un important rassemblement attend de pouvoir entrer. Il est composé uniquement d’hommes. Je me joins à eux et j’avance lentement dans la file qui peu à peu arrive jusqu’à la porte. À l’intérieur se trouve un escalier qui mène aux étages supérieurs. À ma droite, un couloir conduit aux dortoirs. L’endroit est plein à craquer. Il y a des gens partout. Pendant un moment, je cherche des yeux quelqu’un qui pourrait me dire où je dois dormir, mais je ne vois personne. Juste cette insupportable fourmilière humaine. Je monte, espérant qu’il y aura moins de monde. L’étage est constitué d’une unique pièce avec plusieurs centaines de couchages. Elle est bondée de gens assis ou étendus sur des lits superposés à trois niveaux et garnis de paille. Des corps entremêlés et entassés les uns sur les autres, des visages aux yeux las et à demi clos. Je descends les travées, à la recherche d’une place disponible, mais ne vois qu’un amoncellement impudique de membres et de corps, et des regards distants. Des étrangers peu enclins à laisser un nouveau pénétrer leur cercle ; une entité d’individus soudés entre eux qui me considèrent comme un intrus. J’ai traversé le dortoir dans les deux sens à plusieurs reprises et je m’apprête à monter à l’étage supérieur, quand un homme assis près d’une des fenêtres me fait signe d’approcher. Il désigne la couchette au-dessus de la sienne. Il y a des valises dessus.

– Asseyez-vous sur le lit et faites comme si c’était le vôtre.

– Mais il est occupé…

– Vous êtes gentil. Vous n’aurez jamais de place si vous êtes gentil.

juil 092011
 

Le jour avant le lendemain
[Før morgendagen]
Jørn Riel
10/18
9782264034380
Paru en 2003.

Ninioq se fait vieille et quand après une pêche miraculeuse, il faut que quelqu’un reste pour faire sécher la viande, elle se porte volontaire avec son petit-fils Manik. Mais la tribu ne revient pas les chercher…

Plongée au cœur d’une civilisation aux antipodes de la nôtre ! L’environnement hostile du nord-ouest du Groenland a conditionné des hommes et des femmes durs à la tâche, où chacun doit contribuer à la survie de la tribu, où le suicide des bouches inutiles (« rester sur la glace ») est une nécessité. Les rapports humains en sont d’autant plus chaleureux : l’unité familiale est large et accueillante, et les rapports sexuels, notamment l’échangisme, permettent la création de liens forts.

Ninioq, au soir de sa vie, regarde en arrière sans jamais réellement regretter son passé, et est heureuse de perpétuer les traditions en enseignant à Manik, ainsi qu’au lecteur, ce qu’elle sait.

Une lecture bouleversante.

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Ninioq avait vécu sa vie. Elle le savait. Mais elle savait aussi qu’elle se prolongeait dans ses enfants et ses petits-enfants. Les regarder était comme regarder son propre visage reflété par la calme surface d’un fjord d’été. C’était là une image surprenante qui ne cessait de la remplir d’étonnement, mais qui alimentait aussi son inquiétude, puisqu’un simple souffle de vent, le jet d’une pierre ou une main pouvaient l’effacer.

mai 282010
 

L’art de pleurer en choeur
[Kunsten at græde i kor]
Erling Jepsen
Sabine Wespieser
9782848050829
Paru en avril 2010.

Le jeune narrateur remarque que chaque fois que son père fait une oraison funèbre, ses affaires vont mieux et toute leur vie de famille s’en ressent.

À lire la quatrième de couverture, on pourrait s’attendre à un livre drôle et léger. Pas du tout ! En fait, L’Art de pleurer en chœur est extrêmement glauque et malsain : on est dans une petite communauté rurale des années 60 où les ragots vont bon train, dans une famille où les taloches partent pour un rien, et où la jeune sœur du narrateur « rejoint leur père quand il dort sur le canapé ».

Je n’ai pas vraiment aimé ce livre, d’autant qu’il n’était pas du tout ce à quoi je m’attendais. La voix narratrice du garçon de 10 ans qui observe son entourage sans forcément comprendre de quoi il retourne était plutôt réussie, cela dit.

Pas forcément un mauvais livre, mais bien plus noir qu’il n’y paraît.

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On frappe à la porte, et maman va ouvrir. C’est Mette, ma
camarade de jeux.

« Vous avez la télévision ? demande-t-elle. Je peux la voir ?

– Bien sûr que tu peux la voir », dit maman, mais moi je me
glisse entre les deux et je pousse Mette. Je lui dis :

« Non, tu ne peux pas, c’est une télévision de merde !

– Elle est déjà en panne ?

– Mais non elle n’est pas en panne », dit maman. Et elle amène Mette dans le salon.

« Il ment alors ? »

Je la pousse encore une fois, pourquoi est-ce qu’elle ne rentre pas tout simplement chez elle ? Mais maman dit que je suis injuste, j’ai passé toute l’année dernière à aller chez les parents de Mette pour regarder la télévision, et ils ne m’ont jamais dit non. Maman a raison ; pour ça ils sont gentils de l’autre côté de la rue. Je dois juste penser à dire : « Au revoir et merci de m’avoir laissé regarder la télévision », avant de partir, et ça c’est plutôt facile. Maintenant je le dis tellement vite que personne ne comprend ce que je dis : « Aurevoiretmercidem’avoirlaisséregarderlatélévision. » Alors, ils se retournent et ils disent : « Qu’est-ce que tu dis ? » Mais moi je suis déjà parti.

mar 162010
 

Trésor de la nouvelle de la littérature scandinave
Les Belles Lettres
9782251443751
Paru en novembre 2009.

Présentée par Régis Boyer, spécialiste reconnu des littératures scandinaves, cette anthologie de la nouvelle scandinave regroupe des écrivains danois, islandais, norvégiens et suédois du XXe siècle.

Les nouvelles sont regroupées par pays, et ce qui est intéressant, c’est de voir qu’il y a finalement une certaine unité de thème et de style à l’intérieur des différentes nationalités.

J’ai préféré les nouvelles islandaises (ce qui ne surprendra personne) et norvégiennes aux danoises et suédoises, qui semblent préférer des sujets très ordinaires qui ne m’attirent pas vraiment.

Une bonne introduction à la littérature des pays du nord. Le seul regret est que certains de ces auteurs ne sont pas traduits du tout en français.

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Ils habitaient un peu en dehors de la petite ville de pêcheurs, eux deux, le père et le fils. Ils s’appelaient tous les deux Snjólfur. Les gens disaient le vieux Snjólfur et le jeune Snjólfur. Mais entre eux, ils disaient seulement Snjólfur. C’était une habitude, comme ça. De fait, comme ils portaient le même nom, ils se trouvaient mieux de s’entrappeler comme ça. Le vieux Snjólfur dépassait juste la cinquantaine, le jeune Snjólfur venait d’avoir douze ans.

Ils allaient toujours de conserve. S’ils se déplaçaient séparément, c’était contraints et forcés. Autant que le jeune Snjólfur s’en souvienne, il en avait toujours été ainsi.

juin 082009
 

Une épopée littéraire
[Ungkarlehuset]
Jørn Riel
Gaïa
9782910030599
Paru en septembre 1999.

Un court roman dans la lignée des racontars de Jørn Riel, sur quatre célibataires qui se partagent une maison et un style de vie plutôt indolent. Jusqu’au jour où l’un d’eux décide de se marier afin d’assurer leur avenir à tous et ses amis tentent de trouver une autre solution.

La maison des célibataires est, comme souvent avec Jørn Riel, à la fois hilarant et adorable. Les personnages sont attachants et leurs aventures décrites avec verve. Mon seul regret est que le livre est beaucoup trop court !

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Les célibataires aimaient beaucoup le mois d’août. ce mois-là débordait de jours ivres de soleil où ils remplissaient le Sans Souci de bières et d’eau-de-vie achetées à la boutique du comptoir et partaient en excursion dans le Fjord d’Amélie. Là, ils déposaient délicatement le bateau sur la plage à marée basse, déjeunaient et se couchaient dans l’herbe histoire de cuver, jusqu’au moment où la marée haute les réveillait. À ce moment là, ils buvaient café et pousse-café en causant de tout et de rien.