sept 082011
 

Les Vaches de Staline
[Stalinin lehmät]
Sofi Oksanen
Stock
9782234069473
À paraître en septembre 2011.

Anna, fille d’un Finnois et d’une Estonienne, souffre de désordres alimentaires et d’une identité déchirée entre les deux pays.

J’ai eu beaucoup plus de mal à lire Les Vaches de Staline que Purge. À la fois parce qu’il est beaucoup plus confus dans sa construction, la narratrice, Anna, parlant d’elle-même tantôt à la première tantôt à la troisième personne ; et parce que les descriptions du rapport d’Anna à la nourriture, de sa « boulimanorexie » sont détaillées et graphiques, et parfois insoutenables.

J’ai cependant beaucoup aimé le conflit d’identité d’Anna, à qui sa famille estonienne ne laisse jamais oublier qu’elle est « finno-finlandaise », et qui cache ses origines estoniennes lorsqu’elle est en Finlande, de peur d’être confondue avec une prostituée russe.

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Elle a quitté son emploi et le syndicat, et elle a été contrainte d’abandonner son livret scolaire et le moindre document faisant référence à sa scolarité, ainsi que ses certificats de travail : on ne pouvait pas traverser le golfe avec ça. Elle a dû renoncer à son appartement, car quelqu’un qui partait pour l’étranger ne pouvait pas le garder. Tout retour était donc impossible.

Adieu, maison, peuple et langue. Adieu, mon pays.

Tout ce qui l’accompagnait tenait dans un bagage.

août 272010
 

Purge
[Puhdistus]
Sofi Oksanen
Stock
9782234062405
Paru en août 2010.

Une jeune prostituée russe en détresse échoue chez Aliide Truu, persécutée par ses voisins pour avoir collaboré avec le régime soviétique en Estonie, récemment abrogé. Mais de la même manière qu’Aliide avait caché un résistant nationaliste cinquante plus tôt, elle décide de cacher Zara, quel qu’en soit le prix.

Difficile de parler de Purge sans en gâcher les rebondissements, dignes du meilleur thriller. Aliide est un personnage fascinant, très humain dans ses motivations et sa capacité à se mentir à elle-même.

L’exploration de l’histoire contemporaine de l’Estonie est aussi intéressante, notamment dans la question de la collaboration avec l’envahisseur.

Je ne peux que répéter les mots de Nancy Huston : « Un vrai chef-d’œuvre. Une merveille. »

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Le ballot gisait au même endroit sous les bouleaux. Aliide s’approcha sans le quitter des yeux, en alerte. Le ballot était une fille. Boueuse, loqueteuse et malpropre, mais une fille quand même. Une fille inconnue. Un être humain de chair et de sang, et non quelque présage tombé du ciel. Ses ongles cassés portaient des lambeaux de vernis rouge. Ses joues étaient striées de rimmel et de boucles de cheveux à moitié défrisées, la laque y formait des boulettes et quelques feuilles de saule pleureur s’y étaient collées. À leur racine, les cheveux grossièrement décolorés repoussaient gras et sombres. Sous la crasse, la peau diaphane de la joue blanche ressemblait pourtant à celle d’un fruit trop mûr, de la lèvre inférieure desséchée se détachaient des peaux déchiquetées, entre lesquelles la lèvre tuméfiée, rouge tomate, était anormalement brillante et sanguine et faisait ressembler la crasse à une pellicule qu’il faudrait essuyer comme la surface vitreuse d’une pomme dans le froid. Une teinte violette s’était accumulée dans les plis des paupières, et les bas noirs translucides étaient troués. Ils n’étaient pas détendus aux genoux, les mailles étaient serrées et de bonne facture. De l’Ouest, évidemment.

juil 232010
 

Petits suicides entre amis
[Hurmaava joukkoitsemurha]
Arto Paasilinna
Gallimard
9782070308088
Paru en 2005.

Deux hommes, contrariés dans leurs projets de suicide, décident de s’associer et de recruter d’autres suicidaires pour partir ensemble. S’ensuit une folle équipée qui les conduira de la Finlande à la pointe du Portugal.

Voilà enfin le grand Paasilinna qu’on m’a recommandé ! L’humour est corrosif, noir et déjanté, et nous montre chemin faisant que la vie vaut quand même la peine d’être vécue.

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Les deux hommes lurent quelques cartes et ouvrirent un premier lot d’enveloppes. Les plis suintaient le désespoir. Les candidats au suicide avaient griffonné leurs messages d’une écriture irrégulière, sans souci des règles de grammaire et sous l’emprise d’une énergie incontrôlée, appelant les destinataires au secours : se pouvait-il qu’ils ne soient pas seuls dans leur détresse ? Contre toute évidence ? Des inconnus étaient-ils susceptibles de les aider ?

Les signataires des lettres avaient vu leur monde s’écrouler. Leur moral était à zéro, certains étaient si désespérés que même les yeux endurcis du colonel se mouillèrent. Ils s’étaient saisis de l’annonce salvatrice comme des noyés d’un dernier fétu de paille.

Tenter de répondre personnellement à chacun semblait impossible. Le simple effort d’ouvrir et de lire toutes les lettres paraissait surhumain.

Après avoir parcouru en diagonale une centaine de missives, le président Rellonen et le colonel Kemppainen étaient déjà si épuisés qu’ils n’avaient plus la force de continuer. Ils allèrent se baigner.

déc 312009
 

Bienvenue à Rovaniemi
[Pyhiesi yhteyteen]
Jari Tervo
10/18
9782264039347
Paru en novembre 2007.

Dans la Finlande du nord, un gangster est tué, point de départ d’une série d’événements qui met en scène des personnages hauts en couleurs.

Tout simplement hilarant ! Bienvenue à Rovaniemi est rédigé en courts chapitres, chacun du point de vue d’un personnage différent, toujours dans un style très oral, voire très cru. J’ai parfois eu du mal à me souvenir de qui était qui, surtout avec les noms finnois un peu compliqués.

À ne manquer sous aucun prétexte !

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J’étais juste en train d’essayer de zieuter la braguette de Rixe quand l’appel est tombé. Ca ne me semblait guère probable qu’il en eût une grosse, une plus grosse que moi. Mais vu qu’il portait un pantalon ample, c’était pas bien facile d’être sûr.

L’alerte était pour le fin fond de Viirikangas, chez les Räikkönen. Je me dis, là, tandis que je courais vers le fourgon de boucherie, que tous les Räikkönen n’avaient donc pas encore été tués ou mis en cabane, vu qu’il avait fallu leur appeler un moyen de transport.

Rixe voulait conduire.

– Mon tour, dit-il.

On est sortis par la porte centrale de l’hôpital. Devant l’église, on a tourné à gauche ; il avait tout de même écouté l’adresse.

– N’est-ce-t-y pas ? ajouta-t-il.

Je ne lui dis pas que ses manières de travailler m’énervaient.

juin 142009
 

Les Dix Femmes de l’industriel Rauno Rämekorpi
[Kymmenen riivinrautaa]
Arto Paasilinna
Denoël
9782207260678
Paru en mai 2009.

À l’occasion de ses soixante ans, Rauno Rämekorpi reçoit des douzaines de bouquets qu’il décide de redistribuer aux femmes de sa connaissance. Chaque rencontre se finit dans un lit, et à Noël, Rauno décide de remettre ça. Excepté qu’entre temps, chaque femme a appris l’existence des autres…

Pour mon premier Paasilinna, je suis plutôt déçue. L’humour est bon enfant et grivois, et donc ne fait pas dans la dentelle. J’ai aussi été dérangée par la misogynie quasi omniprésente du roman.

Je vais probablement donner une autre chance à Paasilinna, mais celui-ci est plutôt à éviter.

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Il fallait faire sortir la mésange, car les lieux se rempliraient bientôt de visiteurs venus fêter l’anniversaire de l’industriel et il aurait été malséant qu’elle se mette, effrayée par le brouhaha, à lâcher des fientes dans les verres de champagnes ou les savantes coiffures des dames. Rauno descendit en courant au rez-de-chaussée ouvrir toutes les fenêtres et les portes donnant sur l’extérieur. Annikki claqua des mains, mais la petite mésange ne semblait pas comprendre ce qu’on attendait d’elle. La tête penchée, elle regardait l’homme nu grimpé sur un escabeau qui tentait de la chasser de son refuge. Alors qu’il était sur le point d’atteindre l’abat-jour, elle s’envola sur la tringle à rideaux — des tentures en tissu gaufré blanc, elles aussi choisies par Annikki. Le héros du jour sauta à terre et s’empara d’un balai à franges. L’oiseau venait de lui échapper à nouveau quand on sonna à la porte.